C'était l'une de ses promesses au soir de son élection, le 12 avril dernier. Devant ses partisans, le nouveau Premier ministre hongrois Péter Magyar l'a scandé : il rétablira l'État de droit et demandera la démission des principaux dirigeants d'institutions publiques. Ces "marionnettes d'un régime raté", dont le président de la République, les présidents de la Cour suprême, de la Cour constitutionnelle et de l'Autorité des médias, sont pour lui les vestiges d'un système corrompu, bâti durant seize ans de pouvoir par son prédécesseur, Viktor Orban.
Un ultimatum lancé au président
Quelques jours après son investiture le 9 mai, Péter Magyar a donc lancé un ultimatum au président hongrois Tamás Sulyok. Il doit démissionner d'ici la fin du mois de mai. Mais Tamás Sulyok résiste. Dans une interview accordée lundi 18 mai au média hongrois Index, il a déclaré qu'il irait au terme de son mandat : "Je reste fidèle à mon serment et, tant que l'exercice de ma fonction ne sera pas impossible, j'entends remplir le mandat que j'ai accepté."
Il a réaffirmé par la même occasion son rôle décisif dans le système politique hongrois où "le président de la République exprime l'unité de la nation". En réalité, ses pouvoirs sont davantage cérémoniels et symboliques, même s'il peut contraindre le vote des lois en les renvoyant au Parlement ou en les transmettant à la Cour constitutionnelle pour réexamen. Une prérogative qui pourrait être un caillou dans la chaussure du Premier ministre, en vue de ses réformes politiques.
"Le parrain de la mafia lui a donné l'ordre de rester"
Péter Magyar ne s'est pas fait prier pour engager une confrontation et répondre à son président sur les réseaux sociaux. Selon le premier ministre, Tamás Sulyok aurait, avant son interview, exprimé en privé sa possible démission. Ainsi pour Péter Magyar pas de doute, derrière ce changement d'avis se cache l'ombre de Viktor Orban. "Il est évident que depuis notre dernière rencontre, le parrain de la mafia lui a donné l'ordre de rester", a-t-il accusé. Quoi qu'il arrive, Péter Magyar reste convaincu de l'éviction du président hongrois. "Vous devez partir. Et vous partirez" l'a-t-il averti.
60 % des Hongrois en faveur de la démission du président
Péter Magyar peut-il vraiment forcer le départ de Tamás Sulyok ? Grâce à la super majorité parlementaire des deux tiers dont dispose son parti Tisza, à la suite de sa victoire écrasante aux élections législatives, le Premier ministre a brandi la menace d'une modification de la Constitution hongroise afin de destituer le président. Ce dernier devrait alors signer et promulguer l'amendement constitutionnel qui l'obligerait à partir. Mais une bataille institutionnelle pourrait être amorcée. Les membres du parti Fidesz au Parlement, qui soutiennent le président, pourraient déclencher un contrôle de constitutionnalité et envoyer la loi devant la Cour constitutionnelle. "Il n'existe actuellement aucune raison légale ni justification constitutionnelle qui puisse justifier ma démission" a d'ailleurs rappelé le président hongrois.
Péter Magyar se sait pourtant soutenu par son peuple. Selon le think tank indépendant hongrois, 21 Research Center, 60 % des Hongrois sont en faveur de la démission du président de la République et 52 % souhaitent sa destitution s'il ne quitte pas son poste de lui-même.



