Edwy Plenel : « Notre métier est au cœur d’une bataille démocratique »
Edwy Plenel défend la démocratie à Pézenas

Discret, le cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, passe pas mal de temps dans le Piscénois où il possède une maison. Avant l’animation de deux conférences, le journaliste, éloquent, a pris le temps de converser. Face à l’offensive des anti-démocrates, il oppose contrôle des puissants, égalité et quête de vérité.

Un lieu d’élection

À l’agréable terrasse du Café des arts, au cœur de la cité de Molière, Edwy Plenel salue gentiment le serveur. Depuis des années, il a tissé des liens sincères avec ce territoire de l’ouest Hérault, au gré de son amitié avec le politologue Paul Alliès. « Il y a des coups de foudre d’amitié et des lieux d’élection », explique-t-il, avec un sens de la formule juste et réfléchie.

« Je vais bien, en tous cas, mieux que le monde »

Avant d’animer deux conférences, l’une dans le cadre du 10e Diversival à Nissan, l’autre à Narbonne, le cofondateur de Mediapart, qui dirigea le journal Le Monde pendant près de 10 ans, accepte de partager, non pas un café, mais une eau pétillante. Et lorsqu’on prend de ses nouvelles, il aime à reprendre ces quelques mots : « Je vais bien, en tous cas mieux que le monde… qui va bien mal et, à juste raison, me préoccupe. »

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La démocratie, en premier lieu, accapare ses pensées. Et c’est d’ailleurs de cette vieille dame affaiblie dont il est venu parler à Nissan, via son contact avec Richard Vassakos, le nouveau maire de Vendres, cheville ouvrière du Diversival.

« Le bulletin de vote ne suffit pas »

Il y a aussi consacré un essai, La démocratie n’est pas l’élection, qui vient d’être publié au Seuil. « Une façon de nous rappeler que la démocratie ne se réduit pas au droit de vote et au choix de nos représentants. D’autant plus que nous avons de nouveaux anti-démocrates qui considèrent que l’élection leur donne tous les droits, y compris piétiner la presse et remettre en question la justice. »

Et d’insister sur les deux marqueurs fondamentaux que sont « le respect de l’indépendance de la presse, de son intégrité. Et l’indépendance de la justice et son droit d’enquêter sur les puissants. L’affaire des financements libyens n’existerait pas sans Mediapart. Quoi qu’il arrive dans un an (avec les Présidentielles NDLR) la démocratie c’est notre affaire. Et le bulletin de vote ne suffit pas ».

Mais alors que faire ? « Il faut veiller sur la démocratie », répond simplement Edwy Plenel.

« On a l’essentiel à défendre »

Et dans cette perspective, le combat du journalisme est central, souligne-t-il encore. Car le but des anti-démocrates « est de détruire la vérité pour défendre une opinion ». L’enjeu est grand. « C’est un enjeu de civilisation. » Mais face à la menace de l’autoritarisme, le journaliste reste positif : « Cette alarme me rend optimiste. Notre métier est au cœur d’une bataille, il est au cœur d’un idéal démocratique… »

Aujourd’hui, Edwy Plenel continue de collaborer et « d’accompagner » Mediapart. Il préside l’Association pour le droit de savoir, « le gardien moral de l’édifice ». La quête de vérité ne l’a guère lâché. Et il croit, plus que jamais, en ce chemin.

« La réussite de Mediapart est un encouragement à se battre », enchaîne-t-il. « C’est un moment où on doit se rassembler, c’est un moment vital, c’est inquiétant et enthousiasmant, on a l’essentiel à défendre, quelque chose de beau et généreux à défendre : c’est la vie. Et le moteur de l’égalité, c’est la vie… »

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