En 1936, les Français qui avaient peu de moyens partaient à 40-50 kilomètres de leur domicile, mais riches et moins riches se sont retrouvés à partager les mêmes terrains de loisirs. Voici l'histoire de nos premiers congés payés.
Le contexte de 1936
Le 3 mai 1936, le Front populaire, une coalition composée de socialistes, de radicaux et de communistes, remportait le deuxième tour des élections législatives, sur fond de crise économique et de montée du nazisme en Allemagne. Dès le 4 au matin, les ouvriers se déclarent en grève et occupent leurs usines pour faire pression sur le nouveau gouvernement de gauche afin d'obtenir des avancées sociales. Très vite, ils sont 3 millions de grévistes.
Les accords de Matignon
La reprise totale du travail après les grandes grèves de mai aura lieu le 13 juin, suite à la signature des accords de Matignon le 8 juin 1936. Négociés par la CGT avec le patronat, ces accords permettent aux ouvriers de conquérir de nouveaux droits sociaux, dont la semaine de 40 heures et la représentation syndicale. Mais les congés payés ne figuraient pas au cahier des négociations.
L'initiative de Léon Blum
C'est le gouvernement de Léon Blum qui a l'initiative de l'avancée sociale la plus emblématique du Front populaire. La mesure sera votée le 11 juin par la Chambre des Députés et par le Sénat le 17, avant d'être promulguée le 20 juin.
Des vacances payées pour certains, mais pas pour les ouvriers
Jusqu'au mois de juin 1936, les fonctionnaires (15 jours) et certaines catégories d'employés, dont ceux du métro parisien (10 jours), les ouvriers du Livre, les gaziers et les électriciens bénéficiaient déjà de vacances payées, une semaine ou plus de jours de repos payés par leurs employeurs. Mais la loi ne fixait pas de congés sans perte de salaire pour l'ensemble des Français, contrairement à ce qui se pratiquait en Allemagne. Les ouvriers notamment n'avaient droit qu'à un seul jour de repos par semaine et se retrouvaient sans salaire lorsque leur usine fermait ses portes en août pour une ou deux semaines.
Pas de ruée vers les plages
Contrairement à l'image d'Épinal que l'on a des premiers congés payés, il n'y a pas eu de véritable ruée vers les plages dès l'été 1936. Beaucoup ont pris quelques jours de vacances, souvent pas très loin de chez eux, à la campagne, ou en ont profité pour revenir au pays, rendre visite à leur famille. Pour la première fois de leur vie, de nombreux Français ont toutefois découvert les plaisirs de la mer. À bicyclette ou en tandem, très rarement en voiture et surtout par le train. En août 1936, il se vendra plus de 500 000 de ces billets populaires de congé annuel initiés par le Girondin Léo Lagrange, à qui l'on doit aussi la création des Auberges de jeunesse. À l'été 1937, près d'un million de salariés partiront en vacances.
Et depuis ?
Le 28 février 1956, sur proposition du ministre des Affaires sociales Albert Gazier, l'Assemblée nationale adopte à l'unanimité des 499 votants les trois semaines de congés payés, soit 18 jours ouvrables. Les syndicats applaudissent. Le 27 mars 1956, la loi est promulguée. Elles passeront à quatre en 1968. À la faveur des Trente Glorieuses, 7 à 8 millions de Français partent en vacances. Ils seront deux fois plus en 1970. La cinquième semaine de congés payés, les Français l'ont obtenue en 1982 : c'était une promesse de campagne du président socialiste François Mitterrand élu le 8 mai 1981. En 2019, 35,5 millions de Français sont partis en vacances.



