RN : silence gêné face au plan anti-migrants de Nigel Farage
RN : silence gêné face au plan anti-migrants de Farage

Le Rassemblement national (RN) affiche une réaction à géométrie variable en matière migratoire. Alors que la crise de Ceuta a mobilisé ses dirigeants, le plan de Nigel Farage visant à déployer la Royal Navy dans la Manche n'a suscité aucun commentaire de leur part. Ce silence contraste avec leurs critiques virulentes envers l'Espagne et soulève des questions sur leurs alliances politiques.

La crise de Ceuta : le RN s'indigne

Il y a quelques jours, l'afflux de plusieurs dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, a poussé les dirigeants frontistes à sortir de leur réserve estivale. Sur son compte X (ex-Twitter), Marine Le Pen a critiqué le gouvernement socialiste espagnol qui « encouragerait » ces entrées illégales, ajoutant : « La France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières. Et en 2028, nous stopperons cette folie en réservant la libre circulation Schengen aux nationaux de l'UE ».

Jordan Bardella, président du RN, a adressé un courrier à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pour demander une session plénière extraordinaire sur la question des frontières. « Nos nations et nos peuples n'ont pas à subir les conséquences de la complicité passive du gouvernement socialiste espagnol face à ce qui relève d'une véritable invasion migratoire coordonnée du territoire européen », a-t-il déclaré sur X. Il n'a toutefois pas précisé que Ceuta ne fait pas partie de l'espace Schengen.

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Les élus RN relaient l'inquiétude

La députée RN de Gironde, Edwige Diaz, a renchéri sur France Inter : « Qui peut croire qu'aucune de ces personnes qui ont violé une frontière ne se retrouvera pas en France ? » Pour le RN, cet épisode sert à dénoncer la politique d'ouverture migratoire de l'Espagne, en affirmant que la situation se répercutera inévitablement sur le territoire français.

Le plan de Nigel Farage : un silence assourdissant

Les déclarations de Nigel Farage, leader du parti britannique Reform UK, n'ont pas provoqué les mêmes réactions. Dans un plan présenté lundi, il a annoncé vouloir « lancer la plus grande opération militaire dans la Manche depuis la Seconde Guerre mondiale », en déployant notamment la Royal Navy pour empêcher l'arrivée de bateaux de migrants et les reconduire vers les côtes françaises.

Le ministère français de l'Intérieur a réagi auprès de l'AFP, qualifiant ce projet de « violation de la souveraineté française autant qu'une violation du droit de la mer et du droit international ». Mais aucun dirigeant ou cadre du RN n'a commenté ce plan, qui aurait pour conséquence de faire affluer des dizaines de migrants à la frontière française.

Des liens étroits entre Bardella et Farage

Interrogé par Politico, un proche de Marine Le Pen a indiqué, sans grande virulence, qu'une telle décision impliquerait la signature d'un accord bilatéral avec la France. Mais ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella n'ont jugé utile de réagir aux propos du leader britannique.

Pourtant, en décembre dernier, Jordan Bardella dînait avec Nigel Farage, qui avait toujours refusé de rencontrer Marine Le Pen, et le qualifiait de « futur Premier ministre ». Bardella est d'ailleurs attendu le 4 septembre prochain à l'événement de rentrée du parti Reform UK à Birmingham, où il devrait prendre la parole aux côtés de celui dont il partage la vision politique en matière migratoire.

Quand les intérêts divergent

Mais une vision commune peut parfois entraîner des intérêts contraires. Le plan de Farage, s'il était mis en œuvre, renverrait les migrants vers la France, ce qui contredit les positions du RN sur le contrôle des frontières. Dans ces cas-là, le silence est d'or pour le RN, qui évite ainsi de critiquer un allié potentiel tout en protégeant ses propres intérêts électoraux.

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