Une union de la gauche face au risque de basculement à droite
Le soleil déclinait sur Strasbourg ce lundi 16 mars à 18 heures lorsque l'écologiste Jeanne Barseghian et l'Insoumis Florian Kobryn, les traits fatigués mais arborant un large sourire, sont apparus devant le local de campagne de la maire sortante, situé rue d'Obernai. Devant une dizaine de journalistes, l'édile a prononcé une déclaration solennelle : « Nous sommes très heureuses et heureux de pouvoir vous présenter la vraie gauche unie pour Strasbourg, qui va conduire pour cette campagne de second tour, une liste “Strasbourg fière, juste et vivante”. Parce que nous souhaitons que Strasbourg reste à gauche, parce que nous mesurons le péril que notre ville bascule aux mains des forces réactionnaires et conservatrices, et parce que nous sommes convaincus que le seul choix possible est celui de l'union. »
La fin de la tripartition et la naissance d'un bloc progressiste
Ainsi, la liste de La France insoumise, conduite par Florian Kobryn, se retire de la course et fusionne avec celle de la majorité sortante. Le second tour des municipales à Strasbourg deviendra donc une triangulaire, opposant Jeanne Barseghian (Écologistes), Catherine Trautmann (PS) et Jean-Philippe Vetter (LR). Fort de 16 places éligibles sur la liste fusionnée, contre 26 pour Jeanne Barseghian, Florian Kobryn a martelé incarner « la gauche de progrès » : « À Strasbourg, il y a une tripartition de la vie politique : d'un côté, un bloc de droite radicalisé, avec les voix de l'extrême droite qui viendront en relais ; de l'autre, un bloc macroniste incarné par la candidature de Madame Trautmann ; et enfin un bloc populaire, un bloc de la gauche de progrès. Nous incarnons aujourd'hui cette voix. »
Des négociations rapides et stratégiques
Dès l'annonce des résultats la veille au soir, les rumeurs de fusion entre la majorité sortante et LFI circulaient déjà. En mauvaise posture face à la socialiste Catherine Trautmann (25,93 %) et au Républicain Jean-Philippe Vetter (24,23 %), Jeanne Barseghian (19,72 %) avait ouvert la possibilité d'une alliance avec Florian Kobryn (12,03 %) dès l'annonce des premières estimations : « J'ai toujours dialogué avec les forces de gauche ». Moins de vingt-quatre heures plus tard, les échanges s'étaient révélés productifs, et Jeanne Barseghian se retrouve statistiquement en bien meilleure position pour aborder ce second tour décisif.
Convergences programmatiques et engagement international
« Au cours de cette campagne de premier tour, nous avons pu mesurer les nombreuses convergences entre nos programmes, mais aussi à travers les différents débats auxquels nous avons participé », a ainsi estimé Jeanne Barseghien. « Je pense notamment à la question des enfants à la rue, à la question de la gratuité des transports », complète Florian Kobryn. Mais aussi de la Palestine, thème abordé lors du point presse par Syamak Agha Babaei, actuel premier adjoint à la maire de Strasbourg et colistier de Jeanne Barseghien : « Il faut développer le soutien à la Palestine, développer le soutien au jumelage d'Aïda au partenariat avec la ville de Bethléem et lui donner du contenu : des échanges interculturels, des échanges de citoyens entre Strasbourg et les territoires palestiniens. Il faut se battre pour un État palestinien et condamner sans réserve les actes génocidaires qui ont lieu encore aujourd'hui sur le territoire palestinien. »
Réactions et conséquences immédiates
Face à cette alliance, les militants de Place Publique, présents sur la liste de Jeanne Barseghian au premier tour, ont d'ores et déjà annoncé leur retrait. La veille, le dirigeant du parti, Raphaël Glucksmann, avait affirmé qu' « il n'y aura pas de candidat Place publique sur les listes qui fusionneraient » avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. À la suite de cette annonce, à 20 heures, dans son petit local de campagne, Catherine Trautmann (PS) a tenu à réagir à cette « alliance qui rompt avec l'identité de Strasbourg, son humanisme, son histoire et sa vocation européenne », qu'elle a également qualifiée d' « alliance dégradante pour Strasbourg » et « de circonstances ».
L'heure des recompositions politiques
Derrière son pupitre en carton habillé d'une affiche de campagne, la candidate a ainsi lancé : « L'heure est grave pour Strasbourg. Face à une maire sortante qui, dans la panique devant le rejet des Strasbourgeois, passe une alliance avec LFI et Jean-Luc Mélenchon en leur confiant les clés de la mairie […] je veux exprimer un appel au rassemblement de tous les Strasbourgeois qui, dans leur diversité, partagent les valeurs que ma liste et moi-même portons. » Reste à savoir si la liste de Catherine Trautmann accueillera de nouveaux colistiers – la liste demeurant « encore ouverte », selon ses propres termes. Vers une future alliance avec le candidat Pierre Jakubowicz (Horizons), éliminé dès le premier tour (5,10 %), comme le laissait entendre Jeanne Barseghian en conférence de presse ? L'intéressée botte en touche : « Pourquoi Jeanne Barseghian n'arrête-t-elle pas de parler de moi ? Elle pourrait peut-être parler des Strasbourgeois, un jour. »



