À l'approche de la présidentielle de 2027, les candidats potentiels semblent avoir tiré les leçons de 2017. Dix ans après l'élection d'Emmanuel Macron, qui avait bouleversé le paysage politique en misant sur la jeunesse et le renouveau, les ténors de tous bords misent désormais sur un argument diamétralement opposé : la prime à l'expérience. Selon une enquête de l'Ifop publiée en juillet 2026, 62 % des Français déclarent accorder une importance primordiale à l'expérience politique et gouvernementale d'un candidat, contre seulement 38 % en 2017.
Un retour en grâce des profils expérimentés
Cette tendance se matérialise dans les stratégies des principaux camps. À gauche, l'ancien Premier ministre socialiste, qui avait été éliminé dès le premier tour en 2022, tente un retour en s'appuyant sur son bilan à Matignon. Dans le camp macroniste, plusieurs figures de la majorité sortante, forts de leur passage au gouvernement, se positionnent comme les garants de la stabilité. Même au Rassemblement national, où la stratégie de dédiabolisation passe par la mise en avant de cadres ayant exercé des responsabilités locales ou européennes, l'expérience est devenue un argument central.
« Les électeurs sont fatigués des promesses sans lendemain et des profils sans épaisseur. Ils veulent des gens qui ont déjà fait leurs preuves, qui connaissent les rouages de l'État », analyse le politologue Jérôme Sainte-Marie, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Cette évolution est d'autant plus notable que la séquence politique récente a été marquée par des crises multiples – sociale, économique, internationale – qui ont renforcé le besoin de repères solides.
Un contexte de défiance et de crises
La défiance envers la classe politique n'a jamais été aussi forte. Selon le baromètre de la confiance politique du Cevipof, publié en janvier 2026, seuls 27 % des Français ont confiance dans les partis politiques, et 31 % dans les responsables politiques. Dans ce climat, l'expérience apparaît comme un gage de sérieux et de compétence. Les candidats l'ont bien compris et multiplient les références à leur passé administratif, diplomatique ou ministériel.
Cette stratégie comporte toutefois des risques. En 2017, Emmanuel Macron avait justement capitalisé sur son profil de novice, promettant de « dégager les vieux partis ». Dix ans plus tard, le bilan de son quinquennat est jugé sévèrement par une partie de l'opinion, et la jeunesse n'est plus perçue comme une qualité en soi. « L'expérience rassure, mais elle peut aussi être perçue comme un poids, synonyme d'immobilisme », nuance Chloé Morin, politologue et auteure de « Et si on arrêtait d'être dupes ? ».
Les primaires comme révélateurs
Les primaires organisées dans certains partis ont déjà donné un aperçu de cette tendance. À gauche, la primaire populaire de 2026 a vu la victoire d'une personnalité ayant occupé des fonctions ministérielles, au détriment de candidats plus jeunes issus de la société civile. À droite, les sondages placent en tête un ancien ministre de l'Intérieur, connu pour sa poigne, face à des concurrents moins expérimentés.
Dans le camp présidentiel, la question de la succession d'Emmanuel Macron est ouverte, et plusieurs ténors avancent leurs pions. L'ancien Premier ministre Édouard Philippe, fort de sa gestion de la crise des Gilets jaunes et de la pandémie, apparaît comme un favori. Son expérience du pouvoir est son principal atout. « Il incarne une forme de continuité et de sérieux, ce qui peut plaire à un électorat en quête de stabilité », commente Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof.
Une campagne qui s'annonce sous le signe de la crédibilité
Alors que la campagne officielle n'a pas encore commencé, les déclarations de candidature se multiplient. Chacun tente de démontrer sa capacité à gouverner, en mettant en avant son parcours. Les meetings se transforment en vitrines de compétences, où l'on parle moins de projets que de bilan. Les médias, eux, se prêtent au jeu en organisant des débats thématiques où l'expérience des candidats est scrutée à la loupe.
Les électeurs, de leur côté, semblent attentifs à ces signaux. Selon un sondage Elabe pour Les Échos, réalisé en septembre 2026, 71 % des personnes interrogées estiment que « l'expérience du gouvernement est un critère important pour voter ». Un chiffre en hausse de 15 points par rapport à 2022. Cette évolution pourrait bien redessiner les lignes de la campagne, au détriment des outsiders et des novices.
Un pari risqué pour les challengers
Les candidats issus de la société civile, comme certains entrepreneurs ou activistes, pourraient pâtir de cette tendance. Leur fraîcheur, autrefois perçue comme un atout, est aujourd'hui souvent jugée insuffisante. « Les gens veulent des gens qui savent, pas des gens qui apprennent », résume un conseiller en communication d'un candidat centriste, sous couvert d'anonymat.
Mais certains experts mettent en garde contre une surévaluation de l'expérience. « L'expérience ne garantit pas l'efficacité. On peut avoir été ministre et se révéler incapable de répondre aux attentes des Français. Les électeurs le savent, et ils peuvent être déçus », rappelle Chloé Morin. La campagne de 2027 sera donc un test grandeur nature pour cette nouvelle donne politique.



