Ne nous faisons aucune illusion, la prochaine campagne présidentielle sera le réceptacle d’un torrent boueux de mensonges et d’âneries. Il nous faudra bien patauger dans cette mélasse, autant s’y préparer. Accueillons donc avec le calme des vieilles troupes le retour sur toutes les antennes de Gabriel Zucman, et de son élixir miraculeux, la taxe qui guérit tous les maux. Il y en aura d’autres, comme, peut-être, la « démarchandisation » de Boris Vallaud, version homéopathique – et tant mieux !- d’un collectivisme plus difficile à vendre au XXIe siècle. On entendra aussi, c’est sûr, les fanfaronnades de ces chercheurs de trésor du dimanche RN, annonçant qu’ils ne paieront plus en entier la contribution française à l’Union européenne.
Désespérant ? Oui et non. Regardons le bon côté des choses: il est aussi des billevesées qui s’évanouissent dans la nature, chassées par les vents de la vérité. Le « Frexit » vanté par Marine Le Pen en 2017 ? Évaporé. Le « Plan B » de Jean-Luc Mélenchon, qui en était une déclinaison au conditionnel ? Porté disparu. Il faut dire que les Français sont farouchement attachés à l’euro, et n’apprécient pas que l’on spécule – à la baisse ! – sur leurs économies. Ils sont d’ailleurs favorables à l’Europe en général, y compris en matière de défense, comme le montre un sondage publié par La Tribune Dimanche: 63 % des Français se déclarent favorables à la création d’une armée européenne. La sérénade souverainiste, agréable à certaines oreilles il y a dix ans encore, en particulier au moment du Brexit, commence à apparaître pour ce qu’elle est : un prélude à l’appauvrissement et à l’affaiblissement.
Le retour du nucléaire, revanche de la vérité
Il est une autre revanche de la vérité particulièrement réconfortante : le retour du nucléaire, après trente ans de bêtise, de cynisme et de charlatanisme. En 1997, Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, faisait tranquillement la promotion du gaz contre l’atome civil. En 2011, Martine Aubry, au nom du PS, et dans le cadre d’un accord électoral avec les Verts, consacrait ce principe aberrant – tant au plan économique qu’écologique – selon lequel il faudrait abaisser à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique. Une idée folle transposée dans la loi par Ségolène Royal sous François Hollande, puis endossée par Emmanuel Macron en 2017. Ce dernier est même passé à l’acte puisqu’il a fait fermer la centrale de Fessenheim, qui était en parfait état. C’était là le « pic » de cet effroyable mensonge.
Emmanuel Macron a, c’est heureux, changé d’avis et annoncé, en février 2022, la construction de nouveaux EPR. Depuis, la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, couplée à une meilleure compréhension, peut-être, de l’urgence écologique, a enterré cette délirante névrose antinucléaire. Même l’Allemagne semble y réfléchir à nouveau… On peut, certes, regretter qu’Emmanuel Macron n’ait jamais reconnu son erreur à propos de Fessenheim, dont la fermeture restera comme une tâche sur sa présidence. « Il est, à mon sens, d’un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne pas la faire », disait le cardinal de Retz. Tant pis pour lui. Le plus important, ici, est que trente ans de démence antinucléaire sont en train de s’achever : il ne reste plus guère que Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon (le plus radical des deux) pour porter cette aberration.
Le réservoir de fariboles n’est pas près de s’assécher
Évidemment, le réservoir de fariboles n’est pas près de s’assécher, mais tous les espoirs sont permis. Il y a dix ans, on entendait encore régulièrement que dette publique n’était pas vraiment un problème. C’est désormais beaucoup moins le cas, en dehors, bien sûr, de Jean-Luc Mélenchon et de Matthieu Pigasse… En 2023, beaucoup assuraient encore que notre système de retraites n’avait pas besoin d’être réformé, et qu’il était parfaitement viable malgré le déséquilibre entre actifs et retraités. Il se trouve nettement moins de gens pour le croire, et même pour le dire. Bien sûr, en tirer les conséquences est une autre affaire, mais on progresse. Il n’y a pas de fatalité au règne de la coquecigrue.



