Paris : les alliances se dessinent pour le second tour des municipales
Le paysage politique parisien s'est nettement clarifié ce lundi, à l'issue du premier tour des élections municipales. Les principaux candidats ont officialisé leurs stratégies pour le second tour, avec des décisions qui redessinent les rapports de force dans la capitale.
Emmanuel Grégoire maintient sa liste sans les Insoumis
Le socialiste Emmanuel Grégoire, arrivé largement en tête dimanche avec 38% des voix, a annoncé à 18 heures qu'il déposait sa liste de second tour inchangée par rapport au premier tour. Soutenu par les écologistes, le député a ainsi fermé la porte à tout rapprochement avec l'Insoumise Sophia Chikirou, qui a obtenu 11,7% des suffrages.
« 12 000 fois on m'a posé la question d'une alliance, et 12 000 fois j'ai dit non », a expliqué le candidat. « Depuis dimanche soir, je reçois des messages d'électeurs de gauche qui, inquiets d'une victoire de la droite, m'appellent à m'allier à LFI. Mais je reçois bien plus de messages d'électeurs me disant qu'en cas d'alliance, ils ne voteront pas pour nous. »
Cette décision ne surprend pas les observateurs, les relations entre le Parti socialiste et La France Insoumise étant particulièrement tendues à Paris depuis des années. Un cadre du PS parisien confie : « Certains détracteurs d'Emmanuel Grégoire lui reprochaient de manquer de force de caractère. En se montrant ferme face à LFI, il fait la preuve du contraire. »
La fusion à droite entre Dati et Bournazel
Dans le camp adverse, une annonce importante a marqué le début de soirée : la fusion des listes de Rachida Dati, soutenue par Les Républicains et le Modem, et de Pierre-Yves Bournazel, soutenu par Horizons et Renaissance. Ce dernier était arrivé quatrième avec 11,3% des voix.
Cette alliance représente un revirement notable pour Pierre-Yves Bournazel, qui n'avait jamais été tendre avec l'ancienne ministre de la Culture, notamment sur les questions de probité, et excluait initialement tout ralliement. La pression de la direction d'Horizons, et particulièrement d'Édouard Philippe, semble avoir été décisive dans ce changement de position.
Pierre-Yves Bournazel justifie cet accord par « la nécessité de réussir l'alternance que les Parisiens attendent ». Une proche du candidat souligne : « Il a beaucoup réfléchi. Rachida Dati a accepté ses conditions, en écartant toute alliance avec l'extrême droite de Sarah Knafo. »
Une fusion qui suscite des interrogations
Si les listes fusionnent officiellement, Pierre-Yves Bournazel a créé la surprise en annonçant qu'il se retirait « à titre personnel » de la course, quelques minutes après que Rachida Dati eut déclaré qu'il figurerait en deuxième position sur la liste commune.
« Mon devoir s'arrête là », a estimé l'élu, qui siège au Conseil municipal de Paris depuis dix-huit ans. Cette décision personnelle sème le doute sur son adhésion réelle à ce rapprochement politique.
Des perspectives contrastées pour le second tour
Malgré cette fusion à droite et au centre, Rachida Dati aborde le second tour en position difficile. Malgré une campagne intensive préparée depuis des années, l'ancienne ministre n'a progressé que de trois points par rapport au premier tour de 2020, passant de 22,7% à 25,5% des suffrages.
Du côté de la gauche, Emmanuel Grégoire bénéficie d'une avance confortable de 13 points sur sa principale adversaire. « Le seul risque serait une démobilisation de la gauche », analyse un cadre du PS. « Mais la dynamique est clairement de son côté. Et la droite est divisée. »
Sophia Chikirou a quant à elle déposé sa liste en fin d'après-midi, confirmant ainsi sa participation au second tour sans alliance avec le camp Grégoire.
Les Parisiens devront donc trancher dimanche prochain entre ces différentes options politiques, dans un contexte où les alliances traditionnelles sont remises en question et où chaque camp cherche à maximiser ses chances face à un électorat parisien particulièrement fragmenté.



