Paris 2024 : la Cour des comptes salue l'organisation mais critique les salaires
Paris 2024 : la Cour des comptes salue l'organisation

Près de deux ans après la cérémonie d'ouverture sur la Seine, la Cour des comptes a rendu son verdict sur le comité d'organisation des Jeux olympiques de Paris 2024. Dans l'ensemble, la note est bonne, avec un quasi sans-faute opérationnel et financier. La seule réserve sérieuse concerne une politique salariale et indemnitaire jugée trop généreuse. Un avertissement pour les organisateurs des Jeux d'hiver de 2030 dans les Alpes françaises.

Un bilan globalement positif

Le message délivré mardi 5 mai par la Cour des comptes est clair : il faut savoir reconnaître ce qui marche. Dans ses observations presque définitives sur le comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 (Cojop), les magistrats saluent l'instance présidée par Tony Estanguet, qui a mené à bien le chantier sans problème majeur. La gouvernance s'est correctement adaptée, le pilotage budgétaire a été efficace et le comité d'audit a joué un rôle déterminant dans la maîtrise des risques.

Depuis 2020, la Cour a multiplié les contrôles et formulé près d'une centaine de recommandations sur la gouvernance, les achats, l'éthique ou le pilotage budgétaire. Toutes ou presque ont été appliquées, ce qui est assez rare pour être souligné.

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Des finances au vert pour le Cojop

Sur le plan financier, le Cojop affiche, au 17 juin 2025, un excédent de 75,7 millions d'euros, susceptible d'augmenter compte tenu des provisions prudentes sur les derniers contentieux. Ses recettes ont atteint 4,49 milliards d'euros, soit une hausse de 18 % par rapport aux prévisions de 2018. La billetterie a battu tous les records avec 12,1 millions de billets vendus, dépassant Atlanta 1996 (8,3 millions) et Londres 2012 (8,2 millions).

Côté sponsors, le comité a convaincu une cinquantaine de partenaires français, contre vingt à trente initialement visés. Les dépenses n'ont progressé que de 16 % depuis 2018, une hausse jugée relativement modérée par la Cour. Les subventions publiques n'ont représenté que 5 % du budget du comité d'organisation, soit 204 millions d'euros.

Cependant, ce budget n'incluait pas toutes les dépenses publiques. Un rapport de septembre 2025 évaluait celles-ci à 6,6 milliards d'euros, dont 3,6 milliards pour les infrastructures, avec des retombées économiques bien inférieures aux investissements. Les JO restent un gouffre financier.

Un Cojop exemplaire et réactif

Le Cojop a fait preuve d'exemplarité dans son couloir, sans faire déraper l'addition. Début 2024, plusieurs voyants étaient à l'orange : la billetterie paralympique peinait à décoller avec un déficit anticipé de 33 millions d'euros, et certains coûts dérapaient. En quelques mois, le comité a dégagé 41 millions d'euros d'économies internes en concertation avec l'État. Finalement, les ventes paralympiques ont explosé en août-septembre, avec 1,8 million de billets vendus en deux mois. La clause d'engagement de l'État n'a jamais été activée.

Des points noirs : achats et données personnelles

Tout n'est pas parfait. La Cour pointe des difficultés dans la gestion des achats, avec 3,5 milliards d'euros engagés sur 2021-2025 et plus de 1 500 marchés publics. Sur dix marchés contrôlés, les avis d'attribution étaient introuvables, des négociations sans trace écrite et des dépassements de plafonds, comme un contrat de design graphique passé de 11 à 15,1 millions d'euros.

Sur le volet numérique, la CNIL a adressé un rappel à la loi en 2024 après avoir constaté une collecte trop large d'informations personnelles et un transfert excessif ou sans consentement de ces données au CIO.

Problème plus structurel, le Cojop, association loi 1901, était hors du champ de la loi Sapin II sur la transparence et la lutte contre la corruption. L'Agence française anticorruption a contrôlé le comité et jugé que trois de ses recommandations n'avaient pas été mises en œuvre, notamment sur la traçabilité des cadeaux et invitations.

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Des rémunérations attractives critiquées

La question des rémunérations est le point le plus sensible. Le rapport décrit une politique salariale attractive pour attirer et fidéliser des profils spécifiques. La rémunération annuelle fixe du président s'est établie à 270 000 euros, et les douze membres du comité exécutif ont touché en moyenne 207 000 euros, soit une enveloppe globale de 2,5 millions d'euros.

Le coût toutes charges comprises d'un salarié du Cojop est passé de 100 000 à 137 000 euros entre 2018 et 2024. Le plan social de mars 2024 a coûté 56 millions, dont 38 millions d'indemnités supralégales, des conditions particulièrement favorables selon la Cour. Les trois principaux dirigeants ont reçu entre 236 000 et 312 000 euros à la sortie, primes comprises. Ces niveaux sont comparables à ceux de Londres 2012, où Sebastian Coe touchait 439 000 euros, mais sans direction opérationnelle. Rien d'illégal, mais la Cour prévient que ce modèle ne doit pas être dupliqué pour les Jeux d'hiver de 2030.

Un retour d'expérience pour les Jeux d'hiver 2030

En validant ce bilan, la Cour l'évoque comme un retour d'expérience utile pour les Jeux d'hiver de 2030, mais l'organisation ne doit pas être reconduite à l'identique. Le budget annoncé est bien moindre, autour de 2 milliards d'euros, et la gouvernance est déjà bousculée par des démissions en cascade. Les sages préviennent : le modèle du Cojop 2024 ne saurait être dupliqué tel quel, surtout concernant les rémunérations.