La motion de censure déposée par les Ecologistes et soutenue par La France insoumise (LFI) a échoué à faire tomber le gouvernement, mais elle illustre une convergence croissante entre les deux partis sur la question climatique. À l'approche de la présidentielle de 2027, plusieurs Verts pourraient être tentés de se rapprocher de la gauche radicale.
Un hémicycle quasi vide pour une motion sans suspense
Ce lundi 6 juillet après-midi, la députée écologiste Marie-Charlotte Garin surplombait un hémicycle quasiment vide. Les bancs de la droite et du centre étaient déserts, ceux de la gauche clairsemés, reflétant le faible suspense de la séance. La motion de censure, déposée par les Verts et cosignée par LFI, reprochait au gouvernement son inaction climatique. L'exécutif affichait un air serein, les ministres discutaient et pianotaient. Tout le monde savait que le gouvernement ne tomberait pas, sa survie étant assurée par l'abstention du RN, du groupe Liot et du PS. Seuls 132 députés ont voté pour la censure, loin des 289 requis.
Les socialistes divisés et distancés
Au passage, les socialistes se sont divisés et éloignés du reste de la gauche, tandis que LFI fait les yeux doux aux Verts. Les insoumis ont soutenu la proposition des Verts d'instaurer un congé climatique, et Jean-Luc Mélenchon a présenté son plan d'« écorégions » le 2 juillet. « On a besoin de renfort. Nous aurions besoin de l'appui des écologistes pour cette idée », a-t-il lancé. Enfin, LFI a apporté ses signatures à la motion de censure des Verts, permettant son examen.
Officiellement, insoumis et Verts défendent une « convergence politique de long terme » sur l'environnement. Sandra Regol, députée écologiste du Bas-Rhin, a déclaré : « Cette double position du PS et de LFI traduit les différences culturelles sur le réchauffement climatique. Pour nous, c'est un enjeu de vie ou de mort ; pour eux, un sujet parmi d'autres. »
Le PS privilégie la stabilité, des députés votent la censure
Le PS a débattu : fallait-il censurer le gouvernement Lecornu ? À la majorité, le parti a choisi la stabilité et des négociations avec Matignon. Cependant, 20 députés socialistes sur 68 ont voté pour la censure, dont le premier secrétaire Olivier Faure. Cette décision a braqué leurs ex-partenaires du Nouveau Front populaire. Des rires et sifflements ont accueilli le député PS Fabrice Barusseau à la tribune, certains criant « La honte ! » et « C'est l'UMPS ! ». L'insoumis Aurélien Taché a taclé : « Il y a d'un côté un pôle de rupture, et de l'autre un pôle d'accompagnement des macronistes. »
Les Verts divisés sur la stratégie pour 2027
Chez LFI, cette différence est vue comme une occasion de prendre les devants alors que les Ecologistes se fracturent en interne sur 2027. Marine Tondelier tente de légitimer sa candidature à l'Élysée, prise en étau entre le PS et LFI. Une enquête d'opinion interne au parti, à caractère indicatif, montre que 65 % des militants approuvent la candidature autonome de Tondelier. Mais Sandra Regol a confié : « C'est un secret de polichinelle, on ne sera pas au second tour. »
Treize parlementaires écologistes ont réclamé l'ouverture de discussions avec LFI, au même titre qu'avec le PS. Le député socialiste Romain Eskenazi a résumé : « Les écolos sont divisés en trois : certains veulent une candidature autonome, d'autres sont déjà avec nous, et une dernière partie menée par Sandrine Rousseau prépare déjà la colle pour les affiches de Mélenchon. »
Passe d'armes entre Tondelier et Glucksmann
La dernière passe d'armes entre Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann n'apaise pas les tensions. Au Festival des Idées de La Charité-sur-Loire, Tondelier a accusé le leader de Place publique d'être « sacrément privilégié » pour refuser une alliance avec LFI. « Peut-être que pour lui, personnellement, pour son fils, ça ne change pas grand-chose d'avoir Rachida Dati ou Emmanuel Grégoire », a-t-elle jugé. Glucksmann a répliqué sur X : « J'ai été ravi de faire campagne avec Emmanuel Grégoire, car la gauche qui ne sacrifie pas ses principes gagne les élections. Je t'invite à essayer. Et laisse mes fils en dehors de tout ça. »



