Marseille en ébullition : la gauche divisée face à la menace du Rassemblement National
Marseille : la gauche divisée face à la menace RN

Marseille en proie à une crise politique sans précédent

Les messages rageurs, tracés au feutre, à la craie ou imprimés sur des feuilles volantes scotchées à la hâte, recouvrent la façade bariolée du QG de campagne du Printemps marseillais, à deux pas du Vieux-Port. On peut y lire des inscriptions comme « Benoît, ton orgueil ne vaut rien contre le RN », « Payan, respecte les votants » ou encore « Payan explosion [sic], on va te caguer dessus pendant six ans ». Ces graffitis témoignent de la colère palpable qui anime une partie de la gauche marseillaise en ce lundi soir.

Le refus d'alliance qui enflamme les esprits

À l'origine de cette fureur populaire : le refus persistant du maire sortant Benoît Payan de toute alliance avec le candidat de La France Insoumise, Sébastien Delogu. Cette décision intervient alors que le candidat du Rassemblement National, Franck Allisio, talonne le maire sortant avec 35,02% des voix contre 36,69% pour Benoît Payan au premier tour. Une situation inédite qui pose une question centrale : Marseille, ville cosmopolite par excellence, pourrait-elle pour la première fois de son histoire basculer dans l'escarcelle du RN ?

Cet exemple illustre parfaitement la fièvre municipale qui s'est emparée de la cité phocéenne depuis l'annonce des résultats du premier tour. Une effervescence politique que ne parvient pas à occulter la douceur du climat printanier ni le soleil qui remplit les terrasses du Cours Julien.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La dramaturgie politique à son paroxysme

Les différents acteurs de ce petit théâtre politique ne lésinent pas sur la mise en scène. Sitôt les résultats connus dimanche soir, Benoît Payan déclame un appel vibrant à la résistance contre ce qu'il qualifie de « vague brune » menaçant de submerger la deuxième ville de France.

De son côté, Sébastien Delogu, quatrième avec 11,94% des voix et en mesure de se maintenir (le seuil de qualification étant à 10%), propose immédiatement au socialiste une fusion technique des listes dans le cadre d'un « front antifasciste » contre le RN. Mais le maire sortant oppose une fin de non-recevoir catégorique, refusant toute « tambouille » politique, et se précipite à la préfecture dès le lendemain matin pour déposer sa liste sous une nuée de caméras.

Le coup de théâtre de LFI

Le soir même, un rassemblement en faveur d'une union des listes de gauche rassemble un millier de personnes de l'Hôtel de Ville au QG du Printemps marseillais. Sans effet apparent sur la position de Benoît Payan. Le lendemain matin, coup de théâtre : tout en fustigeant l'« irresponsabilité » du maire sortant face à la possible victoire d'Allisio, Sébastien Delogu annonce in extremis, lors d'une conférence de presse, le retrait de sa liste.

« Le refus de Benoît Payan de construire un front antifasciste au second tour constitue une faute politique majeure et inédite. [...] Nous retirons notre liste afin de ne pas cautionner une stratégie qui fait courir un risque grave à notre ville », explique-t-il dans un communiqué officiel.

Le suspense du côté de la droite

Sur l'autre bord de l'échiquier politique, le suspense aura été longtemps ménagé pour un résultat différent. Sonnée par sa contre-performance (12% des voix, loin des 41% escomptés), Martine Vassal, la candidate de l'union de la droite et du centre et présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence, se mure dans un silence éloquent.

Elle n'en sortira que lundi après-midi, via un communiqué de presse où elle annonce son choix de se maintenir. Une décision justifiée notamment par la nécessité de voir sa sensibilité politique représentée à la métropole dont elle est présidente.

Les réactions et les enjeux

Ce maintien ulcère le RN, qui espérait une alliance avec Martine Vassal ou un retrait de sa liste. « Elle essaie de sauver sa majorité à la métropole. C'est un choix partisan, qui ne sera pas très bien perçu par les Marseillais », cingle Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône et candidat malheureux à l'Hôtel de Ville en 2020.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Résultat des courses : Benoît Payan se trouve, a priori, en position favorable. Avant même l'abandon de Sébastien Delogu, Renaud Muselier (Renaissance), président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d'Azur et soutien de Martine Vassal, l'avouait sans détour : « Je ne vois pas comment il peut perdre ».

Une campagne qualifiée de « grand gâchis »

Quoi qu'il advienne dimanche, cette élection municipale heurtée et conflictuelle aura-t-elle vraiment été à la hauteur des attentes des citoyens ? « Cette campagne aura été un grand gâchis. Elle s'est transformée en pugilat national, le débat sur ce que sera Marseille dans vingt ans n'a pas eu lieu », soupire Romain Simmarano, le jeune directeur de campagne de Martine Vassal.

Quant à Benoît Payan, sa stratégie de front anti-RN pourrait lui valoir sa première élection sous son nom, lui qui avait remplacé la candidate du Printemps marseillais, Michèle Rubirola, quelques mois après sa victoire dans les urnes en 2020. Mais le seul rejet de l'adversaire peut-il tenir lieu d'élan mobilisateur pour les six ans à venir ? « Nous avons fait campagne sur un projet, rétorque un membre du Printemps marseillais. Dans une réaction à un scrutin, il y a des enjeux politiques et des rapports de force à présenter ».

En attendant le prochain rebondissement de cette saga politique marseillaise qui captive l'attention de toute la France, la question demeure : Marseille résistera-t-elle à la tentation du Rassemblement National ou basculera-t-elle dans l'inconnu politique ?