Peut-être l’Histoire retiendra-t-elle que le trumpisme à la française est né le 7 juillet 2026. En décidant de se porter candidate à la présidence de la République le jour même de sa condamnation par la cour d’appel de Paris pour « détournement de fonds publics », Marine Le Pen a rejoint l’internationale des leaders nationaux-populistes – de Donald Trump à Benjamin Netanyahu en passant par Jair Bolsonaro ou Nigel Farage – qui bafouent la morale publique, flétrissent l’État de droit et dévoient la démocratie.
Une stratégie de victimisation
Poursuivis à des titres divers par la justice de leur pays, ces démagogues ont en commun de se prétendre victimes d’une « chasse aux sorcières » et en appellent à la « voix du peuple » pour défaire un prétendu « gouvernement des juges » voué à leur perte. « Le système a sorti la bombe nucléaire. Et s’il utilise une arme aussi puissante contre nous, c’est évidemment parce que nous sommes sur le point de gagner les élections », déclarait Marine Le Pen en avril 2025, au lendemain de sa condamnation en première instance.
Quinze mois plus tard, c’est au nom de « la liberté des candidatures » et de « la liberté de choix de l’électeur » que les magistrats de la cour d’appel ont proportionné sa peine d’inéligibilité pour lui permettre de candidater. Ce scrupule démocratique honore la justice française. Marine Le Pen en a aussitôt profité pour relancer son aventure politique et barrer la route à l’opportuniste Jordan Bardella, qui se voyait déjà candidat à sa place.
Un pourvoi en cassation et une campagne sous tension
La cheffe du Rassemblement national (RN) s’est pourvue en cassation. Il s’agit de clamer son innocence, de repousser l’application de sa peine d’un an d’assignation à résidence avec bracelet électronique et de gagner quelques précieux mois de campagne sans entrave judiciaire. Mais qu’adviendra-t-il quand elle aura épuisé cet ultime et improbable recours ? La Cour de cassation entend se prononcer avant le mois d’avril, faisant peser le risque d’une condamnation définitive et d’une exécution de la peine à quelques semaines du premier tour de la présidentielle. Un scénario que l’intéressée juge « irréaliste », préférant s’en remettre à ses avocats pour repousser l’échéance en espérant qu’en cas de victoire, l’immunité présidentielle lui serve de bouclier.
Après quinze années passées à normaliser son image, l’héritière du lepénisme renoue avec la brutalité du parti d’extrême droite fondé par son père. En refusant d’admettre ses torts, elle fait peser un risque sur les institutions. Si par mégarde elle était élue le 2 mai 2027, quelle serait l’autorité d’une présidente garante de l’indépendance de la justice entrant à l’Élysée sous le coup d’une condamnation définitive pour détournement de fonds publics ?
Un ticket Le Pen-Bardella sous tensions
Les juges ont placé 50 millions d’électeurs devant leurs responsabilités. Suivront-ils jusqu’au bout Marine Le Pen dans sa fuite en avant comme semblent l’indiquer de récents sondages ? La quadruple candidate vante le « ticket » qu’elle prétend former avec son « futur Premier ministre » Jordan Bardella. Un duo à l’américaine qui vise avant tout à ratisser large : à elle, les envolées démagogiques ; à lui, la mission d’attirer l’électorat de la droite traditionnelle en vue de constituer un hypothétique « gouvernement d’union ». Une gageure, car entre ces deux-là, l’entente a de quoi être mise à rude épreuve. Bardella le libéral pro-business et ses puissants soutiens ne sauraient s’accommoder longtemps de l’attachement à l’État protecteur de sa cheffe.
Pour le reste, Marine Le Pen s’apprête à recycler le discours de ses précédentes et infructueuses tentatives élyséennes. Même hostilité isolationniste à la construction européenne, même complaisance défaitiste avec l’impérialisme poutinien, même insensibilité à l’urgence de la transition écologique. Et un seul viatique : la « préférence nationale », promesse d’une régression historique de l’État de droit. À mesure que Donald Trump dévisse, il serait bien absurde que notre pays se raccroche à une tentation trumpiste. Heureusement, la campagne ne fait que commencer.



