Sébastien Lecornu a adressé, samedi 23 août 2026, une lettre aux parlementaires pour les mettre en garde contre l'attente de la présidentielle avant d'adopter le budget 2027, qualifiant cette option de « choix du désordre ». Le Premier ministre y promet de prendre « le temps qu'il faut pour le compromis », quitte à prolonger les débats au début de l'année prochaine.
Une mise en garde contre l'absence de budget
Dans cette lettre révélée initialement par « le Parisien », Sébastien Lecornu prévient : « Choisir d'attendre l'élection présidentielle pour adopter un budget pour 2027, c'est choisir le désordre. Car la dette, elle, n'attend pas ». Il alerte également sur les conséquences d'une absence de budget : « une hausse de nos taux d'intérêt pèserait durablement sur l'État, mais aussi sur notre économie, et donc sur les ménages ».
Cette mise en garde intervient dans un contexte politique particulier. Faute de majorité à l'Assemblée nationale, le gouvernement craint, en pleine campagne présidentielle, une coalition des oppositions gauche-RN qui ne permette pas l'adoption d'un budget. Dans ce cas, le gouvernement devrait recourir, comme en 2025 et 2026, à une loi spéciale permettant de pallier l'absence de budget en reconduisant les recettes de l'année précédente et en engageant les dépenses nécessaires à la continuité de l'État.
Une loi spéciale aux conséquences potentiellement lourdes
Mais là où cette loi n'avait été appliquée que quelques semaines, elle pourrait l'être jusqu'à l'automne 2027, du fait de la présidentielle et des probables législatives qui suivront. « Ce n'est pas une solution », insiste Sébastien Lecornu, en s'appuyant sur un rapport de l'Inspection générale des finances. Selon ce rapport, cette application prolongée « exposerait le pays [...] à des risques majeurs », avec un coût estimé à minima à 0,5 % du PIB.
Le Premier ministre oppose à ce scénario les avantages d'un budget voté : il pourra être « corrigé, réorienté ou modifié rapidement par le prochain président, son gouvernement et le Parlement ». En revanche, « on ne peut pas modifier un budget qui n'a pas été adopté », plaide-t-il.
Le temps du débat et du compromis
Sur la méthode, Sébastien Lecornu refuse de s'engager sur le recours au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter le budget, renvoyant cela à l'issue des débats parlementaires cet hiver. « Nous prendrons le temps nécessaire au débat, à la confrontation des choix et à la recherche de compromis. Et si ce travail doit se prolonger au-delà des échéances que certains voudraient aujourd'hui nous imposer, il se prolongera », annonce-t-il, laissant entrevoir une prolongation début 2027 si nécessaire.
Sur le fond, le Premier ministre ne livre pas de détails, mais assure que « ce ne sera pas un budget de non-choix ». Le gouvernement proposera « de poursuivre le redressement de nos finances publiques » avec « des réformes structurelles », même « si certaines paraîtront modestes prises isolément ». Il promet de ne pas « sacrifier les investissements qui garantissent notre souveraineté : défense, sécurité, justice, énergie, industrie, recherche, adaptation au changement climatique ».



