Claire Simon rend hommage à son ami Simon Mérabet à Châteaudouble
Claire Simon honore Simon Mérabet à Châteaudouble

La cinéaste Claire Simon, ancienne directrice du département réalisation à La Fémis et réalisatrice de nombreux films documentaires et longs-métrages primés, a projeté deux de ses œuvres à Châteaudouble dans le haut pays varois, lundi 17 août. La projection de Mon cher Simon et de Géographie humaine sur grand écran au théâtre de verdure, organisée par la municipalité, était avant tout l’occasion de rendre « un hommage » à son ami de jeunesse, Simon Mérabet, figure du village et « héros » de sa caméra.

Un retour aux sources dans le Var

Claire Simon connaît très bien Châteaudouble, où elle a passé des moments épiques de sa jeunesse avec sa bande d’amis, dont Philippe, Zé, Pierrot et Simon Mérabet. Fille d’une mère anglaise et d’un père apiculteur, elle a vécu son enfance à Claviers. Adolescente, elle fuyait vers Châteaudouble, car ce village « où passait le fils de Marguerite Duras » était « libertaire et très inventif », confie-t-elle.

C’est en 1982 qu’elle filme Simon en Super 8, autant que possible lorsqu’elle peut se libérer de son poste de « monteuse des actualités à FR3 Nice ». Ainsi naît le court-métrage Mon cher Simon, qui dure 32 minutes. « Il aborde ses problèmes d’argent, ses dettes, ses cigarettes empruntées… Son rapport au travail », raconte Claire Simon. Le film offre une mise en abyme comique, comme dans cette scène où Simon Mérabet, « photographe bénévole pour Var-matin République, pose lui-même devant une bétonnière sur un chantier désert, faute d’ouvriers à photographier ». Tout au long du film, philosophe, Simon expose sa vision sur l’emprise de l’argent et la nécessité de travailler.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une trilogie sur l’argent et un cinéma engagé

Ce court-métrage s’inscrit dans une trilogie sur l’argent, complétée par Moi non ou l’argent de Patricia, qui présente les déboires d’une amie, et Une journée de vacances, autour de la relation à l’argent de son père. Pour la cinéaste, l’argent est un moteur de scénario ultime : « Tout le monde travaille pour gagner sa vie et a un rapport avec l’argent. Il suffit de suivre le fil du porte-monnaie pour avoir une histoire ».

Ces trois courts-métrages sont un prélude à un cinéma engagé qui marquera sa carrière. Des luttes de Coûte que coûte, tourné au cœur d’une entreprise alimentaire qui joue sa survie à Saint-Laurent-du-Var, à la guerre enfantine de Récréations, en passant par Sinon, oui, son premier long-métrage de fiction sorti en salle en 1997, qui traite de la stabilité dans le couple et met en vedette Catherine Mendez et Lou Castel. Ou encore Mimi, sur le parcours de vie de son amie niçoise Mimi Chiola qui aime les femmes.

Une longue amitié et la méthode Claire Simon

Avec Simon Mérabet, trente ans plus tard, le fil se renoue à Paris. Claire Simon observe les va-et-vient et écoute les discussions des voyageurs de la Gare du Nord à Paris pour écrire le scénario de Gare du Nord, une fiction qu’elle tourne avec Nicole Garcia et Reda Kateb dans ce lieu « hétérotopie, caverne à histoires, enfer mythologique » où « chacun pense à son destin ». Dans la foulée, elle y tourne Géographie humaine, un documentaire où les gens parlent d’eux-mêmes. Elle embarque Simon Mérabet comme « ambassadeur » pour interpeller au débotté les voyageurs pressés ou quidams en errance plus lente. « Simon, fils d’immigré, a beaucoup voyagé, et grâce à lui on a pu filmer des dialogues extraordinaires ». Ensemble, ils captent dans cette gare miroir de la société les invisibles du RER dès 5 heures du matin jusqu’aux voyageurs de l’Eurostar.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« C’est un cinéma à mains nues », affirme la réalisatrice à propos de ses réalisations sans artifices. Plutôt que d’imposer des scénarios purement imaginaires, elle puise dans les conversations réelles dont elle loue « la beauté extraordinaire ». C’est avec cette méthode qu’elle aborde aussi la condition féminine. Dans Les Bureaux de Dieu, un film entre documentaire et fiction sorti en 2008, des actrices connues rejouent des entretiens dans un planning familial : Anne Alvaro, Nathalie Baye, Isabelle Carré, Nicole Garcia, Béatrice Dalle… « C’est un changement de civilisation extrêmement profond que les femmes puissent décider de ce qu’elles font avec leur corps », revendique Claire Simon. Ce corps féminin, elle le filmera plus directement « dans toute sa vérité gynécologique » dans Notre corps. À cette occasion, percutée par sa propre annonce d’un cancer du sein, elle s’inclut dans ce documentaire qui brosse le portrait de femmes à différentes étapes de leur vie : grossesse ou stérilité, maladie, transition de genre, agonie.

L’appel du sud et de nouveaux projets

Toujours attirée par le sud de son enfance qui l’inspire, en 2005, elle réalise Ça brûle, une fiction sur l’adolescence et une jeune incendiaire dont le tournage rencontre le réel lors des incendies de Cabasse dans le Var et Jouques dans les Bouches-du-Rhône. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, le film reçoit l’hommage de nombreux pompiers venus en tenue et avec leurs camions. « Ce film sent la fumée », diront les soldats du feu pour saluer la performance cinématographique.

Aujourd’hui, Claire Simon confie vouloir tourner encore deux fictions dans le Var entre Châteaudouble et Claviers. La première, Un mois en Provence, qu’elle décrit comme un « mois en enfer », suivra une jeune médecin noire effectuant un remplacement estival dans un village du coin. Le rôle pourrait être celui de l’actrice Guslagie Malanda. La seconde, plus intime, s’intitule Je suis mon père. « C’est l’histoire d’une petite fille et de son père apiculteur dont la sclérose en plaques invalidante n’a fait qu’empirer », explique la réalisatrice qui, immobilisée à la suite d’une chute d’un arbre à l’âge adulte, dit avoir vraiment « vu » le quotidien de son père tétraplégique décédé depuis vingt-cinq ans. Face aux falaises des gorges de Châteaudouble, Claire Simon confie vouloir tourner ses deux prochaines fictions entre le village et Claviers.