L'autre extrême droite : de Mégret à Zemmour, 50 ans de déchirements
L'autre extrême droite : de Mégret à Zemmour, 50 ans de déchir

L'extrême droite française n'a jamais été un bloc homogène. Derrière les succès électoraux et les alliances de façade, les querelles internes et les trahisons ont jalonné son histoire depuis un demi-siècle. Un article de Libération revient sur ces fractures, de la scission de Bruno Mégret à l'émergence d'Eric Zemmour, en passant par le rôle trouble de Vincent Bolloré.

La scission Mégret : une blessure jamais refermée

En 1998, Bruno Mégret, alors numéro deux du Front national, quitte le parti pour fonder le Mouvement national républicain (MNR). Cette scission, la plus grave qu'ait connue le FN, affaiblit durablement le parti. Selon l'article, « Mégret a emporté avec lui près d'un tiers des cadres et des militants ». Cette fracture a laissé des traces profondes, chaque camp se reprochant mutuellement la trahison.

Les conséquences électorales sont immédiates : aux européennes de 1999, le FN obtient 5,7 % des voix, contre 11 % deux ans plus tôt. Le MNR, lui, ne dépasse pas les 3 %. « Cette division a profité à la gauche et à la droite modérée », analyse un politologue cité dans l'article.

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Bolloré, le financier de l'ombre

Vincent Bolloré, magnat des médias, est présenté comme un acteur clé de ces luttes intestines. Selon l'enquête, il aurait financé discrètement plusieurs courants de l'extrême droite, jouant les uns contre les autres. « Bolloré a toujours eu un pied dans chaque camp, pour mieux contrôler le jeu », affirme une source proche du dossier. Son influence s'exerce notamment via ses chaînes de télévision, qui donnent une tribune aux idées identitaires.

L'article précise que Bolloré aurait soutenu financièrement la campagne d'Eric Zemmour en 2022, tout en maintenant des liens avec le Rassemblement national de Marine Le Pen. « Il aime semer la zizanie pour rester indispensable », commente un ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen.

Zemmour, l'héritier qui divise

L'irruption d'Eric Zemmour sur la scène politique en 2021 a ravivé les vieilles querelles. Ancien journaliste, il a su capter une partie de l'électorat d'extrême droite en proposant une ligne plus radicale que celle de Marine Le Pen. Selon un sondage Ipsos cité dans l'article, « 30 % des électeurs de Marine Le Pen en 2017 ont voté Zemmour en 2022 ».

Cette concurrence a exacerbé les tensions. « Zemmour a réveillé le vieux fond anti-système du FN, mais il a aussi attiré des transfuges de la droite classique », explique un historien spécialiste de l'extrême droite. Les deux camps se livrent une guerre d'influence, chaque leader revendiquant la légitimité de l'héritage lepéniste.

Les conséquences d'une guerre fratricide

Ces déchirements ont un coût électoral. Aux législatives de 2022, le Rassemblement national obtient 89 députés, un score historique, mais loin de la majorité espérée. Reconquête, le parti de Zemmour, n'en obtient qu'un seul. « L'extrême droite paie ses divisions », estime un analyste politique. Les querelles internes empêchent la constitution d'un front uni, indispensable pour espérer conquérir le pouvoir.

L'article conclut que, malgré ces rivalités, l'extrême droite française n'a jamais été aussi influente. « Les idées qu'elle porte ont infusé dans tout le débat public, bien au-delà de ses frontières électorales », note le journal. Mais cette influence reste fragile, minée par les ambitions personnelles et les rancœurs historiques.

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