Les colonies de vacances font-elles encore rêver ? Alors que les départs reculent, le modèle reste défendu par ses acteurs, mais se heurte au coût des séjours, aux nouvelles attentes des familles et à une exigence accrue de transparence.
Une fréquentation en baisse
Selon l'Institut national de la Jeunesse et de l'Éducation populaire (Injep), 1,3 million de départs d'enfants et d'adolescents ont été recensés en 2024-2025 dans les accueils collectifs avec hébergement, catégorie qui comprend les colonies de vacances mais aussi d'autres séjours collectifs. C'est 50 000 départs de moins en un an, soit – 4 %, et 141 000 de moins qu'avant la crise sanitaire. L'été reste le cœur du modèle, avec 954 000 départs durant les congés estivaux 2025, mais là encore la fréquentation baisse : – 3 % sur un an, – 12 % par rapport à l'été 2019.
Pas un rejet, mais un décrochage
Pour Aurélie Duplouy, de la Jeunesse au Plein Air Occitanie (JPA), il ne faut pas y voir un rejet massif des colos. « Les séjours collectifs gardent toujours une image très positive auprès des familles. » Mais le secteur est pris dans un double étau : l'accès et la confiance. La proximité rassure : une ou deux heures de route, assez pour se dire qu'en cas de problème, on peut récupérer son enfant rapidement.
Le premier frein reste l'argent. Selon la JPA, plus de la moitié des parents qui renoncent à un départ évoquent le manque de moyens financiers. Les données de l'Injep le confirment : à l'été 2018, 14 % des collégiens de 13 ans étaient partis en colonie de vacances, mais les enfants de professions libérales et de chefs d'entreprise partaient deux fois plus souvent que ceux d'ouvriers qualifiés et d'employés d'entreprise : 27 % contre 10 %.
Des aides insuffisantes
En Occitanie comme ailleurs, les aides ne suffisent pas toujours à combler l'écart. Le Pass colo, réservé à l'année des 11 ans, a bien un « effet levier », reconnaît Aurélie Duplouy, mais reste trop limité : « On ne peut pas remplir des colos qu'avec des enfants de 11 ans. » La suppression en 2026 des 36,8 millions d'euros consacrés aux colos apprenantes inquiète aussi la JPA. Les compensations ne couvrent pas les mêmes familles, notamment celles dont le quotient familial se situe entre 950 et 1 500 euros, désormais privées d'une partie des aides institutionnelles.
La fin de la colo de proximité
Mais pour Éric Carton, spécialiste de l'histoire des colonies de vacances, réduire la crise des colos au seul prix serait une erreur : « Les colos baissent depuis les années 1960 », estime-t-il. À l'époque, les vacances en famille progressent, les centres de loisirs se municipalisent et les groupes d'enfants autrefois constitués autour de l'école, de la paroisse ou du comité d'entreprise disparaissent peu à peu. « À l'origine, une colo, c'était un groupe d'enfants sur un territoire donné qui se déplaçait entièrement. Aujourd'hui, ce sont des enfants de partout qui vont se regrouper à un endroit. »
Ce changement a modifié le lien de confiance. Avant, les enfants partaient souvent avec des adultes connus ou identifiables. Aujourd'hui, l'inscription se fait parfois en ligne, à distance, sans rencontre avec le directeur ou l'équipe. « Ils ont abandonné le contact avec les parents et ils disent : 'ils ne nous font pas confiance'. Oui, c'est normal », tranche Éric Carton. Pour lui, le modèle est devenu moins proche, plus commercial, plus « catalogue ».
Du collectif au catalogue
La promesse aussi a changé : « Dans les années 1950, on est allé répondre aux besoins des enfants. Aujourd'hui, les colos commerciales veulent répondre aux envies des enfants. » Le développement des séjours thématiques illustre cette bascule. Surf, équitation, anglais, sport, astronomie : ces offres peuvent séduire les familles, mais elles participent aussi à transformer la colo en prestation. Éric Carton regrette surtout la disparition du « faire ensemble » : « On est plusieurs et parce qu'on est en équipe, on va arriver à réaliser des choses. Cela a disparu au profit du 'j'y suis allé et j'ai pris ma photo'. » Jusqu'à ces séjours à Dubaï, qu'il cite comme symbole d'un modèle très éloigné des camps, des jeux en forêt et de la vie collective.
La défiance et les inquiétudes
Ces inquiétudes s'inscrivent dans un climat de défiance plus large, entre scandale du périscolaire parisien, affaire Bétharram et récent cas d'un directeur de colonie placé en garde à vue à Toulouse pour agression sexuelle sur un enfant. En Occitanie, Aurélie Duplouy observe que « le séjour de cinq jours est presque la norme ». La proximité rassure : une ou deux heures de route, assez pour se dire qu'en cas de problème, on peut récupérer son enfant rapidement. Le coût du transport pèse également. La garde alternée aussi : quand un parent n'a son enfant que la moitié des vacances, il hésite davantage à l'envoyer quinze jours au loin.
La JPA reconnaît que le secteur doit davantage expliquer ce qui se passe concrètement : déclaration des séjours, contrôle des locaux, règles d'encadrement, contrôle d'honorabilité des animateurs, procédures de signalement. « On ne peut pas se contenter de dire que les situations sont rares. Il faut donner des réponses concrètes aux familles », insiste Aurélie Duplouy. Les téléphones, eux aussi, disent quelque chose de cette époque : souvent mis de côté la journée, rendus sur un temps limité, ils maintiennent malgré tout un lien immédiat avec les parents.



