La Knesset vote la dissolution du Parlement
Ce mercredi 20 mai, la Knesset a approuvé en lecture préalable un texte de loi visant à dissoudre le Parlement. Cette décision pourrait conduire à des élections législatives en septembre, soit un peu plus d’un mois avant la date initialement prévue par la loi. La crise au sein de la coalition gouvernementale trouve son origine dans la loi sur l’exemption du service militaire pour les jeunes orthodoxes, un dispositif hérité de l’époque de David Ben Gourion mais qui a perdu sa validité juridique il y a plusieurs années.
Les promesses non tenues de Netanyahou
Pour assurer son élection fin 2022, Benyamin Netanyahou avait promis aux partis orthodoxes de faire passer rapidement une nouvelle loi pour renouveler cette exemption. Cependant, de retour au pouvoir après une brève période dans l’opposition, il a d’abord choisi de s’attaquer à un autre dossier explosif : la réforme de la justice. Les orthodoxes ont été priés de patienter. Mais les attaques du 7-Octobre ont plongé Israël dans des cycles de guerre dont il n’est toujours pas sorti, bouleversant l’agenda politique.
Le poids de la guerre sur la société israélienne
Deux ans et demi après le pogrom, les stickers de soldats morts sont omniprésents dans les grandes villes. Les réservistes, majoritairement des hommes, ont abandonné travail et famille pendant des mois pour défendre le pays. « Si nous n’y allons pas, qui d’autre ira ? » confiaient des collègues épuisés après des semaines en uniforme. La société israélienne a vécu au rythme des listes de soldats morts, chaque matin étant marqué par la crainte de découvrir un nom connu.
Le refus orthodoxe, source de colère
Trente et un mois après le début de la guerre, l’attitude des partis orthodoxes reste inacceptable pour une grande partie de la société. Le refus des leaders orthodoxes de tenir compte des rapports de Tsahal sur l’effondrement potentiel de l’armée et leur rejet de partager le fardeau militaire sont devenus politiquement intolérables. Les élections à venir pourraient se jouer sur cette question, les leaders de l’opposition, notamment d’anciens hauts gradés, en faisant leur thème de campagne.
L’absence de commission d’enquête officielle
Au-delà de cette thématique, c’est la manière dont le 7-Octobre entrera dans l’histoire qui est en jeu. Aucune commission d’enquête officielle n’a été constituée, chacun craignant pour sa postérité. Le Premier ministre refuse une commission d’État menée par un juge de la Cour suprême, qu’il juge biaisée, et réclame une commission parlementaire. Ses adversaires l’accusent de vouloir imposer un narratif. Tsahal a mené une enquête interne, mais ses conclusions sont jugées insuffisantes par les familles des victimes.
Des images effacées et des révélations
Le magazine d’enquête Uvda a révélé que des dizaines d’heures d’enregistrements du 7-Octobre provenant du kibboutz Kfar Aza ont été effacées. Des images que l’armée prétendait ne pas avoir ont été retrouvées et diffusées, montrant des blessés de Nova, des jeunes apeurés et des soldats tentant de ravitailler leur tank. Ces images cruciales pour l’histoire soulèvent des questions : pourquoi Tsahal a-t-il nié les posséder ? Où sont les autres heures d’enregistrement ?
Une quête de vérité collective
Les Israéliens veulent connaître la vérité sur le fiasco sécuritaire du 7-Octobre, mais rares sont ceux prêts à l’entendre. La responsabilité pourrait être collective : celle d’une société déchirée, d’organisations d’opposition ayant boycotté le service de réserve, d’une armée ayant méprisé les signaux d’alerte, et du Premier ministre Netanyahou, en poste presque sans interruption depuis 2009. Plus de deux ans et demi après le drame, le chef d’état-major, le ministre de la Défense, le chef du renseignement militaire et le chef du Shin Bet ont tous quitté leurs fonctions. Seul Netanyahou reste en poste, et c’est sur cela que se joueront les élections.
La bataille électorale ne fait que commencer. Elle se jouera autour de deux questions indissociables : qui portera les armes demain pour éviter un nouveau 7-Octobre, et qui portera la responsabilité d’hier ? La loi sur le service militaire dira si la société israélienne a tiré les leçons du passé, tandis que la commission d’enquête désignera le responsable de l’un des plus grands échecs sécuritaires de l’État hébreu dans les livres d’histoire.



