Marc Voléry, 80 ans de Var-matin : souvenirs de Saint-Tropez
Marc Voléry, 80 ans de Var-matin : souvenirs de Saint-Tropez

À l’occasion des 80 ans de Var-matin, le journaliste Marc Voléry ouvre la boîte à souvenirs. Âgé de 77 ans, il revient sur les moments qui ont marqué sa carrière dans le golfe de Saint-Tropez, des tournages mythiques aux affaires criminelles les plus sombres.

Le souvenir le plus vif reste celui du tournage du film « Le Gendarme et les extraterrestres », en septembre 1978. « Lors d’une séquence devant la gendarmerie, la cascadeuse qui conduisait, pour les besoins du film, une grosse cylindrée américaine, a perdu le contrôle du véhicule qui est allé s’encastrer dans le Monoprix en faisant deux morts et plusieurs blessés », raconte l’ancien correspondant.

Le dernier volet, « Le gendarme et les gendarmettes », tourné en mai 1982, ne fut pas non plus de tout repos. Le réalisateur Jean Girault, décédé en juillet de la même année, ne put achever le tournage, confié à son assistant. Deux films maudits, selon lui.

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Des débuts marseillais à l’agence de Saint-Tropez

Marc Voléry débute sa carrière en 1968 au service des sports du Méridional, à Marseille. « J’avais arrêté mes études en terminale. Mon père travaillait là-bas, et ils avaient besoin d’un journaliste au service des sports », explique-t-il. En 1971, il fait partie de la « charrette » après le rachat du journal par Le Provençal. Il se retrouve au chômage pendant six mois, avant d’intégrer Var-matin à Draguignan comme responsable des sports.

« J’avais 22, 23 ans… », se rappelle-t-il, sans cacher que l’intégration dans l’équipe n’a pas été simple. Un ou deux ans plus tard, une place se libère à l’agence de Saint-Tropez. Il y arrive en 1972 et y passera toute le reste de sa carrière. « Le sport dans le golfe, tu en avais vite fait le tour. La locale en revanche, je n’en avais jamais fait. Et des fois, je me demandais où j’étais… », rit-il.

Sous la responsabilité de Marie-Claude Pichon, alors cheffe d’agence, il apprend les rudiments du métier. Les journées sont rythmées par les horaires des « hors sac » à déposer au bus à midi pour que textes et photos arrivent à Toulon dans les délais. « Si tu le ratais, soit tu courais après le bus en voiture, soit tu devais déposer dans un autre bus… qui partait à 16 heures pour Saint-Raphaël. » Plus tard, une tournée est mise en place avec un motard pour récupérer les articles de l’édition du lendemain.

Saint-Tropez, entre paillettes et pêcheurs

Son travail bat au rythme du village. « Dans les années soixante-dix ou quatre-vingt, avant que les stars de la téléréalité n’envahissent le village, c’était l’idéal », assure-t-il. C’était le temps des parties de pétanque place des Lices, où villageois et stars se côtoyaient, et des soirées blanches de Barclay. « L’hiver tu croisais Michèle Morgan et son mari en train de déambuler dans le village. »

Brigitte Bardot, elle, passait directement à l’agence dire bonjour. « À l’époque à côté de l’agence, il y avait une droguerie où elle faisait régulièrement ses courses. Elle arrêtait sa voiture en double file et passait nous voir », poursuit le journaliste, qui a toujours sa carte de presse honoraire. « Je me souviens notamment du jour où elle est entrée à l’agence et m’a annoncé qu’elle venait de faire don de La Madrague à sa fondation. »

Il se souvient aussi d’un moment fort avec Charles Aznavour, dont il partagea la table d’anniversaire de l’épouse. « C’est lui qui m’avait proposé de rester. Ça a fait la une du journal », raconte-t-il.

Rester à Saint-Tropez coûte que coûte

Deux fois, on lui propose d’autres postes : chef d’agence au Luc, par exemple… « mais deux prédécesseurs y étaient morts, je n’y tenais pas particulièrement », confie-t-il. Ou adjoint à Saint-Raphaël. « Mais j’étais bien à Saint-Tropez… » Il y retrouve Pierre Nembrini, ancien du Méridional, qui deviendra son adjoint pendant une dizaine d’années. En 1998, Pierre fait jouer la clause de cession et part. Marc Voléry choisit de rester et finira chef d’agence un an avant son départ en 2008.

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Des faits divers qui ont marqué

La carrière de Marc Voléry n’est pas seulement marquée par les stars croisées au fil des rues ou bronzant à Pampelonne. Le golfe de Saint-Tropez a aussi son lot de faits divers. L’affaire Christina von Opel, à la fin des années soixante-dix, fait grand bruit : l’histoire d’une riche héritière impliquée dans un trafic de drogue. « Je me souviens avoir appris cette histoire à la radio. Je me précipite au commissariat et je me retrouve nez à nez avec le journaliste de Nice-Matin… On s’invective tous les deux pensant que l’autre avait eu les infos, mais en fait aucun de nous ne les avait eues, l’affaire était sortie par un autre canal car c’était Marseille ou Toulon qui était intervenu. »

Avec son collègue Fred Jaubert, il apprend que la drogue arrivait par bateau et transitait par Le Plan-de-la-Tour. « On va sur place, on nous avait rancardés sur l’adresse. Personne sur place, pas un flic, pas un gendarme, rien. On rentre dans la maison qui était ouverte. Dans les placards, dans des sacs-poubelle, de la drogue. On fait les photos avant de repartir… Sans voir personne. »

La sensibilité du journaliste est surtout mise à rude épreuve avec l’affaire du petit Joris, tué par Francis Heaulme. Le garçon de 10 ans avait été enlevé dans un camping de Port Grimaud, et son corps retrouvé sur le bord de la route, dans la forêt des Maures, du côté de Collobrières. Heaulme s’était accusé de ce meurtre avant de se rétracter. En décembre 1993, la juge d’instruction Laurence Godron, de Draguignan, mettait Francis Heaulme en examen. « J’avais assisté à la reconstitution du drame pour le journal », ajoute Marc Voléry, tout aussi marqué par l’affaire des disparus de Ramatuelle en 2005. « On soupçonnait le père, boucher, d’avoir assassiné ses enfants de 16 à 20 ans et d’avoir fait disparaître les corps, qui n’ont jamais été retrouvés. »

À 77 ans, celui qui a toujours sa carte de presse honoraire continue de veiller sur les souvenirs d’une époque où Saint-Tropez n’avait pas encore basculé dans la téléréalité.