Le procès en appel du présumé financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy se poursuit jusqu'à la fin du mois de mai. Cette affaire rappelle d'autres scandales similaires qui ont marqué les années 1990 et 2000, mettant en lumière les pratiques occultes de financement électoral.
Les révélations de Robert Bourgi
Dans une interview sur France 24, Robert Bourgi, ancien conseiller officieux de Jacques Chirac pour l'Afrique, a raconté comment, à la demande du chef de l'État, il a rendu visite au président burkinabè Blaise Compaoré pour solliciter un financement pour la campagne présidentielle de 2002. Quelques jours plus tard, des valises de billets ont été livrées à l'Élysée, dissimulées dans quatre djembés, des tam-tams africains remplis de dollars. L'anecdote paraît cocasse, mais elle illustre un financement illégal de campagne et une relation dévoyée avec un potentat africain.
L'affaire des frégates de Taïwan
Quelques années plus tôt, en 1995, la campagne d'Édouard Balladur avait été éclaboussée par l'affaire des frégates de Taïwan. Des commissions occultes avaient été versées dans le cadre de la vente de matériels militaires, et des rétrocommissions étaient retournées en France. Les conséquences furent dramatiques : lorsque Jacques Chirac, une fois élu, interrompit le versement des commissions, un attentat suicide à Karachi, au Pakistan, fit 14 morts, dont 11 Français.
Nicolas Sarkozy et le financement libyen
Nicolas Sarkozy est-il lui aussi coupable d'avoir franchi la ligne jaune en sollicitant un financement libyen pour sa campagne de 2007 ? L'ancien président s'en défend à nouveau lors du procès en appel. Cependant, il a commis un faux pas en chargeant son ancien bras droit, Claude Guéant. Ce dernier, par l'intermédiaire de son avocat, a répliqué en affirmant que Sarkozy avait bien incité ses collaborateurs à rencontrer Abdallah Senoussi, ancien numéro 2 du régime libyen et beau-frère de Mouammar Kadhafi. Senoussi a été condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir instigué l'attentat contre un DC-10 d'UTA en 1989 au-dessus du Niger, qui a causé la mort de 170 personnes, dont 54 Français.
Un pacte de corruption ?
Reste à savoir s'il y a eu un pacte de corruption : l'argent libyen contre l'examen de la situation judiciaire de Senoussi. Ces détournements, ou soupçons de détournement, des lois encadrant le financement des campagnes présidentielles sont anciens, mais ils pèsent encore lourd sur la confiance des citoyens envers la classe politique. À un an de l'élection de 2027, notre démocratie mérite mieux que ces sombres dérives.
Plusieurs condamnations ont été prononcées dans l'affaire Balladur, mais Édouard Balladur lui-même a été relaxé par la Cour de justice de la République. Claude Guéant, malade, n'assiste pas au procès.



