La droite française entend faire de la lutte contre l'assistanat un cheval de bataille pour les prochaines élections législatives, en ciblant particulièrement les contradictions du Rassemblement national (RN) sur ce sujet. Selon des sources proches de la direction des Républicains (LR), cette stratégie vise à reprendre l'initiative politique et à affaiblir le parti d'extrême droite sur un thème qui lui est traditionnellement favorable.
Une offensive politique ciblée
Les Républicains entendent dénoncer ce qu'ils qualifient d'« hypocrisie » du RN, qui prône une ligne dure contre l'assistanat tout en ayant voté, ces dernières années, des mesures sociales coûteuses. « Le RN parle de lutte contre l'assistanat, mais dans les faits, il a soutenu des dépenses publiques qui augmentent la dépendance à l'État », a déclaré un cadre de LR sous couvert d'anonymat. Cette contradiction, selon la droite, doit être mise en lumière pour montrer le décalage entre le discours et les actes du parti de Marine Le Pen.
L'offensive s'articule autour de plusieurs propositions concrètes, notamment le renforcement des conditions d'accès aux aides sociales et la mise en place d'un système de « droits et devoirs » pour les bénéficiaires. Les Républicains veulent ainsi incarner une alternative crédible sur un sujet qui mobilise l'électorat de droite et d'extrême droite.
Un enjeu électoral majeur
La question de l'assistanat est devenue centrale dans le débat politique français, à l'approche des législatives de 2027. Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2026, 68% des Français estiment que le système social français encourage trop l'oisiveté. Ce chiffre monte à 82% chez les électeurs de droite et à 91% chez ceux du RN. La droite espère ainsi capter une partie de cet électorat en proposant des réformes plus crédibles que celles du RN.
« Nous ne nous contentons pas de dénoncer, nous proposons des solutions concrètes pour sortir de l'assistanat », a affirmé le président des Républicains, Éric Ciotti, lors d'un meeting à Lyon le 28 juin. Il a notamment évoqué la création d'un « contrat d'engagement » pour les bénéficiaires du RSA, avec des contreparties en termes de formation ou de travail d'intérêt général. Cette proposition, selon lui, permettrait de réduire le nombre de bénéficiaires de 30% en cinq ans, une estimation basée sur des données de la Dares.
Les contradictions du RN pointées du doigt
L'un des arguments centraux de la droite est de souligner les incohérences du RN sur le sujet. « Marine Le Pen a voté la loi de finances 2025 qui augmentait de 12% les crédits alloués aux aides sociales, sans conditionnalité accrue », a rappelé un député LR spécialiste des questions sociales. « Comment peut-on prétendre lutter contre l'assistanat tout en votant des dépenses qui l'alimentent ? »
Le RN a répliqué en accusant la droite de faire de la « récupération politicienne ». « Les Républicains ont eu cinq ans au pouvoir et n'ont rien fait contre l'assistanat. Aujourd'hui, ils tentent de nous voler notre thème de prédilection », a déclaré un porte-parole du parti. Cependant, les stratèges de LR estiment que cette attaque peut affaiblir le RN en montrant qu'il n'est pas cohérent sur un sujet clé pour son électorat.
Une stratégie à double tranchant
Si l'offensive contre l'assistanat peut permettre à la droite de se repositionner, elle comporte aussi des risques. Certains analystes soulignent que le thème est déjà largement investi par le RN et que la droite pourrait paraître en retard. « La droite doit prouver qu'elle est plus crédible que le RN sur ce sujet, mais aussi qu'elle ne tombe pas dans une surenchère stigmatisante », estime un politologue de Sciences Po.
Par ailleurs, les propositions de LR, comme le renforcement des contrôles et des sanctions, pourraient être perçues comme trop dures par une partie de l'électorat modéré. La droite devra donc trouver un équilibre entre fermeté et pragmatisme pour convaincre au-delà de son socle électoral.
En tout état de cause, la bataille contre l'assistanat s'annonce comme l'un des thèmes majeurs de la campagne législative. La droite, en lançant cette offensive, espère reprendre la main et contraindre le RN à se positionner, tout en offrant une alternative crédible aux électeurs. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits dans les urnes.



