Le premier débat de la présidentielle, organisé par le Medef sur le court central de Roland-Garros, a opposé jeudi sept candidats sur les grands sujets économiques. Jean-Luc Mélenchon a lancé une offensive contre les patrons, Marine Le Pen a attaqué le bilan macroniste, tandis qu'Édouard Philippe et Gabriel Attal ont rivalisé pour séduire les chefs d'entreprise. Les échanges ont notamment porté sur la dette, les retraites, les normes, le coût du travail et la fiscalité.
Mélenchon interpelle les patrons, Attal réplique
Dès l'ouverture, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a interpellé les chefs d'entreprise : « Si vous n'augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession. Ça c'est votre responsabilité ». Gabriel Attal (Renaissance) a immédiatement répliqué, provoquant les applaudissements du public : « à votre place, j'aurais présenté des excuses pour les propos de (l'eurodéputée) Manon Aubry qui a qualifié les entrepreneurs français de nuisibles ».
Dette : annulation, remboursement et économies
La proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette publique a suscité de vives critiques. Édouard Philippe (Horizons) a lancé : « Vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire. La France, elle a une parole, elle la tient et elle remet en ordre ses comptes, comme tous les autres pays l'ont fait ». Gabriel Attal a ironisé : « Si vous considérez, Monsieur Mélenchon, qu'il suffit d'annuler la dette, pourquoi vous proposez en même temps d'augmenter les impôts ? C'est par pur sadisme ? »
Raphaël Glucksmann (Place publique) a jugé « assez étonnant de se prendre des leçons sur la dette de la part de deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron », ajoutant : « Pour défendre ce bilan, vaut mieux être deux ». Marine Le Pen (RN) a déclaré : « Oui, je suis très inquiète par la situation de la dette. Donc clairement, nous la rembourserons ». Elle a annoncé que son camp présenterait « juste avant le débat budgétaire » au Parlement « notre trajectoire de rétablissement des finances publiques avec 125 milliards d'euros d'économies ».
Retraites : âge lié à l'espérance de vie, réformes contrastées
Bruno Retailleau (Les Républicains) a proposé de lier l'âge de départ à la retraite « à l'espérance de vie », précisant qu'il détaillerait son projet « dans quelques jours ». Il a assuré : « On ne va pas se faire un psychodrame tous les dix ans. Ce sera une réforme équilibrée » et « qui sauvera le régime ».
Marine Le Pen a développé sa réforme : ceux qui ont commencé à travailler « avant 20 ans […] partiront à 60 ans » pour ensuite « progressivement » parvenir « à 42 ans de cotisations et un âge légal de 62 ans ». Face au coût critiqué de 9 milliards, elle a parlé de « choix de société ». Jean-Luc Mélenchon a prôné la retraite « dans un premier temps à 62 ans » puis, « le plus vite possible », à 60 ans. Marine Tondelier (Les Écologistes) a rappelé qu'elle souhaitait « abroger » la dernière réforme des retraites. Gabriel Attal a défendu « un nouveau système universel » fondé « sur la durée de cotisation ».
Normes, coût du travail et fiscalité en débat
Sur les normes, Bruno Retailleau a déclaré : « Le premier problème, c'est l'État bureaucratique », promettant de supprimer « quelques semaines » après son éventuelle arrivée à l'Élysée, « sur ordonnance », « une centaine de normes, les plus stupides ». Édouard Philippe s'est dit « assez d'accord » avec ce principe, tandis que Marine Le Pen a appelé à « arrêter la folie normative ». Gabriel Attal a estimé que « l'échec principal des dernières années en matière économique, c'est notamment cette question de la simplification ». Raphaël Glucksmann a nuancé : « La norme, c'est comme le cholestérol, il y a de la bonne norme, il y a de la mauvaise norme », rappelant que les normes protègent « la santé » ou « l'environnement ».
Sur le coût du travail, Édouard Philippe a jugé nécessaire de « rapprocher le brut du net » des salaires, notamment en faisant en sorte que « la protection sociale » ne repose plus autant « sur des prélèvements sur le travail ». Il a averti : « il n'y a pas d'exemple de démocratie qui résiste à l'affaiblissement durable des classes moyennes populaires ». Gabriel Attal a dit vouloir « revenir sur les hausses du coût du travail qui sont intervenues depuis 2024 », les qualifiant de « boulet pour nos entreprises ». Bruno Retailleau a promis d'alléger « dès la première heure […] les charges de travail ». Raphaël Glucksmann a martelé ne pas vouloir financer la hausse des salaires « par la casse du modèle social », mais en taxant davantage les successions. Marine Tondelier a promis « un SMIC à 2.000 euros brut » en échange d'un « grand plan d'aide pour les TPE et les PME », défendant une présidence « des petites et moyennes entreprises ».
Enfin, sur la fiscalité, les candidats ont débattu du pacte Dutreil, qui facilite la transmission des entreprises familiales. Gabriel Attal, Édouard Philippe et Marine Le Pen ont promis de ne pas y toucher, tandis que Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier ont dénoncé son détournement à des fins d'optimisation fiscale, disant vouloir le réformer. Ce premier débat a ainsi révélé des lignes de fracture nettes entre les candidats, qui devront préciser leurs projets dans les semaines à venir.



