Le drapeau ukrainien qui flottait depuis février 2022 sur le château du Haut-de-Cagnes a été retiré par la nouvelle municipalité Rassemblement National, dirigée par Bryan Masson. Il a été remplacé par le blason de la ville, une décision qui divise les habitants du village médiéval.
Un symbole de soutien retiré après quatre ans
Le 28 février 2022, quatre jours après le début de l'invasion russe, l'ancien maire Louis Nègre (Les Républicains) avait fait hisser le drapeau jaune et bleu au-dessus du château musée Grimaldi, en soutien au peuple ukrainien. Il avait alors promis de le maintenir « jusqu'à la fin de la guerre ». Le département compte environ 16 000 expatriés ukrainiens, et ce geste symbolisait un fort soutien.
Le 24 août, jour de l'anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, marque les 35 ans de cet événement. C'est dans ce contexte que le nouveau maire, Bryan Masson, a décidé de retirer l'étendard ukrainien en juin, après avoir déjà retiré le drapeau européen du conseil municipal. Il a justifié ce choix lors d'une interview : « Je préfère mettre le drapeau français que n'importe quel autre drapeau. C'est un acte de patriotisme ».
Le blason local remplace le drapeau ukrainien
Après le retrait du drapeau ukrainien, d'autres drapeaux ont été successivement hissés : le drapeau italien en juin, puis un second drapeau français autour de la fête nationale, et enfin, au milieu de l'été, le blason cagnois avec sa mythique cagna bleue, une chienne en patois à qui la commune doit son nom. Ce blason, vieux de 1696, est désormais visible sur la tour du château, aux côtés du drapeau français qui y a toujours été.
Les habitants croisés dans les ruelles du village médiéval saluent unanimement ce retour aux armoiries locales. « Un retour aux racines », « une fierté », « du bon sens », « important pour mettre la Ville en avant », répètent-ils. Un commerçant anonyme ajoute : « Ça répond à un problème d'identité », tout en précisant que « c'est un sujet qui a vite fait d'être instrumentalisé par les partis politiques ».
Des réactions contrastées sur la disparition du drapeau ukrainien
La disparition du drapeau ukrainien suscite des débats animés, bien que moins violents que ceux concernant Israël et la Palestine. Gérard, ancien gardien du musée, déclare : « Il faut être humain et penser aux autres. Pendant la [Seconde] Guerre [mondiale], on a aussi eu besoin de soutien ». À l'inverse, Benoît, 51 ans, a entendu son entourage « râler », ces couleurs symbolisant « un appui financier et militaire » qu'il estime de « plus en plus questionné », même s'il « trouve normal de soutenir un peuple qui souffre ».
Yves, 57 ans, rejette « l'importation de conflits extérieurs. Personne n'a été consulté pour le drapeau, il aurait fallu un débat ». Il ajoute qu'il est « contre la guerre et [qu'il veut] que ça s'arrête. Mais on n'en voit pas la fin ». La guerre entre l'Ukraine et la Russie est entrée dans son 1 568e jour et a dépassé, le 11 juin 2026, la durée de la Première Guerre mondiale.
Un choix qui interroge sur la neutralité et l'identité
Gabrielle, 39 ans, estime qu'« il faut les soutenir, aujourd'hui plus que jamais ». Elle explique : « Ça ne coûte rien de laisser un drapeau mais ça redonne le moral aux Ukrainiens, qui sont très nombreux sur la Côte. Ça montrait qu'on n'oubliait pas leur souffrance, qu'on partageait leur attachement à la liberté ». Nicolas, 48 ans, défend la cohérence : « On est à Cagnes, c'est quand même plus cohérent d'avoir le blason ». Sacha, 25 ans, suggère « pourquoi pas les deux ? », tandis que Peter, 77 ans, interroge : « Pourquoi l'Ukraine plus qu'un autre ? Pourquoi pas les Palestiniens, Soudanais, Iraniens ».
Schirley, restauratrice, se souvient « des drapeaux du monde entier, [près d'une vingtaine accrochée sur des hampes], il y a quelques années ». Serge, 73 ans, tranche : « La mairie n'a pas à se mêler de politique étrangère ». Antoine, 28 ans, rejette cette analyse : « Peut-on se permettre d'être neutre devant Poutine ? Quel message on envoie ? En attaquant l'Ukraine, il cherche à affaiblir l'Europe ». Didier, 68 ans, avance que « les Russes seraient en fait les mêmes que les Ukrainiens. Pourquoi dresser un drapeau ukrainien plutôt que Russe ? ». Élizabeth, 96 ans, doyenne du Haut-de-Cagnes, résume : « Tout ça, je m'en fiche ».



