Brest bascule à droite : une défaite cuisante pour le socialisme municipal en Bretagne
Brest bascule à droite, défaite cuisante pour le socialisme

Une tempête politique balaye Brest après des décennies de règne socialiste

Le temps était clément dimanche en Bretagne, mais une véritable tempête politique a balayé en soirée la rade de Brest, dans le Finistère. La cité portuaire, fief historique de la gauche, s'est réveillée à droite après trente-sept années de règne socialiste ininterrompu. Pour le baron local François Cuillandre, aux commandes de la ville depuis 2001, la défaite au second tour des municipales est amère et cuisante.

La chute d'un menhir politique

Sonné, hué et sifflé lorsqu'il a annoncé les résultats, le maire socialiste sortant a été balayé par son adversaire de droite Stéphane Roudaut, qui a recueilli 57,38 % des suffrages. Soit près de vingt points d'avance sur le menhir politique qui avait tenté un coup de poker en s'alliant avec la liste insoumise pour décrocher un cinquième mandat.

Le mandat de trop donc pour François Cuillandre, qui a lui-même reconnu « une usure du pouvoir ». Pour la droite en revanche, la prise de la deuxième ville de Bretagne représente un succès retentissant, symbolique d'un vaste mouvement régional.

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La Bretagne donne un coup de barre à droite

Hormis à Rennes et Quimper, où les maires socialistes sortantes Nathalie Appéré et Isabelle Assih ont été confortablement réélues, la région a massivement basculé à droite lors de ce second tour. Déjà victorieuse à Vannes dès le premier tour, la droite bretonne conserve Saint-Malo et Lorient, que le maire de centre droit Fabrice Loher avait chipé à la gauche en 2020.

Elle reprend aussi Saint-Brieuc, la préfecture des Côtes-d'Armor, avec la victoire du jeune Victor Bonnot, trente ans, qui a remporté son duel face au maire sortant Hervé Guihard, pourtant à la tête d'une liste d'union de la gauche. Dans les villes moyennes, la droite rafle également les mairies de Lamballe, Fougères, Pontivy ou Auray.

Des forteresses socialistes imprenables qui tombent

Le séisme électoral est tel qu'il fait tomber des forteresses socialistes que l'on pensait imprenables, comme Hennebont ou Saint-Jacques-de-la-Lande, où la gauche régnait sans partage depuis plus d'un demi-siècle. Ce basculement historique redessine la carte politique de la péninsule bretonne.

Analyses divergentes selon les bords politiques

Au lendemain des résultats, les analyses divergent naturellement selon le camp politique. Les Jeunes Républicains saluent ainsi la « nette progression de la droite avec 87 villes remportées », y voyant « une volonté forte de changement » de la part des électeurs.

Président divers gauche de la région, Loïg Chesnais-Girard préfère, quant à lui, voir le verre à moitié plein. Il assure que « la gauche locale tient », en citant les victoires de ses proches à Morlaix, Quimperlé ou Paimpol. Tout en reconnaissant les torts de sa famille politique, il pointe du doigt « une partie de la gauche (qui) a pu donner le sentiment de s'écarter du réel » et l'échec des alliances avec La France Insoumise. « Les confusions politiques ont un prix, assène-t-il. Quand les lignes se brouillent, les électeurs s'éloignent. »

Le recul du socialisme municipal et le rôle de l'électorat centriste

Historiquement modérée, la Bretagne a offert dimanche « une victoire nette » à la droite et au centre-droit, estime Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS. « Ce scrutin montre qu'il y a clairement un recul du socialisme municipal en Bretagne, hormis à Rennes où sa forteresse principale résiste », souligne le politologue.

Ce phénomène s'explique selon lui par le comportement de l'électorat centriste, très présent dans la région. « Cet électorat avait plutôt basculé à gauche avant l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, puis était ensuite passé au macronisme. Et là, il revient plutôt vers le centre-droit. »

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Une pression du Rassemblement National moins forte qu'ailleurs

Thomas Frinault, autre observateur politique, y voit aussi le fait que « la droite et le centre en Bretagne subissent moins la pression frontiste que dans d'autres régions », même si le Rassemblement national a légèrement progressé par rapport à 2020. Dans les villes bretonnes où le RN était présent et s'est qualifié pour le second tour, c'est-à-dire partout sauf à Rennes, « une partie de son électorat a voté utile et a donné sa voix au candidat de la droite et du centre. »

Malgré cela, avec seulement cinq élus en 2020, le parti d'extrême droite a tout de même quadruplé ses scores dimanche soir en plaçant vingt élus dans les conseils municipaux de plusieurs grandes villes bretonnes comme Quimper, Saint-Malo, Lorient ou Vannes.

Un paysage politique breton profondément remodelé

Ces élections municipales ont donc acté un profond remodelage du paysage politique breton. La chute de Brest, bastion emblématique, sonne comme un coup de tonnerre et marque potentiellement la fin d'une ère pour le socialisme municipal dans la région, à l'exception notable de quelques places fortes qui résistent encore. La droite et le centre-droit, quant à eux, surfent sur une vague de fond qui pourrait annoncer de nouveaux rapports de force pour les années à venir.