Un premier tour décevant pour le maire écologiste sortant
En se présentant tardivement dimanche soir devant une forêt de caméras, le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, semblait visiblement groggy. Comme mis KO par son score de 27,67 % réalisé lors de ce premier tour des élections municipales. Un résultat décevant qui se situe en deçà de toutes les enquêtes d'opinion qui positionnaient l'édile sortant au-delà des 30 %.
Une triangulaire inédite qui chamboule le paysage local
Pierre Hurmic arrive donc petitement en tête de ce scrutin particulièrement mobilisateur avec 58 % de participation, mais il se trouve assiégé de toutes parts. Il est talonné par son opposant macroniste Thomas Cazenave qui obtient 25,58 % des voix, mais aussi par l'économiste libéral Philippe Dessertine qui récolte 20,16 % des suffrages.
L'irruption de cet universitaire cathodique sur la scène politique bordelaise chamboule complètement le paysage électoral local. Philippe Dessertine a d'ailleurs confirmé qu'il ne se retirerait en aucun cas de la compétition, organisant dès ce lundi soir la première des cinq réunions publiques qui rythmeront sa semaine de campagne intensive.
Le rôle déterminant de l'électorat Dessertine
L'économiste a déjà siphonné une bonne partie de l'électorat d'extrême droite et pourrait profiter de l'élimination de la candidate RN Julie Rechagneux pour augmenter son nombre de voix au second tour. « Sans la présence de Dessertine, le score RN aurait été très différent », analyse le politologue Ludovic Renard, enseignant à Sciences Po Bordeaux.
Quant à Nordine Raymond, le candidat de La France insoumise qui a recueilli 9,36 % des voix, il ne pourra pas être présent au second tour. Cette configuration représente une véritable aubaine pour Pierre Hurmic car elle porte en elle l'échec probable de Thomas Cazenave qui, vraisemblablement, ne devrait pas réussir à conquérir le Palais Rohan.
Les faiblesses du maire sortant
Si le maire sortant a déçu une partie de son électorat qui ne s'est pas entièrement mobilisé pour lui, il dispose en revanche d'un réservoir de voix qui pourrait bien se déplacer dimanche prochain. « Parmi les abstentionnistes, il y a des électeurs qui se sont un peu moins retrouvés dans l'écologie à la bordelaise incarnée par Pierre Hurmic », reprend Ludovic Renard.
Le maire a aussi manqué des électeurs de gauche qui ne se sont pas reconnus dans ses différents changements de pied par rapport à ses engagements de 2020, qu'il s'agisse de l'armement de la police municipale ou du déploiement massif de la vidéosurveillance.
La stratégie des alliances
La non-présence de Nordine Raymond évite à l'écologiste une difficile voire humiliante négociation avec LFI autour d'une hypothétique fusion technique. Surtout, les électeurs mélenchonistes pourraient faire le choix – en tout cas pour une partie d'entre eux – de voter pour lui afin d'éviter que la ville ne retombe dans l'escarcelle de la droite qui l'a dirigée durant plus de sept décennies d'affilée.
Thomas Cazenave peut, sans doute, espérer augmenter son score de premier tour en profitant notamment d'un réflexe de vote utile de la part de certains électeurs de Philippe Dessertine. « Mais je ne pense pas que cela puisse mettre en danger Pierre Hurmic. D'autant que celui-ci peut aussi bénéficier du vote utile d'une partie des électeurs de Dessertine qui ne se reconnaissent pas dans le macronisme », souligne Ludovic Renard.
Les handicaps de Cazenave
L'ex-ministre des Comptes publics qui n'a pas réussi à gommer son étiquette de fidèle du président de la République a traîné comme un boulet son passage au gouvernement. Tout au long de la campagne, le chiffrage hasardeux de la dette française lui a été opposé.
Surtout, ce que le macroniste paie cash, ce sont les difficultés qu'il a rencontrées durant plusieurs mois à unir autour de lui les forces de la droite et du centre. « Cazenave a mis beaucoup de temps à incarner son rapport aux Bordelais. Il a certes fait une bonne campagne mais il n'a pas su fendre l'armure alors que, face à lui, Dessertine portait avec panache une certaine conception – presque gaullienne – de la politique », poursuit le politologue de Sciences Po.
Vers une réélection probable
Pierre Hurmic semble donc en mesure de conserver son siège dimanche prochain et, si tel est le cas, ancrer un peu plus profondément Bordeaux dans le camp d'une écologie pragmatique, « d'une écologie innovante, du coin de la rue », pour reprendre sa fameuse formule. Les électeurs de Philippe Dessertine se retrouvent ainsi en position d'arbitres dans cette élection qui pourrait confirmer la bascule écologique de la ville tout en révélant les nouvelles fractures politiques locales.



