Antisémitisme en politique : du scandale Autant-Lara à l'impunité contemporaine
Antisémitisme politique : d'Autant-Lara à l'impunité actuelle

Un scandale historique qui fit date

Nous sommes en 1989. Le mensuel Globe publie un entretien avec Claude Autant-Lara, cinéaste et député européen élu sous l'étiquette Front national. Le titre annonce clairement la couleur : « Encore plus loin que Le Pen ». Le journaliste aborde le sujet de Simone Veil en amorçant une question : « Vous pensez qu'elle se sert du fait qu'elle a été internée dans les camps de concentration pour... » Autant-Lara l'interrompt brutalement : « Oh ! Elle joue de la mandoline avec ça. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien... Bon, alors quand on me parle de génocide, je dis : en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! »

Une condamnation unanime et immédiate

Le scandale éclate instantanément. La déclaration et le jeu de mots à partir du patronyme de Simone Veil ne passent absolument pas. François Léotard, président du Parti républicain, évoque « la honte que ressentent tous les démocrates ». Patrick Devedjian, élu RPR, dénonce des propos « qu'on entendait sous l'Occupation ». Pour le Parti socialiste, Claude Bartolone fustige « un antisémitisme débridé ». Le Front national se signale une fois de plus par son antisémitisme, et personne, à cette époque, ne songe à dissocier Autant-Lara de son parti. Personne ne se hasarde à expliquer que l'antisémitisme d'un élu européen ne dit rien de la ligne du FN. Personne ne sépare la direction, les cadres et les candidats.

Un changement d'époque troublant

Autre temps, autre approche. Aujourd'hui, non seulement l'antisémitisme n'a pas disparu du paysage politique, mais il semble bénéficier, à gauche notamment, d'un régime d'exception inquiétant. Il suscite encore l'indignation verbale de principe, mais il n'entraîne plus systématiquement la rupture politique. Il choque momentanément, puis il s'oublie progressivement. Il scandalise, puis il se négocie dans les coulisses du pouvoir.

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La question brûlante posée à la gauche

Il faut donc poser la question directement à Olivier Faure et à l'ensemble de la gauche. Comment peut-on condamner fermement les propos de Jean-Luc Mélenchon sur des patronymes juifs, puis, une semaine seulement après, accepter une « fusion technique » – terme orwellien s'il en est – au niveau local ? Comment peut-on, d'un côté, dénoncer une faute morale grave et, de l'autre, accepter des accommodements pratiques et électoraux ?

L'argument avancé semble être le suivant : Mélenchon, ce serait Mélenchon ; les autres, ce seraient les autres. Pas d'amalgame ! Peu importe qu'aucune tête de liste LFI ou presque n'ait clairement désavoué le chef de file. Peu importe que certains silences éloquents valent approbation tacite. Peu importe que, dans un parti structurellement vertical, l'absence de contestation interne dise quelque chose de fondamental sur la ligne politique réelle.

L'impunité comme système

On ne sait plus, dans une telle séquence politique, s'il faut accabler d'abord Mélenchon pour ses provocations répétées ou ceux qui, par leurs mains toujours tendues malgré tout, l'autorisent implicitement à recommencer. Car il y a chez lui, de toute évidence, un sentiment d'impunité grandissant. Pourquoi se retiendrait-il, puisque rien ne lui coûte politiquement ? Pourquoi changerait-il de méthode, puisque ses partenaires finissent toujours par revenir vers lui ? C'est ainsi qu'un homme politique s'habitue progressivement à ne plus jamais se situer dans la décence républicaine fondamentale.

Certains silences valent approbation, et certains accommodements valent complicité. La comparaison entre la réaction unanime de 1989 et les arrangements contemporains est édifiante. Elle révèle une évolution troublante des normes politiques face à l'antisémitisme, où la condamnation de principe coexiste de plus en plus avec la tolérance pratique.

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