Amélie de Montchalin, première femme à la tête de la Cour des comptes
Amélie de Montchalin, première présidente Cour des comptes

Une nomination historique pour la Cour des comptes

Pierre Moscovici, en poste depuis 2020, va bientôt quitter la présidence de la Cour des comptes. Sa remplaçante sera Amélie de Montchalin, actuelle ministre de l'Action et des Comptes publics, qui devient ainsi la première femme à diriger cette institution prestigieuse. La nomination par Emmanuel Macron doit être officialisée ce mercredi en Conseil des ministres, marquant un tournant important pour cette juridiction financière.

Un parcours académique et professionnel d'excellence

Née à Lyon le 19 juin 1985, Amélie de Montchalin est une économiste de formation diplômée de l'université Paris-Dauphine. Son cursus est particulièrement brillant avec des études à HEC et Harvard, complétées par un diplôme en histoire de l'université Paris IV-Sorbonne. Cette solide formation lui a permis de travailler dans le secteur bancaire chez BNP Paribas et dans l'assurance chez Axa, acquérant une expertise financière reconnue.

Une ascension ministérielle fulgurante

Véritable incarnation de la génération Macron apparue en 2017, Amélie de Montchalin s'est imposée aux Comptes publics depuis décembre 2024. À quarante ans seulement, elle compte déjà quatre portefeuilles ministériels à son actif : Affaires européennes, Fonction publique, Transition écologique et Comptes publics. Élue députée de l'Essonne il y a huit ans avec la vague En Marche, elle représente ces carrières politiques accélérées qu'Emmanuel Macron a su promouvoir.

Sa trajectoire n'a pourtant pas été linéaire. Après une défaite aux législatives de 2022 face au socialiste Jérôme Guedj, elle avait quitté le gouvernement Borne et le ministère de la Transition écologique après seulement 45 jours. Elle était alors devenue représentante permanente de la France auprès de l'OCDE, avant d'être rappelée en décembre 2024 par le Premier ministre François Bayrou, à la surprise générale.

L'action déterminante à Bercy

Décrite comme « techno pur jus, soldat en mission » par la sénatrice communiste Éliane Assassi, ou comme « directe, solide et bosseuse » par un maire de l'Essonne, Amélie de Montchalin a marqué son passage à Bercy. Sous François Bayrou, elle travaillait en binôme avec le ministre de l'Économie Éric Lombard, puis avec Roland Lescure sous Sébastien Lecornu.

Pendant des semaines, de l'automne à fin janvier, elle a défendu jusqu'à trois textes budgétaires majeurs dans la même journée : le projet de loi de Financement de la Sécurité sociale, le projet de loi de Finances et le projet de loi de Finances de fin de gestion. Présente dans tous les compromis parlementaires, défendant les positions gouvernementales quasi quotidiennement dans les médias, elle a fait preuve d'une endurance et d'une fermeté courtoise remarquables.

Une perception contrastée par l'opposition

Amélie de Montchalin « est l'incarnation de l'orthodoxie budgétaire dans toute sa splendeur », estime Jérôme Guedj, son ancien adversaire électoral. « On a l'impression qu'elle ne doute jamais », remarque l'Insoumis Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Ce dernier, bien qu'en « total désaccord avec sa politique », lui reconnaît « beaucoup de qualités » dont « la technicité » et un certain « toupet ».

Même le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy, pourtant peu avare de critiques envers le gouvernement, a jugé après une rencontre à Bercy en juillet que c'était « le premier rendez-vous en trois ans qu'il trouvait intéressant », appréciant que la ministre soit « dans une logique de faire un travail de fourmi, d'analyse des dépenses ».

Son entourage souligne enfin qu'« Amélie ne baratine pas. C'est ce qui a été apprécié par les forces politiques : elle ne change pas de discours selon ses interlocuteurs ». Reste maintenant à voir comment elle jugera les comptes publics lorsqu'elle présidera la Cour des comptes, passant du côté de l'exécutif à celui du contrôle.