Un acte qualifié de "barbare" devant la justice d'Alès
Un homme de 40 ans, de nationalité marocaine et en situation irrégulière sur le territoire français, a été jugé ce lundi 9 février au palais de justice d'Alès, dans le cadre d'une comparution immédiate. Les faits remontent à la nuit du 6 février, dans le village d'Aigremont, dans le Gard.
Des violences d'une extrême gravité
Selon les témoignages recueillis par les gendarmes, l'individu s'en est pris violemment à sa compagne après une dispute survenue lors d'une soirée alcoolisée. Il lui a porté des coups de poing à la tête, puis a commis un acte particulièrement choquant : il lui a lavé les parties intimes avec de l'eau de Javel pulvérisée.
Cindy Fernandez, la substitut du procureur de la République d'Alès, a déclaré lors de l'audience que cette affaire l'avait "travaillée" durant tout son week-end de permanence. Elle a qualifié les faits en ces termes : "On est à la limite d'un acte barbare !".
Une défense fondée sur un "trou noir"
Depuis son box, le prévenu - qui compte pas moins de 14 mentions sur son casier judiciaire et faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) - a tenté de justifier son comportement. Il a évoqué une dispute déclenchée par un coup de téléphone reçu par sa compagne, puis a affirmé avoir eu "un trou noir" au moment des faits.
Interrogé sur les coups portés, il a répondu : "Je ne me rappelle pas du tout". Concernant l'utilisation de l'eau de Javel, il a expliqué avoir nettoyé un mur avec ce produit la veille et l'avoir laissé dans la pièce, ajoutant : "Après je ne m'en souviens plus".
Le scepticisme des magistrats
La juge rapporteur et une assesseure ont manifesté leur scepticisme face à cette version des faits. La juge a rappelé que les deux témoins étaient "très précises dans la description des faits", tandis que l'assesseure a interrogé : "C'est pas un peu facile de dire au tribunal qu'il y a un trou noir pile au moment où il y a les faits ?".
Le prévenu est resté ferme sur sa position, affirmant qu'il "disait la vérité".
Une victime qui défend son agresseur
Dans un développement surprenant, la compagne de l'accusé - avec qui elle vivait depuis un an et demi - a refusé de se constituer partie civile. Elle a également décliné la demande des forces de l'ordre de consulter un médecin.
La jeune femme a minimisé les faits, affirmant ne pas penser avoir été frappée, trouvant des excuses à son compagnon et allant jusqu'à s'incriminer elle-même. La représentante du ministère public a estimé qu'il s'agissait d'"une femme sous contrôle" et a souligné que les témoins n'avaient "aucun intérêt à nous inventer une histoire montée de toutes pièces".
Des réquisitions sévères et une défense surprenante
Cindy Fernandez a requis quatre ans de prison, la révocation d'un sursis probatoire d'un an, un maintien en détention et une interdiction du territoire national. Elle a précisé que les témoins étaient "terrorisées par ce à quoi elles ont assisté".
En défense, Me Sophie Bonnaud a plaidé la relaxe, soulevant plusieurs problématiques : le fait que deux personnes dans la salle contestaient la version du dossier, que tous les témoins n'avaient pas été auditionnés, que les deux femmes entendues ne disaient pas la même chose, et que des "éléments objectifs" manquaient pour "caractériser un geste violent". L'avocate a lancé : "Franchement, ce n'est pas sérieux !".
Une condamnation malgré tout
Les juges ont finalement suivi les réquisitions du ministère public, même s'ils ont ramené la peine à de moindres proportions. L'homme violent a été maintenu en détention et condamné à trois ans d'emprisonnement. Son sursis probatoire a été révoqué à hauteur de six mois.
De plus, il lui est interdit de paraître sur le territoire français durant cinq ans. Cette décision marque la fin d'une affaire qui a profondément marqué les acteurs judiciaires d'Alès et qui soulève des questions cruciales sur la prise en charge des victimes de violences conjugales.