Portugal : la victoire inattendue du socialiste Seguro face à l'extrême droite
Victoire de Seguro au Portugal, un espoir pour la gauche européenne

Une victoire historique pour la gauche portugaise

L'élection présidentielle portugaise de dimanche a réservé une surprise de taille : le socialiste António José Seguro, considéré comme un outsider il y a encore quelques mois, a remporté une victoire écrasante face au candidat d'extrême droite André Ventura. Avec 66,8% des suffrages exprimés, il réalise le plus grand succès électoral d'un président depuis 1991, offrant un répit inattendu à la gauche européenne dans un contexte continental marqué par la progression des forces populistes.

Le parcours atypique d'un président "sorti de nulle part"

Selon l'analyse d'Yves Léonard, historien à Sciences Po et spécialiste de l'histoire contemporaine du Portugal, la victoire de Seguro s'explique d'abord par son profil singulier. Ancienne figure majeure du Parti Socialiste jusqu'en 2014, le candidat s'était retiré de la vie politique après une primaire ratée pour se consacrer à l'enseignement universitaire. Son retour médiatique en 2024, puis sa candidature à l'élection présidentielle à l'automne dernier, se sont faits sans même le soutien officiel de son propre parti.

Cette "traversée du désert" politique, loin d'être un handicap, s'est révélée être un atout majeur face aux professionnels de la politique. "Sorti de nulle part" et "sans casseroles", le profil de Seguro a séduit une large partie de l'électorat et lui a permis d'échapper aux accusations de corruption qui ont entaché la campagne de son adversaire d'extrême droite.

Une campagne humaniste face aux rhétoriques extrêmes

Au-delà de son statut d'inconnu relatif, ce sont les valeurs portées par António José Seguro qui ont fait la différence dans un débat public marqué, comme en France, par la montée des discours d'extrême droite. "Il ne croit évidemment pas aux théories du grand remplacement, il pense que le Portugal a besoin d'immigration pour faire face à la baisse de la natalité et à la croissance de l'économie", explique Yves Léonard.

Le candidat socialiste a mené une campagne caractérisée par la "modération, la nuance et le débat démocratique", selon l'historien. Cette position centrale, ancrée dans les valeurs humanistes traditionnelles de la gauche, lui a permis de construire un "barrage républicain" particulièrement efficace contre André Ventura, dont le modèle politique revendiqué est celui du Hongrois Viktor Orbán.

Le rassemblement d'une nation divisée

Déjà perçu comme un candidat rassembleur au premier tour, Seguro s'est transformé au second tour en "candidat de tous les Portugais", une formule qu'il a répétée à de nombreuses reprises. Cette approche contrastait fortement avec la rhétorique de son adversaire, qui insistait sur un combat contre les "élites".

Le socialiste a obtenu le soutien public de personnalités politiques importantes, dont l'ancien président de la République et du PSD (parti social-démocrate) Aníbal Cavaco Silva, ainsi que les maires de Lisbonne et de Porto. Cet appui transversal a convaincu les électeurs de tous bords - de gauche et du centre-gauche évidemment, mais aussi certains du centre et de la droite - qui ont refusé de voter pour l'extrême droite.

Ce réflexe républicain reste particulièrement fort au Portugal, où le souvenir de la dictature salazariste demeure vivace dans la mémoire collective. La question qui se pose désormais est de savoir si cette campagne "presque sans faute" pourra inspirer les forces démocratiques dans d'autres pays européens confrontés à la montée des extrêmes.