Des électeurs centenaires fantômes à Marseille
La ville de Marseille est au cœur d'une polémique électorale inédite. Les listes électorales de la cité phocéenne comptent un nombre surprenant de 785 électeurs âgés de cent ans ou plus, dont plusieurs supercentenaires dépassant les 110 ans. Plus étonnant encore, l'une d'entre elles serait née en 1905, ce qui lui donnerait 120 ans, un âge qui en ferait théoriquement la doyenne de l'humanité.
Des décès non enregistrés
Le problème majeur révélé par plusieurs candidats aux élections municipales est que la plupart de ces électeurs extraordinairement âgés sont en réalité décédés, parfois depuis de nombreuses années. Cette anomalie a suscité des interrogations sur les risques potentiels de fraude électorale.
Le candidat du Rassemblement national Franck Allisio a officiellement signalé cette situation au procureur de la République le mardi 10 mars, invoquant l'article 40. « Je sais bien que le régime méditerranéen est celui qui prolonge le plus la longévité mais je ne savais pas qu'on avait la doyenne de l'humanité à Marseille », a-t-il ironisé, tout en soulignant le caractère inhabituel de ces données démographiques.
Alertes multiples des élus
Sylvain Souvestre, maire LR du 11-12e arrondissement, a également alerté le préfet, fournissant des actes de décès pour prouver que de nombreuses personnes décédées figuraient toujours sur les listes électorales. La candidate du centre et de la droite Martine Vassal a réagi vivement sur les réseaux sociaux, exigeant « une mise sous tutelle immédiate de l'organisation des municipales » et dénonçant la possibilité de fraudes électorales massives.
De son côté, le candidat LFI Sébastien Delogu a appelé les Marseillais à « venir surveiller les urnes » pour garantir la transparence du scrutin.
L'Insee écarte un dysfonctionnement
L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a examiné trois cas spécifiques de femmes nées en 1924 et 1925, décédées en 2025, et figurant sur les listes du 11-12e arrondissement. Selon l'institut, ces personnes sont bien enregistrées comme décédées dans le Répertoire national d'identification des personnes physiques (RNIPP) et ont été radiées du Répertoire électoral unique (REU).
Le mécanisme normal prévoit que toute information de décès en France remonte automatiquement à l'Insee, qui met à jour le REU en moins de 48 heures. Ce système fonctionne sans interruption depuis la création du REU en 2019.
La mairie pointée du doigt
Sur la base de ces vérifications, l'Insee écarte tout dysfonctionnement de sa part et renvoie la responsabilité à la mairie de Marseille. L'institut pointe du doigt le logiciel municipal chargé de récupérer les données du REU pour produire les listes électorales.
La mairie a assuré que les trois femmes concernées par l'enquête de l'Insee « sont bien radiées et ne sont pas inscrites sur les listes ». Elle précise également que les supercentenaires encore présents sur les listes électorales marseillaises y figuraient déjà en 2020, sous la précédente majorité de droite, alors qu'ils étaient théoriquement âgés de 104 à 115 ans.
Des solutions envisagées
Pour remédier à cette situation problématique, la Ville de Marseille envisage pour les prochains scrutins de radier automatiquement des listes électorales les personnes dépassant un certain âge, notamment celles de plus de 110 ans. Cette mesure préventive vise à éviter la réapparition de tels cas à l'avenir.
Il est à noter que l'actuelle doyenne de l'humanité est la Britannique Ethel Caterham, âgée de 116 ans, selon le Groupe de recherche en gérontologie des États-Unis et la base de données LongeviQuest, ce qui rend d'autant plus improbable la présence d'une Marseillaise de 120 ans sur les listes électorales.



