Un candidat controversé aux élections municipales
La candidature de Samy Debah à la mairie de Garges-lès-Gonesse dans le Val-d'Oise suscite de vives interrogations. Plusieurs sources ayant travaillé sur son profil s'expriment avec stupéfaction : « On ne sait déjà pas comment il a pu être accepté comme professeur avec son passé, alors maire, ça nous paraît hors-sol ». Fondateur du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), dissous en 2020 après l'assassinat de Samuel Paty, Samy Debah mène une campagne municipale active, se présentant comme une alternative de gauche face au maire UDI sortant, Benoît Jimenez.
Un parcours militant précoce et documenté
Les services de renseignement français ont documenté son parcours dans les moindres détails. Né en 1971 dans le 16e arrondissement de Paris, Français d'origine algérienne, Samy Debah apparaît dès ses années étudiantes comme prédicateur du Tabligh, un mouvement intégriste originaire des provinces indiennes formant aujourd'hui le Pakistan. En 1993, il est secrétaire de l'association des Jeunes Citoyens de France, dont le président est Nouari Khiari, personnage passé du Front islamique du salut algérien au Front national français.
L'affaire des lycéennes voilées de Goussainville
En 1994, Samy Debah dirige l'association Le Rappel et tente de se poser en interlocuteur privilégié des jeunes lors des émeutes de la Dame Blanche à Garges. La même année, il soutient activement quatre lycéennes voilées de l'établissement Romain Rolland de Goussainville ayant refusé de retirer leur voile. Une note du renseignement datée du 3 octobre 1994 indique : « Il apparaît évident que le comité de soutien aux jeunes filles voilées est essentiellement composé de jeunes islamistes Gargeois », citant explicitement Samy Debah.
Surveillance et inquiétudes dans l'Éducation nationale
Alors surveillant au lycée Simone-de-Beauvoir à Garges-lès-Gonesse, Samy Debah préoccupe sérieusement l'Éducation nationale et les services de renseignement. Une note du 19 octobre 1995, intitulée « Développement des thèses islamistes au lycée Simone-de-Beauvoir », révèle les inquiétudes de la direction. Les policiers relèvent que « certains élèves de première qui fréquentent Debah tiendraient ouvertement un discours intégriste ».
Une note du 2 avril 1997 précise : « Les élèves de son entourage tenaient fréquemment des propos favorables aux GIA, fruits de l'activisme discret de monsieur Debah ». Les GIA, ou Groupes islamiques armés, ensanglantaient alors l'Algérie. Des enseignants du Val-d'Oise considèrent qu'il n'a pas sa place à leurs côtés, estimant qu'affecter Samy Debah dans un lycée à forte proportion d'élèves de culture musulmane revient à « mettre le loup dans la bergerie ».
Accusations de financement et agression
Au sein de la communauté musulmane du Val-d'Oise, Samy Debah ne fait pas l'unanimité. Une note de décembre 1997 fait état d'accusations selon lesquelles il aurait collecté de l'argent pour financer une banque alimentaire, couverture du FIS algérien. En 1998, il est convoqué au commissariat après avoir agressé un imam remplaçant lors d'un office religieux, le menaçant devant une vingtaine de jeunes.
Création du CCIF et liens fréristes
La création du CCIF en 2003 s'inscrit dans la droite ligne de son parcours militant. Le renseignement mentionne une conférence de 2005 où Samy Debah explique que la police enterre les plaintes de musulmans victimes d'agressions islamophobes. Il a toujours nié être membre des Frères Musulmans, mais a organisé des conférences avec Hassan Iquioussen, prédicateur frériste, et participé à la 19e Rencontre Annuelle des Musulmans du Sud en 2022, événement organisé par les Frères Musulmans.
Soutiens politiques surprenants
Aujourd'hui, Samy Debah peut compter sur l'influence de jeunes prédicateurs très suivis sur les réseaux sociaux et est fermement soutenu par la France Insoumise, avec le député Carlos Martens Bilongo sur ses affiches. Cas étonnant, il bénéficie aussi du soutien de l'extrême droite turque, apparaissant aux côtés d'Enver Çatakli, membre de la confédération islamique turque Mili Görus et partisan des Loups Gris.
Risques d'inéligibilité
Samy Debah devait être jugé le 3 mars dernier au tribunal de Pontoise pour « reconstitution d'association dissoute », le CCIF ayant continué ses activités sous le nom de CCIE. L'audience a été reportée. En cas de condamnation, il pourrait être déclaré inéligible. Pour Camille Autran, consultante spécialiste des questions d'inéligibilité, « cela dépend de l'éventuelle peine et de ce que décide le juge ».
François Pupponi, ancien maire socialiste de Sarcelles, qui a affronté Samy Debah aux législatives de 2017, loue sa politesse et son « intelligence redoutable », mais souligne son réseau puissant à l'échelle locale. Rachid Temal, sénateur socialiste, refuse catégoriquement de le soutenir : « Il est hors de question que nous soutenions Samy Debah ».



