Roubaix, laboratoire politique pour La France Insoumise aux municipales
Roubaix, laboratoire politique pour LFI aux municipales

Roubaix, enjeu national pour La France Insoumise

« Regardez bien Roubaix. Soyez prêts. Car il ne s’agit pas juste d’une élection municipale. Mais du retour de toute une ville sur la scène nationale. » Cette déclaration aux accents messianiques, David Guiraud la répète inlassablement depuis le début de sa campagne municipale. Parachuté dans cette cité ouvrière lors des législatives de 2022, très largement réélu en 2024 devant le candidat du Rassemblement national avec plus de 64 % des voix, le député insoumis s’est imposé localement et apparaît désormais comme le favori incontesté.

Un terreau fertile pour le mélenchonisme

L’ancien berceau des grandes fortunes du Nord, rongé par la désindustrialisation, affichant un taux de pauvreté de 46 % et dont la population est en grande partie issue de l’immigration maghrébine, offre un terrain particulièrement propice au parti mélenchoniste. Une victoire ici représenterait une première historique : la conquête d’une ville de près de 100 000 habitants par La France Insoumise. Actuellement, la seule commune gérée par LFI est Faches-Thumesnil près de Lille (18 620 habitants), tandis que Villeneuve-d’Ascq, où se présente un autre député LFI, Ugo Bernalicis, ne dépasse pas 63 000 habitants.

Lors d’un meeting de soutien salle Watremez le 31 janvier, Jean-Luc Mélenchon a clairement transformé l’élection roubaisienne en enjeu national. David Guiraud lui-même n’a-t-il pas déclaré : « Faites de moi votre maire […] et je m’engage à ce que les Français retiennent une chose : c’est le maire de Roubaix qui aura éteint en direct la petite carrière pitoyable de Jordan Bardella » ?

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Une campagne sous tension

Sûr de sa victoire, le candidat insoumis a opportunément installé son local de campagne face à l’Hôtel de Ville. Malgré son refus de répondre aux demandes d’interview, nous avons rencontré l’un de ses colistiers, Pierre Pecqueur. « Roubaix, laboratoire de LFI ? Sur notre liste, il n’y a qu’un tiers d’Insoumis. La plupart des membres viennent d’autres partis de gauche ou sont de simples citoyens », souligne cet ancien psychothérapeute à la retraite, séduit par la candidature de David Guiraud car « il a vraiment le souci des gens ».

Les polémiques entourant le candidat insoumis – poursuivi pour injure publique à caractère antisémite par l’ex-député Meyer Habib qu’il avait traité de « porc », relaxé en première instance mais avec appel du parquet – sont balayées par son équipe comme « un montage médiatique qui n’a aucune réalité ici ». Pourtant, lors du meeting salle Watremez, l’irruption du collectif Nous vivrons, scandant « Pas d’antisémites dans nos mairies », est venue rappeler aux Roubaisiens la face controversée du candidat.

Une opposition fragmentée

Face à David Guiraud, l’opposition apparaît profondément divisée. Le candidat Divers gauche, Karim Amrouni, rassemble autour de lui le PS, Les Écologistes, le PC, le PRG et Place publique. « M’insulter ainsi quand on prétend lutter contre les discriminations et pour l’égalité entre les citoyens, c’est indigne », s’indigne cet orthodontiste, visé par des attaques personnelles de la part de Jean-Luc Mélenchon et David Guiraud.

Le maire par intérim, Alexandre Garcin, élu en décembre après la condamnation du maire Guillaume Delbar pour escroquerie en bande organisée, tente de défendre un bilan contesté tout en promettant « un choc d’investissement » de 1,2 milliard d’euros. « On est dans un TGV qui ne doit pas s’arrêter. Or, David Guiraud veut stopper la rénovation urbaine. S’il l’emporte, Roubaix sera totalement isolée », alerte-t-il.

Stratégies électorales et alliances improbables

Pour contrer la déferlante insoumise, l’autre candidat de la droite, André-Louis Hibon, a lancé l’idée d’un front anti-LFI. « Je refuse que Roubaix, la ville où je suis né, devienne une base arrière pour la candidature présidentielle de Mélenchon », déclare cet entrepreneur. Seule la candidate du RN, Céline Sayah, est pour le moment favorable à cette proposition.

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Le politologue Tristan Haute de l’université de Lille analyse : « Cela supposerait un accord entre deux élus qui se sont opposés tout au long du mandat. Les électeurs suivraient-ils ? Et si le RN accède au second tour, il voudra sans doute se maintenir. On risque donc de se retrouver avec une quadrangulaire. »

L’abstention, grande inconnue du scrutin

Nacim Zeghlache-Salhi, ancien collaborateur de Martine Aubry et d’Anne Hidalgo, a lancé sa propre liste citoyenne après avoir créé l’association Paroles roubaisiennes. Il met en garde contre tout triomphalisme : « Quand votre électorat est convaincu que vous avez déjà gagné, il ne se déplace pas forcément pour aller aux urnes. »

Or, à Roubaix, l’abstention atteint depuis de nombreuses années des taux record : au premier tour des élections municipales de 2014 et de 2020, elle avait largement franchi le seuil des 60 %. Cette variable pourrait bien déterminer l’issue d’un scrutin où David Guiraud mise sur une mobilisation historique pour transformer Roubaix en vitrine nationale de La France Insoumise.