Roubaix : David Guiraud (LFI) en position de force après le premier tour des municipales
Étreintes chaleureuses, effusions de joie et acclamations enthousiastes. Au soir du premier tour des élections municipales à Roubaix, ce dimanche 15 mars, l'Insoumis David Guiraud s'est offert un véritable bain de foule triomphal. Dans le majestueux hall de l'hôtel de ville, entouré d'une nuée de journalistes et de fidèles supporters, l'homme de 33 ans en costume et cravate sombres semblait parfaitement chez lui, sur un terrain qu'il a visiblement conquis.
Une implantation rapide et solide
Le député mélenchoniste – fils de Daniel Guiraud, figure historique du parti socialiste et maire des Lilas durant une vingtaine d'années – n'a pourtant été parachuté dans cette cité nordiste, depuis la Seine-Saint-Denis, qu'au moment des législatives de 2022. La greffe a pris de manière incontestable : avec 46,64 % des suffrages exprimés, la tête de liste Fiers de Roubaix triomphe dans la ville aux mille cheminées, qui compte près de 100 000 habitants.
Sur les 49 775 électeurs inscrits sur les listes électorales, David Guiraud a su en convaincre 8 560. Ce score dépasse celui réalisé au second tour en 2014 par Guillaume Delbar, l'ancien maire divers droite de la commune, condamné pour escroquerie aggravée et contraint à démissionner fin 2025 au profit de l'un de ses adjoints, Alexandre Garcin. Avec seulement 20 % des voix, le représentant de la droite locale est arrivé loin derrière Guiraud, devançant d'une courte tête le candidat du rassemblement d'une large coalition de gauche hors-LFI Karim Amrouni (16,7 %) et la candidate RN Céline Sayah (11,9%).
Une abstention record malgré une mobilisation ciblée
« On rentre aux vestiaires, et il y a 4-0 », a lancé David Guiraud à ses supporters depuis le parvis de la mairie, tandis que les flashs des photographes crépitaient autour de lui. Une métaphore sportive pour signifier qu'il a pratiquement plié le match dans cette ville marquée par l'effondrement historique de l'industrie textile. La victoire dès le premier tour lui a échappé de justesse.
L'abstention reste, certes, particulièrement élevée avec 62,6 %, flirtant avec le niveau record de 2014 au premier tour. Cependant, un fait notable mérite d'être souligné : plus de 3 000 nouveaux électeurs se sont inscrits sur les listes électorales au cours du dernier mandat municipal. Les appels répétés de l'Insoumis, très populaire auprès des jeunes roubaisiens, ont probablement été entendus.
Tandis que ses concurrents, pourtant implantés sur le territoire depuis bien plus longtemps, passent presque inaperçus dans les rues de la ville, on a pu observer des adolescents de douze ou treize ans, en survêtement et baskets, traverser spontanément la rue pour aller serrer la main de David Guiraud.
La puissance des réseaux sociaux et un ancrage local
Le député de la 8e circonscription du Nord, réélu confortablement lors des élections législatives anticipées de 2024, est devenu incontournable sur les réseaux sociaux avec 704 000 abonnés sur TikTok et 478 000 sur Instagram, ainsi que sur les plateaux télévisés. Cette force de frappe médiatique est utilisée avec stratégie, tantôt pour dénoncer une émission de Zone interdite sur l'islamisme à Roubaix – qualifiée d'islamophobe et de dommageable pour l'image de la ville –, tantôt pour contester vigoureusement un important programme de rénovation urbaine dans le quartier populaire de l'Alma, porté par la municipalité sortante.
Au premier tour des municipales, c'est d'ailleurs dans l'un des bureaux de vote de ce même quartier de l'Alma que David Guiraud a réalisé son meilleur score : 70,63 % des suffrages !
Le vote Gaza et l'évolution de son image
« David, on le voit partout », s'amuse un commerçant de la ville, séduit notamment par ses prises de position répétées sur le conflit à Gaza. En mai 2024, à l'Assemblée nationale, la violente altercation de Guiraud avec l'ancien député LR franco-israélien Meyer Habib – au cours de laquelle il a déclaré « Ce monsieur est un porc ! Il défend un génocide depuis le début » – a créé de vagues importantes.
Cet incident lui a valu des poursuites pour injure publique à caractère antisémite – il a été relaxé mi-janvier en première instance –, mais lui a aussi apporté des appuis indéfectibles à Roubaix. Depuis, l'Insoumis à la barbe soigneusement taillée a poli son discours, lissé son image publique, évitant soigneusement les polémiques nationales clivantes. Ses coups d'éclat au moment de l'expulsion de l'imam Hassan Iquioussen, à l'été 2022, semblent désormais loin derrière lui.
Une campagne de terrain intensive
Depuis un an et demi, celui à qui de nombreux habitants donnent déjà volontiers du « Monsieur le maire » laboure inlassablement le terrain local. Il n'a plus qu'un seul objectif désormais : troquer son écharpe de député contre celle d'édile de Roubaix. Depuis son quartier général de campagne, David Guiraud a clairement des vues sur l'hôtel de ville.
En visant cette ancienne ville ouvrière, touchée par des taux de chômage et de pauvreté parmi les plus élevés du pays, il s'attaque à un symbole fort. S'en emparer reviendrait à offrir une magnifique vitrine au parti de Jean-Luc Mélenchon, qui avait obtenu 52,5 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2022 dans cette commune. Fin janvier, le leader de LFI est d'ailleurs venu galvaniser une nouvelle fois les soutiens du député, au cours d'un meeting aux enjeux tant locaux que nationaux, où le Parti Socialiste a été copieusement hué.
Une stratégie payante et un second tour favorable
À Roubaix, la stratégie électorale minutieuse de David Guiraud a porté ses fruits. Un temps évoquée comme la dernière solution pour empêcher sa victoire, la perspective d'un front anti-LFI au second tour s'est rapidement effondrée. Au soir du premier tour, encore sonné par des résultats très inférieurs à ses attentes, le candidat divers gauche Karim Amrouni a fermé la porte à tout rapprochement avec le maire intérimaire sortant, Alexandre Garcin (divers droite).
Ce dernier refusant catégoriquement toute alliance avec le Rassemblement National, quatre listes s'affronteront donc dimanche 22 mars, une configuration idéale pour David Guiraud, bien décidé à faire campagne jusqu'au bout. Dès le lundi matin suivant le premier tour, le député, arborant un sourire radieux, distribuait des poignées de main sur l'un des marchés de la ville, sous l'œil attentif des caméras immortalisant ses probables derniers pas vers le fauteuil de maire.
Saluts réjouis dans les allées ensoleillées, selfies avec les habitants, pluie d'encouragements : l'ambiance est à la confiance. « Dimanche prochain, Roubaix se réveille, promet-il déjà à ses sympathisants. Dimanche prochain, on gagne ! » Une déclaration qui résume l'état d'esprit conquérant du candidat insoumis, plus que jamais en position de force pour remporter la mairie de cette ville emblématique du Nord.



