Le PS dénonce un pacte secret entre droite et extrême droite aux municipales
PS dénonce pacte secret droite-extrême droite aux municipales

Le Parti socialiste lance une accusation tonitruante de collusion

Il n'est jamais bon d'avoir raison trop tôt, et le Parti socialiste pourrait en faire l'amère expérience. Piqué au vif par les dénonciations des Républicains concernant 112 « accords de la honte » entre le PS et La France insoumise, le parti à la rose a décidé de contre-attaquer vigoureusement. Ce mercredi, il a organisé une conférence de presse pour dévoiler ce qu'il qualifie de « pacte du déshonneur », une entente secrète qui unirait, selon lui, la droite et l'extrême droite en vue du premier tour des élections municipales.

Une campagne médiatique agressive

Sur les réseaux sociaux du parti dirigé par Olivier Faure, une campagne a été lancée avec force, accompagnée d'une musique inquiétante. On y voit le numéro deux du PS, Pierre Jouvet, brandir un document Excel listant 600 personnalités, majoritairement issues de LR ou du RN, accusées de « collusion ». Cette annonce spectaculaire a été accueillie avec une incrédulité manifeste au sein du Rassemblement national.

« Mais de quoi parlent-ils ? Nous n'avons aucune information interne là-dessus. Je n'ai aucune connaissance de liste RN-LR », s'étonne Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l'Assemblée nationale. Un autre dirigeant du RN abonde : « Il peut bien sûr y avoir des cas fortuits. Mais si les digues craquaient dès avant le premier tour, vous imaginez bien qu'on l'aurait fait savoir… ».

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Les preuves avancées par le PS : des exemples fragiles

Pour étayer ses accusations, le Parti socialiste a présenté trois cas concrets, mais ceux-ci semblent peu convaincants à l'examen.

Wissous : un exemple qui tombe à l'eau

Premier exemple : la commune de Wissous, dans l'Essonne, avec 7 000 habitants. Le PS y suspecte le RN d'avoir renoncé à présenter un candidat pour favoriser la droite. Or, en 2020, le RN n'y avait pas de candidat, mais Debout la France (DLF) de Nicolas Dupont-Aignan, si. Le maire DLF élu a dû démissionner après un scandale, et son premier adjoint, non encarté DLF, a assuré l'intérim mais ne se représente pas. Aucune trace d'accord LR-RN ici.

Givors : un changement d'étiquette, pas de collusion

Deuxième cas : Givors, dans le Rhône, 12 000 habitants. En 2020, la tête de liste RN était Antoine Mellies, proche de Marion Maréchal. Lors de municipales partielles en 2021, le RN a laissé la liste à son ancien numéro trois, non encarté, qui se représente en 2024 avec le même programme et la même équipe, mais sans étiquette RN. Cette liste ne favorise aucune liste LR, qui n'existe d'ailleurs pas dans cette commune.

Nangis : une simple difficulté de recrutement

Troisième exemple : Nangis, en Seine-et-Marne, 7 000 habitants. La tête de liste RN de 2020, Aymeric Durox, a été élue sénateur en 2023. Peu enclin à quitter le Sénat pour la mairie, il a cherché en vain un successeur. « Dans ce genre de petites communes, lorsque vous perdez une tête de liste, il n'y a plus personne », explique-t-il, niant tout accord avec la maire LR sortante, avec qui ses relations sont « exécrables ».

Le chiffre choc : 575 candidats passés de la droite au RN

Deuxième preuve avancée par le PS : 575 candidats présents sur des listes de droite en 2020 figureraient aujourd'hui sur des listes RN. À la direction des Républicains, on s'esclaffe. L'entourage de Bruno Retailleau souligne le flou du terme « droite », qui peut inclure des candidats divers droite parfois proches de mouvements nationalistes.

Un problème de méthode est pointé : « Ils démontrent que certains candidats ayant eu des investitures chez nous ou ailleurs ont changé de crémerie ces six dernières années… Sans blague ! À LR on a perdu 6 millions d'électeurs en dix ans. Les socialistes nous révèlent que certains seraient partis au Rassemblement national. Merci du scoop ! ».

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Un coup de campagne qui masque les vrais enjeux du second tour

Si la conférence de presse de Pierre Jouvet relève clairement d'un coup de campagne, et si ses allégations pèchent par manque de rigueur, cela ne signifie pas que ses pressentiments sont infondés. C'est au second tour des municipales que les « digues » entre la droite traditionnelle et les nationalistes seront réellement mises à l'épreuve.

Le vrai test : l'entre-deux-tours

Dans de nombreuses communes, un maire LR sortant pourrait voir sa réédition conditionnée à un accord avec le RN, ou une ville risquerait de tomber aux mains de La France insoumise en l'absence d'entente entre listes de droite et nationalistes. « Cet entre-deux tours va être la première étape de la recomposition politique », prédit le sénateur RN Aymeric Durox. « La fusion est déjà bien avancée par le bas, au niveau des électeurs. Vous croyez qu'un maire d'une ville de 80 000 habitants va s'asseoir sur sa réélection, son pouvoir local, ses indemnités juste parce que Xavier Bertrand lui explique que ce n'est pas moral de parler avec nous ? ».

L'inquiétude au sein des Républicains

Au sein de LR, ce dangereux entre-deux-tours est depuis longtemps dans tous les esprits. « Il y a toujours des alliances aux municipales. Mais celles-ci seront peut-être les premières où nous pourrons avoir dans le même temps des fusions avec la gauche contre le RN et des fusions avec le RN contre la gauche », craignait déjà il y a plusieurs mois un dirigeant du parti. « Notre plus grand défi va être de garder une forme de clarté. Ce n'est pas gagné… ».

Jusqu'à présent, le parti de Bruno Retailleau entretient un flou stratégique, se limitant à dessiner un « front anti-LFI ». La campagne du PS, bien que peu convaincante sur le moment, pourrait bien avoir mis le doigt sur une réalité politique qui éclatera au grand jour lors des seconds tours.