Pau : la gauche divisée avant le second tour des municipales
Le paysage politique palois est marqué par une fracture à gauche à l'approche du second tour des élections municipales. Jérôme Marbot, tête de liste d'union de la gauche et candidat du Parti socialiste, a officiellement rejeté toute alliance avec les deux autres formations de gauche non qualifiées pour le second tour.
Une décision ferme et sans appel
Après des rencontres tendues avec Pascal Boniface, arrivé en quatrième position au premier tour avec 8,74% des voix, et Jean-François Blanco de La France Insoumise (LFI), cinquième avec 7,04%, Marbot a déposé mardi 17 mars une liste identique à celle du premier tour. « Une liste identique à celle du premier », a-t-il déclaré sans ambages, mettant fin aux spéculations sur un possible rassemblement.
Le candidat socialiste justifie sa position en invoquant des divergences fondamentales : « Les conditions de fusion des listes n'étaient pas réunies. LFI nous a proposé une fusion sur les bases d'un accord technique mais sans accepter notre projet. Dans ces conditions, il n'était pas acceptable pour nous d'envisager de partir ensemble au 2e tour. »
Un pari risqué face à François Bayrou
Cette décision représente un pari particulièrement audacieux pour Jérôme Marbot, qui accuse un retard d'environ 2 000 voix face au maire sortant François Bayrou. Pour combler cet écart, il devra impérativement bénéficier d'excellents reports des électeurs de Boniface (2 288 voix) et Blanco (1 841 voix).
Malgré ce défi, Marbot reste convaincu de sa stratégie : « En politique, on n'est jamais sûr de rien. Mais je crois qu'on gagne quand on reste fidèle à ce qu'on a proposé. Nous avions lancé un rassemblement très large de la gauche au premier tour, avec une offre de rupture par rapport au pouvoir en place. »
Des réactions virulentes des exclus
Du côté des candidats écartés, les réactions sont particulièrement acerbes. Jean-François Blanco dénonce « une logique de défaite » et accuse le PS de « créer les conditions du maintien de François Bayrou à la mairie de Pau ». Il va plus loin en affirmant que cette décision « permet, ce qui est lamentable, l'arrivée du Rassemblement national au conseil municipal de Pau et l'exclusion de LFI ».
Pascal Boniface, quant à lui, parle carrément de « suicide politique ». Lors d'une conférence de presse enflammée, il a révélé les détails des négociations avortées : « Nous avons fait un quart des voix qu'il a réunies, il était donc parfaitement équilibré de lui demander cette représentation. Hier, il m'a appelé pour me dire qu'il proposait 5 places sur 53, voilà sa conception de l'équilibre. »
Conséquences électorales immédiates
La rupture est si profonde que Pascal Boniface a annoncé qu'il ne donnerait aucune consigne de vote à ses électeurs et qu'il voterait blanc personnellement. Il précise cependant : « Je ne voterai pas Marbot. Mais je ne voterai pas pour l'extrême droite non plus, et pas davantage pour Bayrou. »
Boniface ne mâche pas ses mots concernant les motivations de Marbot : « En fait, Jérôme Marbot ne souhaitait pas faire d'alliance. Peut-être même qu'il ne veut pas être maire de Pau et passer 18 ans dans l'opposition. En fonctionnant comme ça, François Bayrou sera réélu dimanche. Même pas besoin d'attendre dimanche soir ! »
Malgré l'amertume du moment, Boniface garde une perspective à plus long terme, promettant de « donner rendez-vous dès à présent pour les législatives et les cantonales, voire les prochaines municipales », affirmant que le soutien reçu au premier tour donne « une énergie de dingue pour continuer ».
Cette division à gauche crée ainsi un scénario particulièrement favorable pour le maire sortant François Bayrou, qui pourrait bénéficier des dissensions dans l'opposition pour se maintenir à la tête de la ville.



