Malgré MeToo et une société qui semble bien plus consciente des enjeux d'égalité entre femmes et hommes, la parité en politique stagne, voire régresse par endroits. Telle est la conclusion du deuxième index de la féminisation du pouvoir en France d'Oxfam, publié ce mercredi. 20 Minutes a choisi de se pencher sur cinq chiffres issus de ce rapport.
Un taux global de 28%
Composé de 26 indicateurs, l'index d'Oxfam analyse quatre sphères de pouvoir : l'exécutif, le pouvoir parlementaire, l'échelon local, et enfin les « autres » pouvoirs, une catégorie qui regroupe aussi bien les hautes juridictions comme le Conseil d'État ou la Cour des comptes, les préfets et préfètes, les ambassadeurs et ambassadrices. Pour les sphères exécutives ou parlementaires, ce ne sont pas seulement les ministres et les députés ou sénatrices qui sont scrutées, mais aussi les cabinets du Président de la République, du Premier ministre, ou des ministères, qui doivent être à parité depuis une loi de 2023.
Or, selon Oxfam, « le constat est sans appel : aucun progrès en matière de parité n'est à signaler - le taux de féminisation stagne à 28% ». « C'est un taux qui stagne malgré les municipales et le nouveau gouvernement Lecornu », se désole Cécile Duflot, la directrice générale de l'ONG et elle-même ancienne ministre de l'Égalité des territoires et du Logement.
13 villes préfectures sur 101
Si l'on regarde le chiffre le plus général, les dernières élections municipales ont l'air d'avoir fait plutôt progresser la parité, puisque le nombre de femmes maires augmente de 2%. Mais dans le détail, c'est moins réjouissant. Seulement 13 femmes dirigent des villes parmi les 101 préfectures de France, et ce chiffre est en nette baisse, puisqu'elles étaient 21 l'an dernier. « Dans la région Centre-Val-de-Loire, il n'y a aucune femme maire dans les six préfectures ; dans le Grand-Est, seulement une femme maire sur les 11 préfectures, et c'est pareil pour Auvergne-Rhône-Alpes, égraine Cécile Duflot. Ce sont des grandes régions dans lesquelles les préfectures sont quasi masculines. »
Si l'on englobe le pourcentage de femmes présidant un département ou une région, et celles qui dirigent les cabinets de ces messieurs, le taux n'est que de 22% de femmes à la tête du pouvoir local, en baisse de 2,6 points par rapport à 2025. Un phénomène observé à son échelle par le journaliste Nadir Dendoune, qui a ses racines en Seine-Saint-Denis, et a lancé un cri dans Libération : « Ça me dégoûte de voir que le pouvoir, même chez nous, reste confisqué par une fraternité de moustachus qui se passent les clés entre eux. »
47% de femmes au gouvernement
La partie la plus visible du pouvoir, certes, fait des efforts : le gouvernement est quasi à parité, avec 47% de femmes, tout de même en recul de 3% par rapport à l'an dernier. Pour Cécile Duflot, « c'est facile d'avoir un gouvernement paritaire ». La dirigeante note surtout un gros recul du côté du cabinet du premier ministre, où l'on compte seulement 32% de femmes, en recul de 11 points par rapport à l'an dernier. Toutefois, Sébastien Lecornu n'aura aucune sanction, la loi en prévoyant seulement en cas de non-publication d'une liste précisant la répartition genrée des nominations.
Au global, « seulement un tiers des postes clés de pouvoir au niveau de l'exécutif sont occupés par des femmes », une légère augmentation de 3% par rapport à 2025. L'ONG note cependant l'arrivée de Catherine Vautrin aux Armées, donc un poste régalien, c'est-à-dire correspondant aux fonctions les plus importantes de l'État, qu'il ne peut déléguer (Intérieur, Justice, Affaires étrangères et Économie font aussi partie des fonctions régaliennes de l'État).
13% de femmes dirigeant une commission à l'Assemblée
Le pouvoir parlementaire affiche de moins bons résultats encore que le pouvoir exécutif, avec 39% de femmes députées (+3%) et 38% de femmes sénatrices. Les partis sont incités cependant à présenter autant de femmes que d'hommes, sous peine de sanctions financières, renforcées par la Loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes de 2014. Mais en dehors de ces obligations, le taux s'écroule, remarque Oxfam. Il n'y a par exemple aucune obligation de parité pour les présidences de commission à l'Assemblée, qui sont dirigées quasi exclusivement par des hommes, à 87%, les femmes perdant en outre de nombreuses places depuis un an (-24,5%).
Un « gros recul » selon Cécile Duflot, pas vraiment compensé par l'augmentation de 3% du nombre de députées, qui est due, remarque-t-elle, à l'élection d'hommes maires qui ont laissé la place à leur suppléante… « C'est une augmentation très hypocrite. »
10% de femmes à la tête des principaux partis
C'est encore pire à la tête des partis, puisqu'il n'y a qu'une seule formation politique qui a choisi une femme : Les Écologistes, avec Marine Tondelier. « Quand j'étais à la tête des Verts [Cécile Duflot fut secrétaire nationale des Verts puis d'Europe Écologie Les Verts entre 2006 et 2012], nous étions au moins trois : Martine Aubry pour les Socialistes, et Marie-George Buffet chez les communistes », fait remarquer la directrice. Elle pointe un système qui piège les femmes, avec des hommes à la tête des commissions d'investiture… qui élisent des hommes : « Cela finit par tourner en rond. »
Bonne nouvelle tout de même, cela progresse du côté des hautes juridictions, notamment grâce à la nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, qui a fait bondir le taux d'Oxfam sur ce segment de 20%. Mais, prévient Cécile Duflot, cette avancée cache aussi un immobilisme, puisqu'il existe, notamment au Conseil d'État, « des fonctions qui n'ont jamais connu de femmes. »
Oxfam exhorte en conséquence les responsables politiques à « faire mieux ». Et note : « Le pouvoir n'est pas, et ne doit pas être, réservé aux hommes. » Quant à Cécile Duflot, sera-t-elle incitée par ces chiffres à se remettre en selle, comme certains le suggèrent ? Elle n'en dévoilera rien, tout juste rappelle-t-elle que le monde politique est « toujours plus dur pour les femmes », et que cela fait « partie des raisons » qui lui ont fait « prendre du champ ».



