Un séisme électoral sur la Côte d'Azur
Coup de tonnerre sur la baie des Anges. La dynamique observée dans les sondages s'est concrétisée dans les urnes avec une nette victoire d'Éric Ciotti au premier tour des élections municipales à Nice. Le député devance de plus de dix points le maire sortant Christian Estrosi, créant une onde de choc dans le paysage politique local.
Ambiance contrastée dans les permanences
Devant la permanence d'Éric Ciotti sur le port, où un grand écran diffusait la soirée électorale de CNews, l'effervescence était palpable. Les téléphones crépitaient sans interruption, créant une ambiance comparée à celle d'une salle de marchés. « Les électeurs ont dit qu'ils voulaient tourner la page d'un système à bout de souffle », a déclaré Éric Ciotti devant les caméras, ajoutant : « Oui, le temps du changement est venu ! »
Dans le centre-ville, devant la permanence de Christian Estrosi, l'atmosphère était plus grave. Le maire sortant, enfermé dans son bureau de l'Hôtel de ville, a tardé à apparaître, peaufinant sa déclaration alors que tous les résultats n'étaient pas encore connus. Ses proches tentaient de se rassurer en évoquant plusieurs éléments :
- Une participation correcte de 52,6 %
- Un vote massif dans les quartiers bourgeois (60 à 64 %)
- Une faible mobilisation dans les quartiers populaires
Une campagne décriée
Le journaliste Gérard Holz, qui a rejoint la liste de Christian Estrosi par amitié, a exprimé sa déception quant au niveau de la campagne : « J'ai couvert beaucoup de campagnes électorales, mais celle-ci n'est pas au niveau de la capitale européenne qu'est Nice. Trop de coups bas, trop de contrevérités, trop de mensonges ».
L'heure des analyses et des stratégies
À l'annonce des résultats, le bâtonnier Gérard Baudoux, ami historique et colistier de Christian Estrosi, a tenté de garder la tête froide : « L'élection se fait à deux tours. L'écart est un peu important, nous espérions l'avoir réduit. Mais le résultat d'Éric Ciotti n'a rien d'exceptionnel quand on mesure la vague RN ».
Il a ajouté : « Le contexte national est très favorable au RN. Et à Nice, ce mouvement pèse 25 à 35 % des voix. Il y a aussi une lassitude à l'égard du président de la République qui touche tous ceux qui ont été amenés à travailler avec lui, dont Christian Estrosi ».
La gauche en position d'arbitre
La candidate de la gauche, l'élue écologiste Juliette Chesnel le Roux, forte de 12 % des voix, est en mesure de se maintenir au second tour. Elle refuse pour l'instant toute idée de « barrage républicain » et déclare : « Ce que l'on voit, c'est une large défaite de Christian Estrosi, un rejet de la population niçoise envers ses 18 années de mandat ».
Elle souligne également que « Christian Estrosi a fabriqué Éric Ciotti, et lui a permis de faire venir ses idées d'extrême droite dans la ville de Nice ».
L'appel à la résistance d'Estrosi
Dans un discours offensif, Christian Estrosi a dressé le bilan de ses années à la tête de la ville, égrenant ses réussites en termes de transports, santé, emploi et sécurité. Le maire sortant a ensuite lancé un appel vibrant : « Nice sous la tutelle du RN, ce n'est pas possible ! »
Il a poursuivi : « Je vais mettre toute mon énergie à préserver notre indépendance, notre liberté. Nice doit rester la ville de tous les Niçois. Ensemble, nous remporterons la bataille de Nice et la bataille de la France ».
Le maire sortant a appelé « tous les progressistes » à « un grand rassemblement de résistance », cherchant à fédérer les forces opposées au Rassemblement National en vue du second tour.
Cette élection municipale à Nice dépasse ainsi largement le cadre local, s'inscrivant dans un contexte national marqué par la montée du Rassemblement National et les recompositions politiques en cours. Le second tour s'annonce particulièrement tendu, avec des enjeux qui dépassent les frontières de la ville.



