Municipales à Bordeaux : la gauche confirme sa domination dans les urnes selon un sondage Ifop
Municipales Bordeaux : gauche majoritaire selon sondage Ifop

Municipales à Bordeaux : la gauche renforce son ancrage électoral

À quinze jours du premier tour des élections municipales, le sondage réalisé par l’Ifop pour le journal Sud Ouest confirme la prédominance marquée de toutes les nuances de la gauche dans les urnes bordelaises. Ce phénomène, loin d’être récent, s’inscrit dans une transformation sociologique profonde de la ville.

Des résultats qui surprennent les candidats

Virginie Bouthoux-Tournay, candidate de Reconquête, s’est étonnée des chiffres : « Moi, ce qui me surprend dans ce sondage, c’est que plus de 50 % des Bordelais seraient à l’extrême gauche et 40 % seraient macronistes. » En effet, les deux candidats du centre-droit, plus ou moins affiliés à la ligne gouvernementale, Thomas Cazenave et Philippe Dessertine, recueillent respectivement 25 % et 15 % des intentions de vote.

En revanche, le score attribué à la gauche, toutes nuances confondues, est impressionnant : 33 % pour le maire sortant Pierre Hurmic, soutenu par une union incluant les Écologistes, le PS, le PC, Place publique, Génération.s et L’Après, 12 % pour La France Insoumise avec Nordine Raymond, et encore 5 % pour les anticapitalistes de Philippe Poutou. D’autres listes de gauche, comme Révolution permanente ou celle de Mehdi Saboulard, n’ont pas été testées par l’Ifop, ce qui suggère un potentiel encore plus fort.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une gauche divisée mais majoritaire

Malgré cette domination, les gauches restent divisées et « irréconciliables », comme en témoignent les déclarations de LFI visant à « faire mieux pour Bordeaux » ou les critiques de Poutou contre « la fausse écologie bourgeoise ». Un élu écologiste regrette : « Si on avait fait l’union façon Nouveau front populaire, on serait à 40 % au moins, ce serait plus confortable. » Chaque camp cherche à mobiliser le vote utile, tandis que Thomas Cazenave souligne que « plus de deux tiers des Bordelais ne sont pas convaincus » par Pierre Hurmic.

La fin de la ville bourgeoise

La gauche majoritaire à Bordeaux n’est pas une nouveauté. En 2020, la victoire du premier maire écologiste de l’histoire bordelaise a achevé d’établir cette nouvelle sociologie électorale, héritée ironiquement des années Juppé. Gilles Savary, ancien député socialiste, résume : « La transformation de la ville a amené un changement sociologique qui fait qu’il a progressivement perdu les cantons, puis sa circonscription, et à la fin, il ne lui restait plus que la mairie. » Exit la « ville bourgeoise » acquise à la droite.

Selon l’Insee, la mixité sociale résidentielle à Bordeaux a augmenté avec la rénovation et la diversification de l’offre en logements. Tous les niveaux de revenus sont désormais représentés de manière égale, rééquilibrant les sensibilités politiques et multipliant les électeurs de gauche. Une population toujours plus soucieuse de l’environnement et d’un usage « pacifié » du centre-ville, incluant les fameux « bobos » bordelais à vélo, contribue à cette évolution.

Des bastions électoraux qui se renforcent

Le politologue Ludovic Renard, enseignant à Sciences Po Bordeaux, remarque : « Le nombre d’inscrits sur les listes électorales a augmenté, mais de manière plus prononcée dans des quartiers favorables à la gauche, comme la Bastide ou Bordeaux Maritime. » Les élections législatives de 2022 et 2024 ont confirmé la domination de la gauche unie sur quasiment tous les bureaux de vote de Bordeaux, reléguant la droite à ses bastions de Caudéran, une partie des Chartrons et le triangle.

L’épisode du Nouveau front populaire « a sans doute laissé des traces en mobilisant à gauche, et notamment les jeunes, pour faire barrage au RN ». À Bordeaux, le NFP a conservé deux députés : l’insoumis Loïc Prud’homme, réélu sur la troisième circonscription avec 60 %, et l’écologiste Nicolas Thierry sur la deuxième à 49,5 %. Thomas Cazenave a été réélu sur la première circonscription avec 37,8 %, contre 36,5 % pour l’écologiste Céline Papin, qui a même devancé dans 10 bureaux.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une tendance historique qui se poursuit

Dès la présidentielle de 2007, Bordeaux avait préféré Ségolène Royal (52,4 %) à Nicolas Sarkozy (47,5 %). Le printemps suivant, Alain Juppé perd ses législatives face à Michèle Delaunay. En 2012, les Bordelais placent François Hollande en tête dès le premier tour (33 %), devant Sarkozy (28 %) et Jean-Luc Mélenchon (12 %). Cette tendance culmine avec la victoire de Pierre Hurmic en 2020, avec 1 331 voix d’avance.

Ludovic Renard observe : « La droite a perdu son avantage compétitif qu’elle tirait du système Chaban, puis Juppé, mais ça met du temps à être perçu. Ces deux maires tenaient la ville-centre en captant les ressources nationales et en cogérant avec les maires de gauche en périphérie. » Aujourd’hui, « il n’y a plus de manne nationale, le pouvoir est fragmenté avec la métropolisation et les habitants ont même retrouvé le goût de la concurrence politique. »

La réélection de Pierre Hurmic démontrerait qu’il n’est pas un « accident » de l’Histoire, malgré une abstention monstre en 2020 (62 %) et une démobilisation des électeurs de droite. Après une campagne discrète, son débat pugnace et une démonstration de force collective récente signalent une tentative d’accélération en vue du scrutin.