Municipales 2026 : un premier tour sous haute tension dans les grandes villes françaises
Le dimanche 15 mars, les électeurs français sont appelés à choisir leurs quelque 35 000 maires lors du premier tour des élections municipales. Un scrutin quelque peu éclipsé ces dernières semaines par l'actualité internationale et les conflits au Moyen-Orient, mais qui concentre pourtant des enjeux capitaux, tant au niveau local qu'à l'échelon national, à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle. Les enquêtes d'opinion prévoient des résultats extrêmement serrés dans de nombreuses villes, créant un suspense palpable de Paris à Marseille, en passant par Lyon et Le Havre. Tour d'horizon des principales batailles électorales.
Paris : une quadrangulaire incertaine entre Grégoire et Dati
Dans la capitale, prédire qui succédera à Anne Hidalgo relève du défi. Deux favoris émergent clairement : Emmanuel Grégoire (PS-ÉCO-PCF), crédité de 31 % des intentions de vote dans le dernier sondage OpinionWay, et Rachida Dati (LR-MoDem), qui cumule 26 %. Cependant, la configuration du second tour, avec une possible quadrangulaire voire quinquangulaire, pourrait tout bouleverser. Trois candidats supplémentaires pourraient se maintenir : Sophia Chikirou (LFI, 13 %), Sarah Knafo (Reconquête, 12 %) et Pierre-Yves Bournazel (centriste, 12 %), rendant l'issue du scrutin particulièrement imprévisible.
Marseille : le RN talonne le maire sortant Benoît Payan
Dans la cité phocéenne, l'actuel maire socialiste Benoît Payan, soutenu par les écologistes et les communistes mais pas par La France insoumise, est crédité de 36 % des intentions de vote. Il est cependant talonné de près par le député RN Franck Allisio (34 %), qui pourrait réaliser le meilleur score de l'histoire du parti aux municipales dans la seconde ville de France. Derrière, Martine Vassal (LR-REN, 13 %) et Sébastien Delogu (LFI, 12 %) pourraient également passer le cap du premier tour.
Lyon : Aulas et Doucet au coude-à-coude
À Lyon, l'ex-président de l'Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, candidat de la droite et du centre, voit son avance se réduire. Crédité de 43 % dans les derniers sondages, il ne dispose plus d'une marge confortable face au maire écologiste sortant Grégory Doucet (35 %). Le résultat des listes LFI (Anaïs Belouassa-Cherifi, 9 %) et RN (Alexandre Dupalais, 6 %) déterminera les alliances possibles pour le second tour, où le maintien d'une seconde liste de gauche pourrait compromettre les chances de l'édile écologiste.
Nice : un duel mouvementé entre ex-alliés
La campagne niçoise, marquée par un climat désastreux et des invectives permanentes, oppose deux anciens alliés : Éric Ciotti (UDR-RN), crédité de 38 % des intentions de vote, et Christian Estrosi (HOR-LR), à 32 %. À gauche, Juliette Chesnel-Le Roux (ECO-PS-PCF, 12 %) et Mireille Damiano (LFI, 11 %) pourraient toutes deux dépasser le seuil des 10 % et se maintenir au second tour, ajoutant de l'incertitude à ce scrutin déjà très tendu.
Le Havre : l'avenir politique d'Edouard Philippe en jeu
Au Havre, Edouard Philippe (Horizons) brigue un troisième mandat dans une position délicate. L'ex-Premier ministre ne devancerait que d'une courte tête (37 %) son principal opposant, le député PCF Jean-Paul Lecoq (35 %). Dans cette ville au passé communiste, il devra également composer avec la liste RN de Franck Keller (18 %), quasi assurée de se maintenir. Prétendant déclaré à la présidentielle de 2027, Edouard Philippe a promis de "tirer les conséquences" d'un éventuel échec, ce qui pourrait remettre en cause sa candidature à l'Élysée.
Strasbourg : Trautmann distance Barseghian
À Strasbourg, la campagne est marquée par le retour en grâce de Catherine Trautmann (PS), créditée de 31 % des intentions de vote et devançant largement l'actuelle maire écologiste Jeanne Barseghian (20 %). Derrière, la liste LR de Jean-Philippe Vetter (19 %) devrait se maintenir, tout comme potentiellement celles de Virginie Joron (RN, 11 %) et Florian Kobryn (LFI, 10 %), ce dernier ayant tendu la main à Jeanne Barseghian pour une alliance au second tour.
Bordeaux : Hurmic menacé par Cazenave
À Bordeaux, le maire écologiste sortant Pierre Hurmic est en tête des sondages avec 31 % des intentions de vote, mais il est menacé par l'ex-ministre macroniste Thomas Cazenave (26 %), qui bénéficie du soutien de l'ensemble du bloc central et de droite. L'économiste Philippe Dessertine (divers droite, 17 %) et Nordine Raymond (LFI-NPA, 11,5 %) pourraient également jouer les trouble-fêtes au second tour.
Lille : la domination socialiste fragilisée
À Lille, le maire socialiste sortant Arnaud Deslandes est en tête avec 26 % des intentions de vote, mais la gauche lilloise est particulièrement dispersée. Stéphane Baly (ECO, 19 %) et Lahouria Addouche (LFI, 18 %) pourraient tous deux se maintenir, tandis que la députée macroniste Violette Spillebout (16 %) et l'eurodéputé RN Matthieu Valet (12 %) pourraient également passer le cap du premier tour, fragilisant la traditionnelle domination socialiste dans la ville.
Perpignan : Aliot en route vers un second mandat
À Perpignan, le maire RN sortant Louis Aliot est largement en tête avec 46 % des intentions de vote et pourrait même envisager une victoire dès le premier tour. Trois candidats pourraient néanmoins se maintenir : Agnès Langevine (PP-PS-PCF, 15 %), Mickaël Idrac (LFI-ECO, 15 %) et Bruno Nougayrède (LR-HOR-ENS, 14 %), mais la ville semble promise à rester sous la coupe du Rassemblement National.
Ces élections municipales, au-delà des enjeux locaux, dessinent déjà les contours des futures batailles politiques nationales, avec des résultats qui pourraient influencer significativement le paysage politique à l'approche de la présidentielle de 2027.



