Municipales 2026 : Le paradoxe des listes "apolitiques" à l'heure des alliances
La campagne des élections municipales 2026 entre dans sa phase décisive à moins de trois jours du premier tour, programmé dimanche 15 mars. Alors que les candidats multiplient les derniers meetings et interventions médiatiques, une question revient avec insistance : que valent réellement les listes se présentant comme "apolitiques" ou "citoyennes" ?
Le mirage de la neutralité politique
Selon les chiffres de l'Association des Maires de France, 574 400 des 890 000 candidats aux municipales figurent sur des listes sans étiquette. Un phénomène massif qui mérite analyse. Si une liste peut se revendiquer "apolitique", elle ne peut prétendre être totalement neutre politiquement, soulignent les observateurs. La raison est simple : les conseillers municipaux élus deviendront, pour certains, des grands électeurs appelés à voter lors des sénatoriales de septembre 2026.
Les délégués issus des conseils municipaux représentent 95% des 162 000 membres du collège électoral chargé d'élire les sénateurs. Autrement dit, les élus municipaux jouent un rôle décisif dans la formation de la Haute Assemblée, rappelle un expert des institutions. Cette réalité institutionnelle contredit souvent les discours de neutralité affichés pendant la campagne.
Lyon : Les zones d'ombre de la candidature Aulas
À Lyon, la candidature de Jean-Michel Aulas, ancien patron de l'Olympique lyonnais, continue de susciter interrogations et controverses. Le principal reproche concerne les potentiels conflits d'intérêts entre ses fonctions de candidat à la mairie et ses activités économiques. Malgré les dénégations de son entourage, une plongée dans les statuts de Holnest, la société holding qui gère sa fortune, révèle qu'il en reste le président et supervise la stratégie appliquée par son fils unique, Alexandre.
La question se pose avec acuité quand le candidat Aulas pousse pour une nouvelle ligne de métro qui desservirait le site de l'OL Vallée à Décines, où il possède la LDLC Arena, une salle de spectacle de 16 000 places. Comment garantir l'intérêt général quand on a des intérêts économiques majeurs ?, interroge un observateur. Le candidat, qui refuse de répondre aux questions sur ce sujet, voit le doute s'installer avant même le débat de fond.
Parallèlement, la crise du logement agite la campagne lyonnaise. Le maire sortant écologiste Grégory Doucet souhaite poursuivre sa politique d'encadrement des loyers et faire passer le taux de logements sociaux à 30%. À l'inverse, Jean-Michel Aulas mise sur la construction de logements neufs. Les autres candidats proposent des solutions variées, de la réquisition de logements vacants (Anaïs Belouassa-Cherifi, LFI) à la suppression de la dernière hausse de taxe foncière (Alexandre Dupalais, UDR-RN).
Paris : L'incertitude d'une élection à plusieurs tours
Dans la capitale, le scrutin s'annonce particulièrement indécis avec la possibilité d'une quinquangulaire au second tour. Les deux favoris, Emmanuel Grégoire (gauche unie sans LFI) et Rachida Dati (LR-MoDem), tiennent leurs derniers meetings ce jeudi soir respectivement au Cirque d'Hiver et à l'Elysée Montmartre.
La montée de Sarah Knafo (Reconquête!) ajoute une variable supplémentaire. Les sondages la placent entre 10 et 13,5% des intentions de vote, mieux qu'Eric Zemmour lors de la présidentielle 2022. En cas de maintien et de score élevé, elle serait en position de force pour négocier une alliance avec Rachida Dati, même si cette dernière refuse pour l'instant toute collaboration.
Le bilan économique d'Anne Hidalgo fait également débat. La dette parisienne est passée de 4,18 à 9,7 milliards d'euros entre 2014 et 2026, soit une augmentation de 133%. Emmanuel Grégoire, potentiel successeur, défend la gestion de la ville en soulignant qu'elle génère des excédents budgétaires annuels et que la dette sert exclusivement à l'investissement.
Marseille : L'identité multiculturelle face au RN
Dans la cité phocéenne, une victoire du Rassemblement national serait considérée comme un séisme politique et identitaire. Depuis l'Antiquité, Marseille s'est construite comme une porte d'entrée pour des générations de migrants venus d'Italie, d'Arménie, d'Espagne, du Maghreb ou des Comores. Cette diversité culturelle constitue l'une des marques essentielles de son identité.
Le maire sortant Benoît Payan, avec 34% des intentions de vote, devance de plus de 20 points l'insoumis Sébastien Delogu. Engagé dans un duel serré avec le candidat RN Franck Allisio, il demeure légèrement favori sans avoir nécessairement besoin de s'allier avec La France insoumise, alliance qu'il rejette pour l'instant.
Les autres fronts de la campagne
À Lille, trois listes de gauche se disputent la première place : celle du socialiste Arnaud Deslandes (maire sortant depuis la démission de Martine Aubry en mars 2025), talonnée par l'écologiste Stéphane Baly puis l'insoumise Laouharia Addouche. Les scores du premier tour détermineront les rapports de force pour d'éventuelles alliances avant le second tour.
La question des alliances entre la droite et l'extrême droite continue de diviser. Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France, se dit "intraitable" sur de potentielles "unions des droites". "Ceux qui sont avec le Rassemblement national, ou avec Sarah Knafo, ou avec Eric Ciotti n'ont plus rien à faire chez LR", affirme-t-il.
Enfin, la guerre en Iran semble avoir peu d'influence sur le vote local. Selon une enquête Ipsos-BVA-Cesi publiée le 9 mars, 76% des électeurs affirment que c'est la situation politique locale qui déterminera leur choix, et non les enjeux nationaux ou internationaux.
Dimanche, les urnes diront si les électeurs ont privilégié les enjeux de proximité ou les grandes questions nationales, et si les listes "apolitiques" résisteront à l'épreuve du scrutin et des futures alliances sénatoriales.



