Municipales 2024 : percée du RN, ancrage LFI et effacement du centre dans la région
Municipales 2024 : RN, LFI et centre en région

Municipales 2024 : les enseignements régionaux d'un scrutin hybride

À un an de l'élection présidentielle, le premier tour des municipales 2024 ne saurait être réduit à une simple échéance locale. Ce scrutin hybride maintient le pays en haleine pour encore une semaine, tandis que les états-majors politiques analysent déjà ses résultats avec une attention particulière. Cependant, le processus de sédimentation de la vie politique française ne sera pas totalement achevé au soir du dimanche 22 mars prochain.

À gauche, la séquence de divorce entre le Parti Socialiste et La France Insoumise n'est pas encore parvenue à son terme définitif, tandis que les écologistes continuent de croire en leur capacité à concilier des positions parfois inconciliables. À droite, la question épineuse de l'absorption potentielle de la droite républicaine par le RN-UDR demeure en suspens. Entre ces deux pôles, on assiste à un effacement progressif mais notable du bloc central. La question qui se pose avec acuité est de savoir si ces tendances nationales se vérifient également dans notre région spécifique.

Le Rassemblement national consolide son implantation territoriale

Pour le parti d'extrême droite, ces élections municipales revêtaient une importance cruciale en tant que test de terrain. Le bilan s'avère plutôt positif pour le RN, qui parvient à tisser sa toile localement avec une stratégie méthodique. Le parti se trouve conforté dans ses bastions historiques comme Perpignan, Hénin-Beaumont et Beaucaire, tout en jouant désormais les premiers rôles à Marseille. À Toulon, Laure Lavalette sort largement en tête au premier tour, même si la victoire finale au second tour s'annonce délicate.

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Autre symbole fort de cette progression : la confortable avance d'Éric Ciotti (UDR, ex-LR), allié du RN, qui se positionne en pole position pour l'emporter à Nice. Dans notre région, si aucune victoire éclatante n'est à signaler, le RN déploie avec persévérance sa stratégie dite « de l'écureuil » et s'emploie activement à « faire des élus ». L'objectif à moyen terme vise clairement les sénatoriales de septembre prochain, avec la constitution d'un vivier précieux en perspective des élections départementales de 2028.

À Agen, le candidat RN se maintient dans une triangulaire à haut risque pour le sortant Jean Dionis du Séjour, les trois qualifiés se tenant dans un mouchoir de poche. À Mont-de-Marsan, le RN démontre sa capacité à se maintenir au second tour. Déjà, plusieurs élus RN envisagent de pousser les portes des exécutifs locaux pour y prendre des responsabilités. En Gironde, le parti remporte deux petites communes, Laruscade et Saint-Savin, et se positionne favorablement à Saint-André-de-Cubzac ainsi qu'à Pauillac. Il fera par ailleurs son retour au sein de Bordeaux Métropole.

« C'est un bilan d'étape, mais l'implantation municipale du RN est réussie », estime Edwige Diaz, députée de Gironde et vice-présidente du parti, soulignant ainsi la satisfaction des cadres frontistes.

La France Insoumise affirme son poids dans le jeu politique de gauche

La France Insoumise, malgré une campagne nationale émaillée de polémiques diverses, parvient à gagner des positions significatives lors de ce premier tour. Les Insoumis remportent ainsi Saint-Denis, la deuxième ville d'Île-de-France par sa population. Ils se positionnent également de manière très favorable à Roubaix, où leurs chances de victoire au second tour apparaissent réelles.

À Limoges, le député Insoumis Damien Maudet crée la surprise en arrivant en tête avec 24,23% des suffrages, se qualifiant pour un second tour face au candidat LR Guillaume Guérin (26,8%) et devançant le candidat socialiste. Cette performance met clairement le Parti Socialiste sous tension, contraint de composer avec une force politique qui lui dispute son électorat traditionnel.

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Le premier secrétaire socialiste, Olivier Faure, avait pourtant affirmé avec fermeté qu'« il n'y aura pas d'accord national entre le PS et LFI ». Cependant, cette ligne directive souffrira vraisemblablement des exceptions locales, comme à Toulouse où le député Insoumis François Piquemal a conclu un accord avec le candidat socialiste arrivé en troisième position. L'objectif commun est clair : déloger Jean-Luc Moudenc, le maire sortant divers droite, rendant ainsi possible une victoire dans la troisième plus grande ville de France.

En revanche, à Marseille, les Insoumis ont reçu une fin de non-recevoir de la part du sortant socialiste Benoît Payan, illustrant les tensions persistantes entre les deux formations. Dans notre région spécifique, LFI ne réalise pas de performances spectaculaires. Le parti n'est pas en mesure de se maintenir à Bordeaux, mais va néanmoins s'allier avec le maire écologiste de Bègles pour tenter de conserver cette ville emblématique de l'écologie politique.

L'effacement progressif du bloc central en question

La galaxie des soutiens plus ou moins éloignés d'Emmanuel Macron nourrissait peu d'espoirs pour ce scrutin... à l'exception notable d'Édouard Philippe. L'ancien Premier ministre a en effet conditionné une partie de son destin présidentiel à son maintien à la tête de la ville du Havre. Un pari à moitié réussi pour l'instant, dont l'épilogue définitif interviendra dimanche prochain.

Du côté de Renaissance, il subsiste un maigre espoir à Annecy, où l'ancien ministre de l'Économie Antoine Armand est arrivé en tête, mais celui-ci doit néanmoins se dépêtrer d'une quadrangulaire complexe. À Lyon, Jean-Michel Aulas, candidat LR-Renaissance longtemps donné favori, se retrouve finalement au coude-à-coude avec le sortant écologiste, illustrant les difficultés du centre à s'imposer.

Ainsi, d'une manière générale, ce scrutin municipal marque à l'échelle nationale un effacement significatif du bloc central. Notre région pourrait cependant faire mentir ce constat national. Pilier historique de l'épopée macroniste, François Bayrou, le maire de Pau, conserve son statut de favori en vue du second tour. À Bayonne, Jean-René Etchegaray se trouve dans une situation similaire. À Talence et Villenave-d'Ornon, les candidats centristes sont même élus dès le premier tour, démontrant une résilience locale.

Numériquement, Mont-de-Marsan aurait pu rester dans ce camp centriste, mais c'est sans compter sur le combat fratricide entre Charles Dayot, le sortant, et l'ancienne ministre Geneviève Darrieussecq. Une division interne qui pourrait finalement faire les affaires du socialiste Frédéric Dutin, au détriment des forces du centre.

Fortunes contrastées pour le PS et Les Républicains

Pour les « vieux » partis de gouvernement, ces élections municipales constituaient une véritable épreuve de vérité. Du côté des Républicains, le bilan apparaît très mitigé, voire préoccupant. Rachida Dati est distancée à Paris, Marseille semble imprenable pour la droite, et Nîmes, dernière ville de plus de 100 000 habitants détenue par la droite, devrait être perdue selon les projections.

Dans notre région, Maider Arosteguy, la maire LR de Biarritz, pourrait aller au-devant d'une très grosse déconvenue. À la surprise générale, elle est coiffée au poteau, avec seulement 12 voix d'écart, par Serge Blanco, icône du rugby français et l'une des sensations de ce premier tour. Cette défaite symbolique illustre les difficultés de LR à conserver ses bastions traditionnels.

À noter cependant la réélection dès le premier tour de Claude Olive (ex-LR) avec 68% des voix à Anglet, ainsi que celle d'Yves Foulon, le maire d'Arcachon depuis 2001, réélu avec 66,5% des voix. Ces succès locaux démontrent que certains élus traversent sans coup férir les affres traversées par les héritiers du gaullisme au niveau national.

Pour le Parti Socialiste, le scrutin devrait lui permettre de conforter son ancrage local tout en préservant ses chances dans des villes symboles comme Paris ou Montpellier. Cependant, le parti devra faire face à une triangulaire dangereuse à Nantes, où sa position reste fragile.

Dans son bastion historique de Gironde, le PS tient encore le terrain avec détermination. Christine Bost, présidente de la Métropole, est réélue à Eysines avec 60,6% des voix, tandis que Thierry Trijoulet est reconduit à Mérignac avec 51,8%. Une dizaine de socialistes ont été élus dès le premier tour (à Langon, Cenon, Floirac, Ambès...), et d'autres se positionnent en ballottage favorable en vue du second tour (à Lormont, Saint-Médard...).

Le PS ne devrait donc pas ressortir affaibli de ce scrutin municipal, et cette stabilité relative ne sera pas un luxe pour acter le divorce entre les protagonistes de la Nupes puis du Nouveau Front populaire. Une époque révolue qui laisse place à de nouvelles configurations politiques, dont les municipales 2024 offrent un avant-goût significatif à un an de la présidentielle.