Municipales 2020 : Le compte à rebours final dans une atmosphère de suspension
Nous sommes à J-9 avant les élections municipales. Plus que quelques jours maintenant, et des mois entiers de spéculations intenses, de réflexions approfondies sur les projets de ville, de tractations parfois complexes pour constituer les équipes candidates, de précampagne plus ou moins assumée par les différents acteurs, de porte-à-porte méthodique, de réunions publiques animées… tout cela trouvera enfin son dénouement démocratique.
Un scrutin massif qui engage l'avenir local
Les dimanches 15 et 22 mars, les citoyens français sont appelés à arbitrer entre pas moins de 50 000 listes électorales et environ 900 000 candidats qui briguent les suffrages. Les heureux élus qui sortiront vainqueurs de cette consultation s'engageront pour un mandat de six années complètes. Sans doute même sept années, car il est fort probable que, pour éviter un télescopage problématique avec d'autres scrutins nationaux majeurs comme les présidentielles et les législatives, les municipales initialement prévues en 2032 soient décalées à l'année 2033.
Il s'agit évidemment d'un rendez-vous absolument capital dans notre vie démocratique française. Personne ne contestera sérieusement cette importance fondamentale. Pourtant, et c'est un phénomène notable, on a depuis le début de l'hiver dernier l'impression persistante d'une étrange campagne électorale, comme suspendue dans le temps, qui tarde manifestement à démarrer vraiment et à captiver l'attention générale.
Une campagne qui peine à trouver son rythme
« Les Français ne sont pas encore complètement entrés dans l'élection municipale » constatait avec lucidité le dirigeant d'un institut de sondage réputé, Harris Interactive, fin février dernier, à seulement trois semaines du premier tour décisif. « Ça commence doucement à prendre », confiait pour sa part le maire sortant d'une grande ville française… en tout début de semaine seulement.
Jusqu'au début du mois de février, la précampagne municipale a été systématiquement éclipsée par les interminables et médiatiques discussions budgétaires nationales. Et dans la toute dernière ligne droite actuelle, la guerre dramatique au Moyen-Orient écrase littéralement, par ses implications géopolitiques lourdes, le reste de l'actualité nationale et locale. D'ailleurs, sur les chaînes d'information continue qui rythment notre quotidien, les municipales ne font plus que de la simple figuration décorative.
Des enjeux locaux pourtant considérables
Or, et c'est tout le paradoxe de cette situation, les enjeux concrets pour la vie quotidienne des citoyens sont absolument énormes et tangibles. Éducation scolaire, sécurité publique, transports en commun, environnement local, solidarité sociale, culture municipale… Dans tous ces domaines essentiels, les maires et leurs équipes peuvent véritablement agir avec efficacité, à l'échelle communale directe, ou à l'échelle intercommunale élargie.
La résistance démocratique face à l'abstention
Comme l'élection présidentielle emblématique, l'élection municipale historique résiste encore, malgré un affaissement certain sur le temps long, à la flambée inquiétante de l'abstention massive. 67% des Français ont voté au premier tour en 2001, 66% en 2008, 63% en 2014… Le 15 mars 2020, ils n'étaient plus que 44%, mais ce décrochage brutal était directement lié au contexte sanitaire exceptionnel : le vote avait eu lieu dans une France au bord du confinement strict.
Pour notre vitalité démocratique essentielle, pour la reconnaissance légitime que méritent pleinement les élus locaux dévoués, il faut sincèrement espérer que le scrutin crucial de mars prochain reste mobilisateur et participatif, même si nous sommes naturellement inquiets et préoccupés par ce qui se passe actuellement au plan international tourmenté. Peut-être justement à cause des urgences internationales pressantes : on ne peut raisonnablement pas s'émouvoir légitimement de ce que vit le peuple iranien par exemple et ne pas se saisir activement de ce droit précieux qui nous a été légué par l'histoire, celui de voter librement.



