Monclar-d'Agenais : une campagne municipale à trois voix pour 900 habitants
Le scénario politique qui se joue à Monclar-d'Agenais aurait pu inspirer la troupe des Baladins en Agenais, qui avait fait de la butte son repère et du théâtre Huguette-Pommier son quartier général. Pourtant, cette situation n'a rien de fictif. Les 15 et 22 mars, les électeurs de cette commune de 900 habitants auront trois listes à départager, toutes conduites par d'anciens colistiers qui avaient pourtant annoncé leur retrait de la vie politique municipale.
Trois candidats, trois visions pour l'avenir de la commune
Dominique Bouissière, le maire sortant de 76 ans, se représente finalement après avoir envisagé de prendre sa retraite politique. « Il n'était pas question de leur laisser la mairie sans me battre », explique-t-il, faisant référence à ses deux concurrents. Pour composer sa liste, il a opté pour un renouvellement complet : « Elle ne compte aucun sortant ». Malgré la division du conseil municipal, il voit un aspect positif : « Trois listes pour 900 habitants, il faut le faire. Ça veut dire qu'au moins 45 personnes sont prêtes à s'investir pour l'avenir de la commune ».
Face à lui, Christian Vidal, son troisième adjoint, également âgé de 76 ans. Cet ingénieur à la retraite avait lui aussi prévu de s'arrêter mais explique : « Des gens sont venus me chercher. J'ai un groupe de jeune, solide, autour de moi. Nous voulons redonner vie à Monclar ». Il évoque « de simples divergences » avec le maire sortant, sans vouloir s'étaler sur le sujet. Sa préoccupation principale : « Comme d'autres, le village s'éteint. Monclar a pris vingt ans de retard. Il faut apporter de nouveaux services pour fidéliser la population ».
Des investissements colossaux et des méthodes différentes
Christian Vidal estime que pour projeter Monclar dans les trente ans à venir, il faudra « 1,5 million d'euros d'investissement. C'est colossal ». Il envisage qu'il faudra « aller chercher les subventions avec les dents » et estime que Francis Cagnati, à qui il a succédé au poste d'adjoint, est « trop timide » pour cette tâche.
Francis Cagnati, 60 ans, ne partage pas ce point de vue. L'ancien troisième adjoint, élu depuis vingt ans au conseil municipal, explique son éviction : « Ils m'ont jeté très vite, car je travaille en même temps, moi. Ils voulaient que je sois là tous les matins, organisent les conseils à 18 heures. Ce n'est pas possible ». Tête de liste en 2014, il avait fait liste commune avec Dominique Bouissière en 2020 mais se sentait marginalisé : « Malgré tout, j'étais considéré comme un membre de l'opposition. À Monclar ? C'est fou. On a tous les mêmes idées ».
Un regain d'enthousiasme après la Fête des bastides
Comme ses concurrents, Francis Cagnati avait décidé de ne pas repartir. Mais l'affluence à la Fête des bastides l'a fait changer d'avis : « Les gens sont venus en nombre. On s'est dit que ce n'était pas mort, on s'est décidé ». Contrairement à il y a douze ans où il avait connu « des galères » pour boucler sa liste, l'épreuve a cette fois eu des airs de formalité.
Le candidat se dit prêt à devenir maire et, si tel est le cas, il adaptera son emploi du temps professionnel ainsi que le rythme de travail de la municipalité. Cette élection municipale à trois voix, dans une petite commune de 900 habitants, illustre les tensions et les espoirs qui traversent les territoires ruraux français, où chaque voix compte et où l'engagement citoyen prend des formes parfois surprenantes.
Le conseil municipal de 15 élus a littéralement explosé sous l'effet de ces divergences, transformant ce qui devait être une passation de pouvoir tranquille en une campagne animée à trois. Les électeurs de Monclar-d'Agenais auront ainsi le choix entre continuité, renouvellement radical ou changement de méthode, dans un contexte où la revitalisation des villages devient un enjeu crucial pour l'avenir des territoires ruraux.



