Une soirée électorale mouvementée pour le RN marseillais
Ce dimanche soir de mars, tout ne s'est pas déroulé comme prévu pour le Rassemblement National à Marseille. L'allocution de Franck Allisio, candidat du parti à la mairie de la cité phocéenne, devait initialement se tenir dans la luxueuse Villa M, bâtisse ocre ombragée de palmiers près de la plage du Prado. Mais faute de connexion Internet, les journalistes ont dû se rabattre in extremis sur une salle plus modeste à une centaine de mètres : rideaux noirs et néons aux couleurs bleu, blanc, rouge.
Un score qui dépasse les attentes
Le résultat obtenu par le député RN des Bouches-du-Rhône, 35,08%, correspond en revanche pleinement à ses espérances. Ses yeux brillants d'incrédulité et son sourire radieux en témoignaient lorsqu'il est finalement apparu devant la presse, entouré de ses colistiers. Ce sourire ne l'a pas quitté jusqu'à son départ en voiture, quelques instants plus tard, sous le feu des caméras. Pour mémoire, Stéphane Ravier, tête de liste du parti lors du précédent scrutin en 2020, n'avait obtenu que 19,45% des voix.
Les « nombreuses irrégularités » du scrutin dénoncées plus tôt dans la journée par le candidat, ainsi que par son concurrent Sébastien Delogu, semblent alors oubliées. Penché sur son pupitre, Franck Allisio – houppette poivre et sel, barbe de trois jours et costume bleu nuit – a lu un discours lyrique et optimiste : « Le résultat de ce soir est bien plus qu'un résultat électoral, c'est une promesse, la promesse que demain Marseille devienne le nouvel exemple français, source d'inspiration pour toutes les villes qui souffrent d'insécurité, de la pauvreté, de la saleté », s'est-il enthousiasmé. Il a également promis de gérer la ville « en bon père de famille ».
Un second tour plus incertain que jamais
Le Rassemblement National semble néanmoins devancé de très peu par le maire sortant, Benoît Payan, représentant du Printemps marseillais, la coalition socialiste, écologiste et citoyenne au pouvoir depuis six ans, qui a obtenu 36,62%. Deux autres candidats sont en mesure de se maintenir au second tour : Martine Vassal, présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence (union de la droite et du centre), créditée d'un résultat décevant de 12,41%, et l'Insoumis Sébastien Delogu avec 11,94%.
De leurs choix stratégiques – désistement ou accord – pourrait dépendre l'issue finale du scrutin. Le second tour s'annonce donc particulièrement serré et incertain, avec des alliances encore floues de part et d'autre.
Face au RN, la gauche hésite encore sur sa stratégie
Dans son discours, Franck Allisio est resté allusif concernant les éventuelles alliances. « Nous en appelons à toutes les Marseillaises et tous les Marseillais : rejoignez-nous, unissons-nous pour battre la gauche et l'extrême gauche », s'est-il contenté d'exhorter, sans préciser davantage sa stratégie pour le second tour.
L'appel à la résistance de Benoît Payan
Quant à Benoît Payan, après avoir fait patienter longuement les journalistes dans son quartier général de campagne du quartier de Belsunce, en centre-ville, en attendant les résultats définitifs, il s'est finalement présenté vers minuit. Dans le sous-sol tapissé d'affiches roses du Printemps marseillais, costume-cravate et raie impeccable, il a déclaré un appel à la résistance contre les « marchands de haine » et la « vague brune » qui menace selon lui de submerger Marseille.
« L'histoire de notre ville se joue cette semaine », a-t-il averti avec gravité. Acceptera-t-il la main tendue par Sébastien Delogu, qui vient de lui proposer une fusion des listes au nom du barrage contre le RN ? Le maire sortant a préféré s'adresser directement aux « Marseillaises et aux Marseillais », rétorquant avec une pointe de rancune : « Cette main-là, elle m'a donné des coups de poing pendant des mois et des mois. »
Une fin de non-recevoir à nuancer ?
Mais face à la possible victoire de la formation nationaliste, Benoît Payan s'en tiendra-t-il vraiment à cette apparente fin de non-recevoir ? La question reste entière. Peut-être vaut-il mieux, en cette nuit électorale particulièrement longue et frisquette de mars, remettre les décisions stratégiques cruciales à demain. Les prochains jours s'annoncent décisifs pour l'avenir politique de la deuxième ville de France, avec des négociations qui promettent d'être tendues et complexes entre les différentes forces en présence.



