Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, la ville de Liévin est le théâtre d'un bouleversement politique majeur. Alors que le Rassemblement national (RN) mène une campagne offensive pour les élections législatives, l'ancien bastion socialiste s'effondre, laissant place à une recomposition électorale inédite.
Le RN en position de force
Le candidat du RN, Marine Le Pen, a tenu un meeting à Liévin le 22 juin, attirant une foule nombreuse. Selon les organisateurs, plus de 1 200 personnes étaient présentes, un chiffre qui témoigne de l'ancrage croissant du parti dans cette région historiquement ouvrière. Le RN mise sur le mécontentement social et la promesse de défendre les classes populaires, thèmes qui résonnent particulièrement dans ce territoire marqué par la désindustrialisation.
« Les habitants du bassin minier ont été abandonnés par les élites parisiennes », a déclaré Marine Le Pen lors de son discours, citée par nos confrères de Libération. « Le RN est le seul parti qui se soucie vraiment de leur sort. » Cette rhétorique semble porter ses fruits : les sondages donnent le RN en tête dans la circonscription, avec environ 35 % des intentions de vote.
L'effondrement du Parti socialiste
En face, le Parti socialiste (PS), qui détenait la circonscription depuis des décennies, est en pleine déconfiture. Le député sortant, Jean-Pierre Kucheida, figure historique du PS dans le Nord, a annoncé qu'il ne se représentait pas, laissant place à un candidat peu connu. Les divisions internes et la perte de crédibilité du parti au niveau national ont accéléré ce déclin.
« Le PS a perdu le contact avec les réalités locales », explique un militant socialiste local, sous couvert d'anonymat. « Les gens ne croient plus en nos promesses. » Selon les derniers chiffres, le PS ne recueillerait que 12 % des intentions de vote dans la circonscription, un score historiquement bas.
Un nouveau paysage politique
Cette situation ouvre la voie à une triangulaire inédite. Outre le RN et le PS, la candidate de La France insoumise (LFI), portée par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), pourrait également se qualifier pour le second tour. Les sondages lui accordent environ 25 % des voix, ce qui pourrait créer une dynamique de report de voix.
« Nous sommes les seuls à pouvoir battre le RN », affirme la candidate LFI, citée par Libération. « Mais il faudra que les électeurs de gauche se mobilisent. » Le taux d'abstention, traditionnellement élevé dans cette région, sera un facteur clé.
Les enjeux pour le territoire
Au-delà des dynamiques partisanes, ce scrutin reflète les profondes mutations d'un territoire marqué par la fermeture des mines et le chômage de masse. Le taux de chômage à Liévin atteint 14 %, soit près du double de la moyenne nationale. Les questions de pouvoir d'achat, de services publics et de sécurité sont au cœur des préoccupations des électeurs.
« Les gens veulent du concret, pas des discours », résume un habitant interrogé par nos confrères. « Le RN parle de ce qui nous touche, mais on ne sait pas si leurs solutions sont réalistes. »
Vers un second tour décisif
Le premier tour des législatives, prévu le 30 juin, s'annonce crucial pour l'avenir politique du bassin minier. Si le RN confirme sa progression, il pourrait remporter la circonscription pour la première fois. Mais rien n'est joué : la mobilisation des électeurs et les reports de voix pourraient réserver des surprises.
« Le RN n'a jamais gagné ici, mais cette fois, c'est possible », estime un politologue local. « L'effondrement du PS laisse un vide que le RN comble, mais LFI peut encore créer la surprise. »



