Le RN en tête à Saint-André-de-Cubzac, un séisme politique en Gironde
Le RN en tête à Saint-André-de-Cubzac, un séisme en Gironde

Le RN en tête à Saint-André-de-Cubzac, un séisme politique en Gironde

Au second tour des élections municipales, le parti d’extrême droite pourrait conquérir Saint-André-de-Cubzac, une ville de 13 000 habitants. Ce cas est sans précédent en Gironde et représente un « trophée » que le Rassemblement National tente de ravir depuis longtemps. Son candidat, Pierre Le Camus, âgé de 26 ans, devance de 0,30 point le premier adjoint au maire socialiste, Mickaël Courseaux.

Un bouleversement électoral historique

« C’est le RN qui est en tête ? Cela fait du changement ! » s’exclame un quadragénaire croisé en ville le lendemain du premier tour. Porte d’entrée de la Haute Gironde, Saint-André-de-Cubzac est dans le giron socialiste depuis 1977. La maire sortante Célia Monseigne, qui ne se représente pas, était habituée à être élue dès le premier tour. En 2020, elle avait obtenu 63 % des suffrages. Ce dimanche 15 mars, son successeur et premier adjoint Mickaël Courseaux est tombé à 33,30 %. Pierre Le Camus, candidat RN, le devance de peu avec 33,59 %. Le membre de La France Insoumise, Michel Vilatte, est à 8,46 %. À droite, la liste de Vincent Charrier et Arnaud Bobet, qui se maintient au second tour, arrive à 14,22 %. Et le collectif citoyen de Thierry Lièvre-Cormier, qui a décidé de fusionner avec le RN, pointe à 10,43 %.

Étonnement et embarras dans la ville

« Je ne peux pas vous en dire plus à cause de mes clients, mais on ne s’attendait pas à ce que le RN soit en tête », déplore un patron de bar. « Je ne ferai pas de commentaire », répond une employée de bureau de tabac, visiblement embarrassée. Interrogée également, Célia Monseigne reste dans l’expectative. « Que ce candidat RN ait fait un si bon score, ça interroge, déclare-t-elle. Si je m’étais moi-même représentée, je ne suis pas sûre que j’aurais fait un bon résultat. Ce sont les enjeux nationaux qui ont pris le dessus. Je le prends comme une absence totale de reconnaissance des objectifs locaux que nous avons atteints au cours du mandat. »

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Un territoire aux atouts multiples

Située à la bordure de l’agglomération bordelaise, Saint-André-de-Cubzac bénéficie d’une bonne situation géographique. Grâce à sa proximité avec l’autoroute A10, elle possède deux zones d’activité économiques dynamiques accueillant industries, entreprises et centres commerciaux au Parc d’Aquitaine et à la ZAC La Garosse. Ce qui n’empêche pas les habitants de s’épanouir dans un cadre rural avec vaches et moutons dans les prés et vignes dans les champs. Les quartiers pavillonnaires accueillent des maisons neuves avec jardin. Et les abords de la Dordogne offrent une zone sauvage où la nature a conservé ses droits.

Côté urbanisme, le centre-ville a entièrement été rénové et le parc Robillard réaménagé pour les familles. Pistes cyclables, espaces apaisés et gare multimodale ont fait leur apparition. L’offre scolaire est suffisante. Un centre culturel, le Champ de foire, propose une programmation de qualité. La vie sportive, associative et caritative est dynamique. Et même la gastronomie, avec des établissements comme le Café de la gare 1900 ou le restaurant Inomoto, est bien présente. Quant à la Villa Monciné, elle forme un grand centre cinématographique.

Un problème d’identité et des tensions sociales

Malgré ce cadre de vie, les électeurs seraient-ils ingrats ? « Il n’y en a pas plus et pas moins que dans d’autres villes, mais il y a des problèmes, résument deux habitants quinquagénaires attachés à leur ville. Nous avons du trafic de drogue, des soucis de circulation, de l’insécurité, des problèmes de propreté… »

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À l’automne 2018, à Saint-André-de-Cubzac, la mobilisation des gilets jaunes fut très intense. Une partie de la population a laissé éclater son sentiment de déclassement en occupant des ronds-points et le péage de Virsac sur l’A10. Exclus de l’agglomération de Bordeaux par un prix de l’immobilier trop élevé, des travailleurs se sont installés dans sa périphérie. À Saint-André, le nouveau quartier de Bois-Millon a la réputation d’être une zone dortoir. « Dans les nouveaux quartiers, les gens ne nous connaissent pas, ils n’ont pas d’ancrage local », concède Célia Monseigne. Et la crise viticole survenue en 2023, avec ses vignes à l’abandon, n’a pas non plus arrangé la situation économique.

Le RN a labouré le territoire

Dans ce contexte, les forces d’extrême droite n’ont pas chômé. En mai 2018, deux conseillers municipaux de l’opposition, Arnaud Bobet et Georges Belmonté, ont fait un coup médiatique en invitant le maire de Béziers, Robert Ménard, à tenir une conférence. Depuis 2016, la députée RN Edwige Diaz n’a cessé d’occuper le terrain en Haute Gironde, arrivant en tête dans la ville aux dernières élections législatives.

Tout dernièrement, la fin de la collecte des déchets ménagers en porte à porte, décidée pour faire face à l’explosion des coûts, a cristallisé une opposition citoyenne relayée par le RN. Et dans d’autres fiefs de la Haute Gironde, comme Saint-Savin, Laruscade ou Val-de-Virvée, le premier tour de ces municipales a profité à l’extrême droite. Dans un contexte de faible participation, cependant : à Saint-André, seuls 53 % des inscrits ont voté le 15 mars.