L'écharpe tricolore, un emblème républicain au cœur des convoitises municipales
Les sortants ne rêvent que de la conserver, tandis que les autres candidats aspirent à l'enfiler pour la première fois. Hautement symbolique, l'écharpe de maire suscite des désirs intenses à l'approche des élections municipales. Apparue à la fin du XVIIIe siècle avec la création des communes en 1790, cet emblème de la République est aujourd'hui le seul vestige de l'uniforme que devaient porter les édiles autrefois.
Un simple bout de tissu chargé de sens
En apparence, il ne s'agit que d'un simple bout de tissu tricolore, mais l'écharpe représente bien plus qu'un accessoire ordinaire. Elle permet au maire d'incarner l'autorité que lui confère sa fonction, l'accompagnant à chaque cérémonie officielle, qu'il s'agisse d'un mariage ou d'une inauguration. Attention toutefois à ne pas l'enfiler n'importe comment, car un protocole strict encadre son port. On peut la porter en ceinture ou sur l'épaule droite. Dans ce dernier cas, « le bleu doit être placé près du col, au contraire des députés et sénateurs qui doivent porter le rouge près du col », explique Diane de Lambert.
Un atelier breton face à un stock à écouler
Cette jeune femme n'est pas maire, ni même adjointe, mais elle connaît le sujet sur le bout des doigts. L'entreprise qu'elle dirige, l'Atelier Le Mée à Saint-Grégoire près de Rennes, est l'un des rares fabricants de ces fameuses écharpes tricolores. « Une tradition que l'on fait perdurer mais aussi une fierté », reconnaît la dirigeante de cette PME bretonne de seize salariés, qui fête cette année son 70e anniversaire.
À l'approche du premier tour le 15 mars, le carnet de commandes commence à se remplir. Mais contrairement aux précédentes élections, cela ne se ressent pas vraiment dans l'atelier. « D'habitude, c'est le rush à cette période car on en fabrique plusieurs milliers à chaque élection, souligne Diane de Lambert. Mais cette année, on n'a pas relancé de production car on a du stock. »
Lors du scrutin en 2020, l'entreprise, par ailleurs spécialisée dans la fabrication d'enseignes publicitaires, avait fabriqué 4 500 écharpes, pensant facilement les écouler auprès des maires élus et de leurs adjoints. Mais la crise du Covid est venue chambouler les plans. « On a été contraint de fermer l'entreprise donc tout s'est arrêté », se souvient la cheffe d'entreprise.
Un gland doré pour le maire, argenté pour les adjoints
Depuis, quelques commandes ont bien été passées, mais il reste encore près de 4 000 écharpes à écouler. « On espère tout vendre cette fois et que les mairies feront appel à nous », insiste-t-elle, vantant l'origine France de ces écharpes vendues en deux tailles. « C'est sûr qu'on peut trouver des écharpes à bas prix sur Internet mais pas sûr que le produit soit de très bonne qualité. Chez nous, la fabrication est réalisée de A à Z dans notre atelier, de l'impression sur un tissu ottoman à la découpe des bandes et à la couture à la main. »
La dernière étape consiste à orner l'écharpe de son pompon appelé gland à franges. Avec là aussi un dress code bien établi. « Il est doré pour les maires et argenté pour les adjoints », indique la dirigeante, qui s'attend à « un pic des commandes entre les deux tours. » Et si l'envie vous dit de revêtir le costume de maire devant votre glace, sachez que rien n'interdit à un particulier d'acheter une écharpe tricolore. Mais vous ne pourrez pas parader avec à l'extérieur sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à un an de prison et 15 000 euros d'amende.



