Municipales à Guéthary : trois visions s'affrontent pour la plus petite commune du littoral basque
Guéthary : trois listes pour la mairie de la plus petite commune basque

Municipales à Guéthary : trois visions pour l'avenir de la plus petite commune du littoral basque

La campagne des élections municipales à Guéthary, lancée très tôt, entre dans sa dernière ligne droite à 72 heures du premier tour. Dans cette commune de seulement 1 306 habitants, la plus petite du littoral basque, trois listes principales s'affrontent avec des programmes et des visions radicalement différentes pour l'avenir de ce territoire de 1,40 km².

Curutchet-Lamerain : la continuité assumée des « enfants du village »

Cédric Curutchet, 43 ans, adjoint sortant à l'urbanisme, et Benoît Lamerain, 39 ans, élu d'opposition, font cause commune pour cette élection. Les deux quadragénaires, qui se connaissent depuis l'enfance, se présentent en « enfants du village » unis pour le bien commun. En cas de victoire, Cédric Curutchet, ingénieur en génie civil, siégera à l'Agglomération Pays basque, tandis que Benoît Lamerain, professeur de physique-chimie, occupera le fauteuil de maire.

Le duo s'inscrit dans la continuité de la politique d'acquisitions menée par la maire sortante Marie-Pierre Burre-Cassou, avec l'appui de l'Établissement public foncier local (EPFL). Ils défendent cette approche qui a selon eux permis de contenir la dette communale, la faisant même baisser de 3,4 à 2,4 millions d'euros entre 2020 et 2024.

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Leur projet phare sera la réhabilitation de l'ancien hôtel Eskualduna, en cours d'acquisition pour 1,9 million d'euros. Cette immense bâtisse de style néo-basque et son environnement direct offriront, après travaux, « une belle centralité pour le village » avec logements abordables et commerces. Le programme définitif dépendra cependant des coûts de rénovation encore à évaluer.

Le tandem souhaite également soigner le cadre de vie des habitants en accompagnant la vitalité associative et en adaptant la commune au changement climatique. Végétalisation et replantations doivent préserver la « dolce vita » locale et éviter que ce petit territoire ne devienne « un îlot de chaleur ».

Jean-Marie Tran-Van : la priorité aux finances et au quotidien

Jean-Marie Tran-Van, 62 ans, tout juste retraité après avoir été directeur des franchises du groupe Louvres Hôtel, fait campagne sur la situation des finances communales qu'il juge « épouvantable ». Il impute cette situation à la majorité sortante et considère que « les investissements immobiliers » réalisés lors du mandat ont été « trop nombreux ».

Selon lui, avec un budget d'environ 2,5 millions d'euros, la municipalité vivrait au-dessus de ses moyens, au détriment de l'entretien quotidien. « Les rues sont dans un état catastrophique et il y a un lampadaire sur deux qui marche », déplore celui qui avait racheté l'ancienne école publique en 2014 pour en faire l'hôtel Le Baléa.

S'il est élu, il s'engage à « revendre » certaines acquisitions pour « soulager la trésorerie » et réaffecter ces fonds aux priorités de base. Il souhaite également « récupérer un peu de liquidités pour faire vivre les commerces à l'année » et réorganiser des événements en dehors des mois de juillet et août, notamment en restaurant « Les Belles pages ».

Concernant l'Eskualduna, l'ancien président du club de pelote basque Olharroa propose de consulter la population avant toute décision, une méthode qu'il compte appliquer à tous les « gros projets ». Sa vision personnelle privilégie un « mix de privé et de public » pour permettre aux jeunes « d'accéder à la propriété ». Il prévoit également de revoir entièrement le plan de circulation et de stationnement, qualifiant la situation estivale actuelle d'« enfer ».

Marie-Jeanne Sohier : rupture budgétaire et vision universaliste

Marie-Jeanne Sohier, 66 ans, ancienne DRH de clinique à la retraite, se présente elle aussi en rupture avec le bilan de la maire sortante. Elle dénonce une « dérive budgétaire totale » liée à la politique « idéologique » d'acquisitions, notamment via l'EPFL, « un organisme extérieur qui a la main sur la destination des biens de la commune ».

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« On a fait un audit, on est face à un mur de dette, qu'on va exploser si on part sur le projet Eskualduna. En tout, cette opération va coûter 8 à 10 millions d'euros », redoute-t-elle. Elle préconise plutôt de confier le futur de ce site patrimonial à un opérateur privé, avec appel à projet architectural, et de réaffecter les économies réalisées à « l'amélioration des routes et de l'éclairage ».

En matière d'urbanisme, elle envisage « la création d'environ 45 logements sur six ans, soit 7 à 8 logements par an, sans bétonnage massif, sans étalement urbain ». Attachée à la double dimension de Guéthary, à la fois « village basque » et « station balnéaire », Marie-Jeanne Sohier promet de prendre soin de l'Océan, cet « or bleu » pour la commune « en train d'être pollué ». La propreté des eaux de baignade sera l'un de ses combats principaux.

Elle propose également de déplacer la station d'épuration et la déchetterie « plus au sud, sur la commune de Saint-Jean-de-Luz ». Enfin, elle déplore une dégradation du climat social ces dernières années, pointant « une ostracisation des résidences secondaires » et une municipalité qui aurait « beaucoup opposé les uns aux autres ».

Les électeurs de Guéthary ont donc le choix entre trois visions distinctes : la continuité managériale du tandem Curutchet-Lamerain, le recentrage financier et pratique de Jean-Marie Tran-Van, ou la rupture budgétaire et la vision universaliste de Marie-Jeanne Sohier. Le premier tour des municipales décidera quelle orientation prévaudra pour les six prochaines années dans cette petite commune au caractère bien trempé.