Un duel familial inédit pour les municipales d'Ossas-Suhare
Pour la première fois depuis des décennies, le petit village d'Ossas-Suhare, en Haute-Soule, vit une campagne électorale animée par la présence de deux listes concurrentes. La situation est d'autant plus singulière que les deux têtes d'affiche sont liées par des liens familiaux étroits : Maite Etcheverria, la maire sortante, se trouve opposée à Maryse Espil, l'épouse de son défunt frère et ancien maire Panpili Intçagaray.
Une campagne à fleurets mouchetés
Le combat électoral se déroule avec une certaine retenue, les deux femmes apparaissant en fin de liste, à des positions non-éligibles. Elles occupent respectivement les 8e et 9e places dans cette commune qui ne compte que sept conseillers municipaux. La loi autorise deux candidats supplémentaires pour éviter un nouvel appel aux urnes en cours de mandat en cas de démission ou de décès.
À Ossas-Suhare, la liste arrivée en tête obtiendra quatre sièges, les trois autres étant répartis proportionnellement. Avec seulement 88 votants pour 85 habitants, l'issue du scrutin s'annonce particulièrement serrée. « C'est la première fois depuis que je suis arrivée en 1990 qu'on a deux listes », confie la secrétaire de mairie.
Deux visions pour le village
À gauche, une équipe abertzale menée par le garde forestier Quentin Berenguer propose une gestion transversale avec consultation régulière des habitants. Cette liste souhaite renforcer le lien social, la solidarité intergénérationnelle et promouvoir l'usage de la langue basque dans le village.
À droite, une liste sans étiquette conduite par Christelle-Maddalen Harislur, agricultrice et aide-soignante, met l'accent sur la sécurisation de la circulation dans les bourgs d'Ossas et Suhare. Parmi ses priorités figurent l'aménagement de l'ancien camping Albide et la transformation d'un logement communal récemment acquis.
La question du logement au cœur des débats
Le logement communal constitue un point de divergence entre les deux listes. La maire sortante s'interroge : « La mairie s'est portée acquéreur de la propriété auprès des Domaines. La question est qu'est-ce qu'on en fait ? Des logements sociaux ou une vente à un jeune couple ? »
La liste adverse a déjà tranché : « Nous souhaitons dynamiser le logement en proposant de la location », insiste Quentin Berrenguer, évoquant un logement déjà en location et deux autres projets potentiels.
Une campagne dans la convivialité
Malgré la compétition électorale, l'ambiance reste cordiale dans ce village où tout le monde se connaît. Les discussions animées se poursuivent lors du repas mensuel des villageois dans la salle communale, et les voisins des deux bords continuent de se côtoyer au quotidien.
« Ce matin, j'étais à la gym avec des gens de la liste adverse », sourit Maïté Etcheverria. « On fait voiture commune, on se mélange sans problème ! Il y en a qui posent les questions mais dans ce cas-là, moi, je sors la carte joker... Elle fonctionnera jusqu'au 15 mars. »
Vers une démocratie vivante
Quentin Berenguer voit dans cette dualité un signe positif : « Il n'y a aucun souci au fait qu'il y ait une deuxième liste. Quelque part, c'est même plus démocratique. » Après le scrutin prévu entre le 20 et le 22 mars, les candidats espèrent pouvoir travailler ensemble sur les idées qu'ils ont amenées, quelle que soit l'issue du vote.
Cette élection municipale à Ossas-Suhare illustre comment, même dans les plus petites communes, la vie démocratique peut s'épanouir à travers des débats constructifs, tout en préservant les liens sociaux et familiaux qui structurent la communauté villageoise.



