Bordeaux : Philippe Dessertine, le candidat « société civile » qui agace les partis
Dessertine, le candidat « société civile » qui agace les partis

Philippe Dessertine, le candidat « société civile » qui bouscule la campagne bordelaise

Novice en politique, Philippe Dessertine sera-t-il capable de remplir le Théâtre Fémina pour son premier grand meeting, prévu le lundi 23 février ? Tout porte à le croire, puisque le candidat aux élections municipales de Bordeaux annonce déjà près de 900 réservations pour une salle d’une jauge de 1 100 places. Il incarne sans conteste l’attraction principale d’une campagne jusqu’ici plutôt indolente, se distinguant résolument par son positionnement affiché comme « citoyen », dépourvu de toute étiquette partisane, et réfutant au passage celle d’économiste « libéral ». « Société civile » jusqu’au bout des ongles, il en a fait sa marque de fabrique. Un positionnement qualifié d’« écran de fumée » par Géraldine Amouroux, cheffe de file des Républicains et soutien de Thomas Cazenave, le candidat macroniste.

Des contacts passés avec la droite qui resurgissent

Car le passé de Philippe Dessertine refait surface à l’approche du scrutin. Il fut un temps, pas si lointain, où il fréquentait aussi bien les cercles des Républicains que ceux d’Horizons. « On sentait quelques approches, des danses du ventre », raille Marc Lafosse, délégué du parti d’Édouard Philippe à Bordeaux. Il remonte le temps jusqu’au 26 janvier 2025, jour du congrès national d’Horizons à Bordeaux-Lac, où Philippe Dessertine était présent, « parmi les gens placés au premier rang ». Une présence qu’il justifie par son statut d’époux de Laurence Dessertine, conseillère départementale, ancienne adjointe d’Alain Juppé et alors co-référente départementale d’Horizons. En coulisses, Marc Lafosse affirme avoir observé « le petit travail effectué par le collectif Dessertine ».

Les contacts se sont poursuivis. Début octobre, Philippe Dessertine a rencontré à Paris Bruno Retailleau, président des Républicains. Ce dernier l’aurait sondé sur ses intentions politiques, alors que la droite tentait de se reconstituer autour de la candidature de Nathalie Delattre, sénatrice du Parti radical. Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine et président de la commission d’investiture des Républicains, confirme : « Après le décès de Nicolas Florian, nous n’avions pas de leader LR susceptible de conduire une liste. Bruno Retailleau a lui-même évoqué ce professeur Dessertine qu’il avait rencontré et qui pouvait être une solution… »

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Un refus et des tensions qui s’accentuent

Philippe Dessertine a cependant opposé une fin de non-recevoir, ayant officiellement lancé sa campagne à la mi-septembre. Le soutien des Républicains à Nathalie Delattre s’est alors formalisé via Géraldine Amouroux, désignée cheffe de file du parti pour les municipales en novembre. S’en est suivie une période de sondages difficiles, avant que l’union entre les camps Cazenave et Delattre ne soit finalement décrétée le 18 décembre.

« Et là, branle-bas de combat », relate Géraldine Amouroux, dont le téléphone a sonné le soir même. Un membre de l’entourage de Dessertine l’aurait alors pressée de le rejoindre : « Il faut que vous veniez avec nous. On vous fera de la place, vous ne pouvez pas faire l’union avec Cazenave. » Une proposition tardive, selon Roger Karoutchi : « Trois mois après, c’était trop tard. Une fois qu’on avait un accord électoral, ça n’avait plus de sens », estime-t-il, ajoutant avec une pointe d’agacement : « J’en ai des Dessertine, je ne les compte plus ! »

La polémique enfle à l’approche du premier tour

Géraldine Amouroux décrit cette relation avec Dessertine comme « une histoire en dents de scie, des hauts, des bas, des rendez-vous manqués ». Elle avoue avoir été particulièrement irritée en regardant l’émission « Le Grand oral » sur TV7, le lundi 16 février. Interrogé sur une éventuelle union avec Thomas Cazenave après le premier tour, Philippe Dessertine avait répondu : « Vous me parlez de Thomas Cazenave, et pourquoi pas Pierre Hurmic ou quelqu’un d’autre ? Moi, je suis dans une logique citoyenne. »

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« C’est faux de dire 100% citoyen », rétorque Amouroux. « Il a cherché des soutiens politiques, et son équipe a été proactive pour ramener dans son sillage des militants LR », après l’union Delattre-Cazenave. Face à ces accusations, Philippe Dessertine y voit la preuve des travers des partis politiques : « Une candidature citoyenne, c’est un truc compliqué pour les partis. Normalement, ça ne doit pas prendre. »

Il reconnaît néanmoins des compagnonnages de longue date avec le monde politique, notamment via sa participation au Siècle, un cercle parisien de dirigeants, ou son parcours para-universitaire, ayant présidé le Comité 21 et siégé dans la commission du grand emprunt sous Nicolas Sarkozy. « C’est là que j’ai rencontré Édouard Philippe », précise-t-il. Concernant sa présence au premier rang du congrès d’Horizons, il explique : « J’accompagnais mon épouse. On m’a dit : ‘Comme vous êtes un économiste assez connu, venez au premier rang.’ »

Une campagne qui se veut résolument indépendante

Malgré la confirmation du rendez-vous avec Bruno Retailleau le 6 octobre, Philippe Dessertine affirme s’être laissé approcher pour mieux affirmer son indépendance. « J’avais dit non, je ne veux pas avoir d’étiquette. Ce que je veux porter, ce sont mes idées, sans avoir un droit de regard d’un parti quelconque. C’est une démarche de liberté, elle est notre ADN », martèle-t-il. Il se félicite d’ailleurs d’avoir rallié à sa cause « des gens qui ont quitté leur parti, notamment des membres de LR qui ne se reconnaissent pas dans ce ralliement [avec Cazenave], et d’autres du PS ». Une stratégie qui ouvre un nouveau front dans une campagne municipale de plus en plus animée.