Un scrutin serré à Bords pour une première mairie RN en Charente-Maritime
La commune de Bords, située entre Saintes et Rochefort en Charente-Maritime, est au cœur d’un scrutin municipal particulièrement tendu. Avec 1 498 habitants, cette localité rurale pourrait offrir au Rassemblement national sa première mairie dans le département. Alain Bellu, candidat RN âgé de 70 ans, est arrivé en tête au premier tour avec 260 voix, soit 36,01 % des suffrages exprimés.
Un candidat RN qui assume pleinement son étiquette
Alain Bellu a pris sa carte au Front national il y a quarante ans, en 1986. Lors des élections municipales de 2020, il avait déjà tenté sa chance mais sans arborer le logo du RN sur ses affiches, récoltant alors 207 voix. Cette fois, il assume ouvertement son engagement. « J’ai 70 ans, je n’ai plus rien à perdre. J’assume ce que je suis depuis toujours. Ce qui m’intéresse, c’est mon pays, mon drapeau », confie-t-il. Ancien homme d’affaires dans l’immobilier et la restauration, il creuse son sillon depuis longtemps dans cette ruralité qui, selon lui, « se cherche » et a offert des scores significatifs à l’extrême droite lors de récents scrutins.
Une triangulaire serrée pour le second tour
Le dimanche 22 mars, un second tour décisif oppose trois listes. Alain Bellu est talonné de seulement cinq voix par la liste citoyenne de Christine Vernon, qui a obtenu 35,32 % des suffrages. Bruno Boulestin, maire sortant qui a succédé à Serge Marcouillé en 2023, se contente de la troisième place avec 207 voix, soit 28,67 %. Ironie de l’histoire, il récolte exactement le même nombre de voix qu’Alain Bellu en 2020.
Les enjeux locaux au cœur des débats
Bruno Boulestin, âgé de 63 ans et ancien responsable de budget à l’Inrae, ne s’attendait pas à un tel camouflet. Il défend un projet de réhabilitation de « l’îlot du Cadran », un ensemble de maisons en friche destiné à accueillir une épicerie multiservices, un restaurant et des logements. « Peut-être a-t-on été mal compris ? Notre projet est bien construit », réagit-il, déplorant le manque de chiffrage des propositions de ses concurrents.
Alain Bellu critique vertement ce projet, estimant que le restaurant n’est pas viable et que la commune s’est endettée pour vingt-cinq ans. « Il y a tellement de désaveu pour M. Boulestin. Les gens ne veulent plus le voir », affirme-t-il, pointant également le fait que le maire sortant « n’est pas de Bords ».
Une liste citoyenne en position de faiseur de roi
Christine Vernon, enseignante à la retraite de 68 ans, porte une liste citoyenne sans étiquette, bien qu’elle soit elle-même chrétienne et adhérente du Parti communiste. Elle prône une gestion participative, « plus horizontale et plus transparente ». Elle a rompu avec Bruno Boulestin en 2025 après l’installation d’un distributeur automatique de billets coûtant 10 000 euros par an à la commune. Pour elle, le projet du Cadran mériterait d’être repensé, peut-être en tiers-lieu plutôt qu’en restaurant.
Un contexte singulier et des incertitudes
Le second tour s’annonce incertain. Bruno Boulestin espère un retour des électeurs mécontents vers sa liste, comptant aussi sur les 384 abstentionnistes du premier tour. « C’est un risque à prendre », admet-il concernant la possibilité de favoriser involontairement le RN. Christine Vernon, elle, est confiante : « Nous sommes à quelques voix de l’emporter ». Alain Bellu partage cet optimisme.
Ce scrutin à Bords contraste avec le premier tour en Charente-Maritime, où les maires sortants ont généralement bien résisté et où le RN a progressé sans réaliser de conquête majeure. Dimanche 22 mars, cette petite commune rurale sera donc observée bien au-delà de ses frontières, symbolisant les recompositions politiques et les tensions locales qui agitent certains territoires.



